La semaine de la justice transitionnelle : le passé désuni

25.08.17

François Sergent JusticeInfo.net
Statue du général Robert E.Lee à Richmond en Virginie Statue du général Robert E.Lee à Richmond en Virginie ©Flickr

La relecture d’un passé divisé appartient à la justice transitionnelle. Au delà des processus juridiques cadrés et encadrés, comment un pays, une institution peut faire face à une mémoire et une histoire qui divisent encore ? Comme le dit élégamment, Sylvie Wuhrmann, la directrice de la Fondation de l’Hermitage de Lausanne, au sujet de l’exposition Bürhle, un marchand de canons suisse qui a pu constituer une collection exceptionnelle en faisant commerce d’armes avec les nazis : « Il ne faut pas punir les œuvres en raison de leur passé. Un musée n’est pas un tribunal mais un lieu de mémoire. »

Dans un article de notre partenaire The Conversation, le professeur Jean-Michel Saussois explique : cette exposition “ est aussi une leçon d’histoire et de sociologie pour s’interroger sur ce mécène qui a constitué sa collection de 1936 à 1956, traversant sans encombre le fascisme et la guerre”. Selon le professeur, “la fondation Bührle montre en toute transparence le parcours historique des chefs d’œuvre.” Y compris, les objets spoliés aux juifs (rachetés légalement après la guerre aux héritiers). La conservatrice explique : “un musée est le lieu idéal pour évoquer ces questions.”

Ce sage souci de transparence et de pédagogie pratiqués sur les bords du Léman a échappé aux Etats-Unis où la politique a été cet été polluée par les suprématistes blancs héritiers revendiqués du Sud esclavagiste . Pier encore, ils ont été encouragés par le Président des Etats-Unis. L’histoire de ce pays désuni divise toujours les communautés en fonction de la couleur de leur peau. La relecture de la guerre sécession ("Civil war" ) qui opposa esclavagistes et leurs opposants n’est toujours pas commune plus d’un siècle plus tard. Le déboulonnage des statues des douteux héros du Sud comme le général Robert E. Lee en est la preuve. Comme l’écrit Pierre Hazan, conseiller éditorial de JusticeInfo.net : “ Comment dès lors ne pas comprendre la volonté de se défaire des symboles d’un temps révolu, où l’on refusait à certains la qualité d’homme sous prétexte que leur peau était de couleur différente ? Mais même en retirant les monuments de l’espace public, l’histoire ne s’efface pas. Le déboulonnage des statues de Saddam Hussein en Irak, de Franco en Espagne, de Lénine dans les ex-pays communistes, n’a jamais éradiqué le passé. Elle a simplement signifié les valeurs du présent.”

Même Trump avant de déraper l’avait reconnu dans un tweet, évidemment : “ on ne change pas l’histoire, mais on peut apprendre d’elle”.

 

 

 

 

 

 

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