La semaine de la justice transitionnelle : le calvaire des Rohingyas continue

25.09.17

François Sergent, JusticeInfo.net
Camp de réfugiés Rohingyas Camp de réfugiés Rohingyas ©flickr

L’exode et le massacre des Rohingyas, une minorité ethnique du Myanmar de confession musulmane a dominé la semaine de la justice transitionnelle. Il s’agit d’un « génocide », selon le Président français Emmanuel Macron, d’un « nettoyage ethnique », selon le secrétaire général de l’ONU. Mais selon la dirigeante de fait de l’ancienne Birmanie et Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, il s’agit d’un« iceberg de désinformation ».

Tout montre et démontre pourtant que près de 400 000 Rohingyas, soit près de la moitié de cette communauté vivant dans un état occidental du Myanmar le Rakhine ou Arakan, ont du fuir leur pays pourchassés par l’armée et que des centaine ont été tués par balles ou ont péri dans l’incendie de leurs maisons brulées par les militaires birmans.

Human Rights Watch a diffusé vendredi des photographies satellitaires montrant la politique de la terre brûlée pratiquée par l’armée. Selon l’ONG, plus de 200 villages Rohingyas ont été incendiés et détruits.

Cette minorité musulmane est martyrisée depuis l’indépendance de la Birmanie dont le héros est le propre père et modèle d’Aung San Suu Kyi, un nationaliste birman pur et dur. Accusés d’avoir collaboré avec le colonisateur britannique, ils ont été déchus la citoyenneté birmane en 1982 et les Birmans, Aung San Suu Kyi la première leur dénient même leur nom de Rohingyas. Ils les appellent « Bengalis », un terme péjoratif, afin de les assimiler au Bangla Desh frontalier.

La Prix Nobel de la Paix sans remettre en cause les méthodes de l’armée dont elle est otage a finalement appelé à l’ « apaisement » entre communautés, le conseil de sécurité a vigoureusement condamné le Myanmar mais le calvaire de la communauté continue.

Une situation qui entache la transition vers une régime démocratique et un Etat de droit de l’ancienne Birmanie toujours dominée par l’armée. Quant à Aung San Suu Kyi, des millions d’internautes ont demandé dans une pétition issue d’Indonésie qu’elle soit déchue de son Prix Nobel. « Impossible », a répondu le Comité éponyme, selon lequel : « Seuls les efforts d'un lauréat jusqu'à l'attribution du prix sont évalués par la comité Nobel, pas son action ultérieure”.

Pour l’heure, l’armée birmane peut poursuivre ses massacres en toute impunité.

Douze plans de paix en RCA, la guerre continue

Une impunité qui empêche toute véritable transition ou réconciliation quel que soit le continent.

Pierre Hazan, conseiller éditorial de JusticeInfo.net rappelle ainsi que la République Centrafricaine en est à son douzième plan de paix et est toujours en guerre faute de s’être attaquée aux racines du mal. “Il ne peut y avoir de véritable paix sans justice ainsi que le demandent les populations qui se sont exprimées lors des consultations populaires sur ce sujet”, ”, rappelle Pierre Hazan, qui ajoute “Face à un gouvernement de Bangui sans armée, ni système judiciaire  qui ne tient qu’avec le soutien d’une communauté internationale de plus en plus divisée, et la fragmentation et la criminalisation des groupes armés qui pillent l’or et le diamant du sous-sol, la population n’en finit plus de souffrir“. Même schéma au Burundi en proie à une répression féroce de son Président Pierre Nkurunziza. Comme l’explique Carine Kanez, porte-parole d’une ONG de femmes burundaise. Dans une interview à JusticeInfo.net, elle dénonce les complicités et l’aveuglément des chefs d’Etat africains. “ Quand on parle de la terreur comme outil de gouvernance, quand on parle de crime contre l’humanité, de fosses communes, de viols, de discours de haine, il ne s’agit plus de privilégier une solution africaine, puisque ces crimes touchent notre humanité ». Et d’asséner, « Le panafricanisme est un concept de plus en plus manipulé par un débat biaisé dénonçant le pseudo néocolonialisme d’organes comme la CPI. Ce qui entrave la capacité d’assurer une transition politique de manière pacifique ». Comme le dit la militante des droits de l’homme : “Il faut que la communauté internationale réalise que ce gouvernement est en plein déni. ».

 

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