La semaine de la justice transitionnelle : 3 pays oubliés Gambie, Laos et Sri Lanka

20.11.17

François Sergent, Justiceinfo.net
Le Président Yahah Jammeh a quiité le pouvoir le 21 janvier 2017 Le Président Yahah Jammeh a quiité le pouvoir le 21 janvier 2017 ©Seyllou/afp

Cette semaine sans informations saillantes dans le domaine de la justice transitionnelle, JusticeInfo.net a choisi sa propre actualité en Gambie, au Sri Lanka et au Laos.

En Gambie, Baba Hydara, le fils d’une des victimes présumées du Président déchu Yahah Jammeh qui régna sur son pays d’une main de fer pendant près de 25 ans, le journaliste Deyda Hydara explique son combat pour que justice soit rendue. Le journaliste a été tué le 16 décembre 2004 selon toute vraisemblance par les escadrons de la mort du Président aujourd’hui réfugié en Guinée Equatoriale qui le protège.

Il raconte aujourd’hui :“Nous sommes conscients que pour le moment le secteur de la justice en Gambie n’est pas en mesure de juger Jammeh pour différentes raisons – aussi bien structurelles que politiques. C’est pour cela que notre coalition, qui est formée de victimes, d’activistes africains et d’organisations internationales, s’est réunie en octobre dernier à Banjul, capitale gambienne, pour réfléchir à des alternatives réalistes. Nous savons que cela prendra du temps, mais nous sommes déterminés et patients”.

Jammeh2justice

Cette coalition “Jammeh2justice” entend s’inspirer de l’exemple d’Hissene Habré finalement jugé et condamné. L’avocat Reed Brody qui pourchassa le dictateur tchadien conseille la coalition. À la réunion de Banjul, il avait amené des victimes tchadiennnes. “Les discussions étaient vraiment intéressantes. Nous avons appris énormément sur leur combat pour la justice. Cela nous a donné des idées. Mais nous, nous ne voulons pas attendre vingt ans ou plus, nous aimerons faire avancer les choses le plus rapidement possible”, conclue l’activiste gambien.

Sri Lanka

Au Sri Lanka, aussi la justice se fait attendre, explique Richard Rogers, secrétaire et membre du MAP (Sri Lanka Monitoring and Accountability Panel) qui suit la situation dans ce pays. “Je pense que le gouvernement n’a pas fait de progrès pouvant apporter une réparation aux victimes de la guerre qui a pris fin en 2009”, affirme l’avocat. Selon lui, le gouvernement n’a respecté aucune de ses promesses.

Pire, selon l’avocat, la situation a empiré.” il y a eu de nouvelles violations des droits de l’homme perpétrées par des acteurs gouvernementaux. Des rapports font état de nouvelles disparitions de personnes, de nouveaux cas de torture et il y a encore beaucoup de personnes détenues sans jugement, ou victimes de procédures judiciaires inéquitables”, ajoute Richard Rogers qui s’indigne de la passivité de la communauté internationale notamment du Conseil des Droits de l’homme de l’ONU. Alors, dit-il que “les crimes commis au Sri Lanka comptent certainement parmi les pires de ce siècle. Il y a eu plus de 40.000 personnes tuées, rien qu’au cours des deux dernières années de la guerre, et des centaines de milliers de personnes déplacées”.

Laos

Autre pays oublié, où la justice défaille le Laos. Il y a 5 ans disparaissait le militant le plus connu et le plus respecté de la société civile du pays, Sombath Somphone. Le pouvoir n’a même jamais reconnu l’avoir arrêté. Anne-Sophie Gindroz qui a travaillé à ses côtés raconte dans une interview à JusticeInfo.net comment le pouvoir règne par la peur. “Il y a une image très trompeuse, car c’est vrai que c’est un beau pays, qu’il y a un sentiment d’harmonie sociale, de sérénité. Mais derrière tout cela, il y a une autre facette beaucoup plus sombre dont on ne parle pratiquement pas, du fait qu’il n’y a pas d’organisations de protection des droits de l’Homme qui travaillent au Laos. Les organisations locales ne sont pas autorisées à s’intéresser à ces sujets-là, et les organisations internationales comme Amnesty ou Human Rights Watch n’ont pas accès directement au terrain.” Là aussi, les pressions internationales font défaut. Anne-Sphie Gindroz confirme : “les représentants européens vont se contenter des réponses un peu bidon qu’ils vont recevoir du gouvernement laotien.”

Résultat une impunité pour le pouvoir qui peut poursuivre sa politique d’accaparement des terres et des richesses et réprimer la moindre vélléité d’opposition. Anne-Sophie Gindroz a publié son témoignage dans “Laos The Silent Repression”, mis en ligne sur le site.

 

 

 

 

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