Cinq choses à savoir sur la guerre du Kosovo

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L’ancien « commandant Cali » devient mercredi le premier responsable de l’Armée de libération du Kosovo à être jugé par un tribunal spécial à la Haye pour crimes de guerre pendant le conflit contre les forces serbes.

Salih Mustafa, 49 ans, est accusé de détention arbitraire, de traitements cruels, de torture et de meurtre.

Voici quelques éléments sur la guerre de 1998-1999 qui ouvrit la voie à l’indépendance du Kosovo, soutenue par la plupart des pays occidentaux, jamais acceptée par la Serbie et ses alliés russe et chinois.

– L’avant-guerre –

Dans l’ex-Yougoslavie, le Kosovo était une province de Serbie, l’une des six Républiques de la Fédération.

Cette région à grande majorité albanaise bénéficiait d’un statut spécial qui lui conférait le droit de former son gouvernement, et d’être représentée au Parlement et à la présidence de la Fédération.

La province contrôlait aussi l’éducation, la justice et la police.

En mars 1989, à la veille de l’éclatement sanglant de la Yougoslavie, Slobodan Milosevic, alors président de la Serbie, révoque l’autonomie du Kosovo.

Cette décision provoque des manifestations monstres de la population albanaise et des affrontements avec la police qui font 24 morts, dont deux policiers.

– Résistance non violente –

Les Albanais kosovars refusant leur allégeance au régime de Milosevic perdent leurs emplois dans les écoles, hôpitaux, médias, la police ou les forces de sécurité.

Le chef de l’Union des écrivains Ibrahim Rugova, vite baptisé le « Ghandi du Kosovo », lance un mouvement de résistance pacifique avec la création de structures d’Etat parallèles.

Il fonde un gouvernement de l’ombre qui fournit pendant la quasi-totalité des années 1990 des services publics essentiels (éducation, santé), financés surtout par la diaspora.

– Le début de la guerre –

En 1997 naît une guérilla séparatiste, l’UCK, qui reproche au mouvement non violent d’être inefficace.

En mars 1998, Belgrade lance sa première offensive contre l’UCK dans la région centrale de Drenica, l’un des principaux bastions indépendantistes.

Au total, environ 13.000 personnes sont tuées, dont 11.000 Albanais, pour la plupart des civils. Des centaines de milliers de civils sont déplacés.

– Atrocités –

Belgrade tente de dissimuler les crimes de guerre en jetant des milliers de dépouilles dans des fosses communes, dont certaines en Serbie.

Après la chute de Slobodan Milosevic en 2000, les corps de centaines d’Albanais sont retrouvés dans une base d’une unité spéciale de la police près de Belgrade, des dizaines d’autres dans un centre de la même unité dans l’Est de la Serbie et d’autres près d’un lac dans l’Ouest.

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de la Haye a condamné pour crimes de guerre l’ex-vice Premier ministre Nikola Sainovic à 18 ans de réclusion. Cinq haut gradés de la police et de l’armée ont également été condamnés.

– Les crimes de l’UCK –

Aucun dirigeant de la guérilla kosovare n’a été condamné par le TPIY.

Mais des guérilleros sont accusés de l’enlèvement et de la disparition d’au moins 500 civils, pour la plupart des Serbes, des Roms et des Albanais considérés comme des opposants, selon un rapport du Conseil de l’Europe de 2011.

Créé en 2015, le tribunal spécial enquête sur les crimes présumés des leaders de l’UCK, dont plusieurs ont obtenu des postes élevés après-guerre.

Parmi eux, l’ex-président Hashim Thaci, considéré comme l’homme le plus puissant du Kosovo avant son inculpation l’année dernière. Au moment de son arrestation en septembre 2020, Salih Mustafa, ex-commandant dans la région de Llapi (nord), était fonctionnaire au ministère de la Défense.

Financé par l’Union européenne et composé de juges internationaux, le tribunal spécial est une instance de droit kosovar, installée à La Haye par souci de protection des témoins.

– La fin de la guerre –

Le répression contre des civils albanais déclenche en mars 1999 une campagne de bombardements de l’Otan qui contraint l’homme fort de Belgrade à ordonner le retrait des troupes serbes au mois de juin suivant.

Le Kosovo est placé sous administration de l’ONU. En 2008, l’ancienne province serbe déclare unilatéralement son indépendance avec le soutien des Etats-Unis. Ce que n’a jamais accepté Belgrade.