Sans information, pas de réconciliation

23.04.15 - CENTRAFRIQUE/CONFLIT - L’ACCORD DE PAIX ENTRE BOZIZÉ ET DJOTODIA ACCUEILLI AVEC PRUDENCE A BANGUI

Bangui, 23 avril 2015  (FH) – L’accord de paix signé le 14 avril à Nairobi par les anciens présidents centrafricains Michel Djotodia et François Bozizé a été accueilli avec prudence à Bangui. Considérés comme des acteurs clés de la crise en cours dans cette ancienne colonie française, ces deux hommes, qui font l’objet de sanctions et d’enquêtes internationales, ont déclaré qu’ils voulaient rejoindre le processus de transition en cours, en reconnaissant enfin le gouvernement intérimaire de Catherine Samba-Panza. Ils ont par ailleurs annoncé qu’ils étaient prêts à participer au prochain « Forum de Bangui ».

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Ces assises nationales, initialement programmées pour la période du 27 avril au 2 mai, viennent d’être reportées. Elles se tiendront du 4 au 12 mai, un report dû, selon les autorités de Bangui, au manque de disponibilité, pour la période initiale, du médiateur international, le président congolais Denis Sassou Nguesso.Mais la classe politique et la société civile à Bangui doutent de la bonne foi de Djotodia et Bozizé, les soupçonnant de chercher à obtenir une amnistie générale pour les crimes commis par leurs milices rivales alors que les Centrafricains, meurtris par de longues années de conflit armé, exigent aujourd’hui  la fin de l’impunité. Cette amnistie figurait d’ailleurs en bonne place sur la liste des principales revendications des deux hommes dans un précédent accord signé en janvier, toujours dans la capitale kényane. Bangui avait refusé de reconnaître cet accord, expliquant n’y avoir pas participé.Pour la même raison, le gouvernement de transition centrafricain rejette le nouvel accord. « Le gouvernement ne reconnaît pas cet accord d’engagement de paix puisque ni de loin, ni de près, il n’y est associé », réagissait au lendemain de la signature du texte, le ministre centrafricain de la Décentralisation et de la régionalisation, Modibo Bachir Walidou. «C’est un accord bilatéral entre deux personnalités», avait ajouté ce porte-parole du gouvernement, qualifiant les deux anciens présidents « d’auteurs des malheurs du peuple centrafricain ». Pour lui, la  présence de Djotodia et Bozizé au « Forum de Bangui » n’est même pas « une nécessité, car ils ont des représentants qui peuvent valablement y participer à leur place ».Conduite notamment par Michel Djotodia, la Séléka, une coalition de groupes rebelles, avait renversé le président François Bozizé en mars 2013, dans une campagne marquée par des meurtres généralisés de civils, des incendies et des pillages. À la mi-2013, des groupes s’appelant eux-mêmes les anti-balaka se sont organisés pour combattre la Séléka, mais se sont également livrés à des exactions. Incapable de mettre fin aux violences, Michel Djotodia , qui s’était emparé du fauteuil présidentiel, a démissionné en janvier 2014 sous la pression de dirigeants africains et de la France, tout en accusant son prédécesseur d’être la tête pensante des anti-balaka..Pour Antoinette Montaigne, ministre conseillère à la présidence, le forum de Bangui devra sonner la fin de l’impunité. « Pardonner la mauvaise gouvernance, pardonner les crimes de sang, pardonner les pillages généralisés, pardonner les humiliations, tout cela doit se faire à une condition : la justice », déclare-t-elle dans un entretien avec….« Si nos hommes politiques prennent du recul pour regarder en arrière, ils verront que nos rivières sont de couleur rouge, que les enfants vivent dans le dénuement total, qu’il y a des charniers dans le pays, des ossements humains qui n’ont pas encore de sépulture », fait observer la ministre pour qui les Centrafricains attendent que le Forum de Bangui « accorde une large place aux victimes pour que justice soit faite ».« Pas de réconciliation sans justice. On veut la justice et, particulièrement la justice transitionnelle qui est un mécanisme pour permettre à ceux qui ont commis des fautes peu ou très graves de pouvoir réparer leur tort auprès des victimes et, aux victimes, de pardonner », indique, pour sa part, Gervais Lakosso, coordonnateur du Groupe de travail de la société civile.« Dans le passé, on a fait des réconciliations à la va-vite où on a ignoré totalement les victimes en distribuant les amnisties aux gens, aux bourreaux, ce qui a fait que les gens en gardent les rancunes et c’est ce qui explique la violence de la crise qui a suivi ; parce que les gens, de part et d’autre, ont gardé les rancunes », ajoute Gervais Lakosso.Le Parti travailliste de l’ancien président Bozizé se dit également opposé à l’impunité. « Personne ne peut encourager l’impunité. Nous sommes contre l’impunité. Nous sommes pour la justice, mais une justice pour tous. Qu’il n’y ait pas deux poids deux mesures », affirme Bertin Beya, secrétaire général par intérim du parti. A la différence du gouvernement, il pense cependant que  « Djotodia et Bozizé (aujourd’hui en exil) continuent de jouir de leurs droits civiques et politiques jusqu’à ce qu’un procès équitable soit tenu ». Il ne voit donc aucun problème à ce qu’ils  rentrent au pays pour participer au processus de réconciliation en cours, voire aux élections.Dans la rue, certains Banguissois se disent également favorables à la présence de Djotodia et Bozizé. Mais, non pas pour briguer des mandats politiques mais pour que les Centrafricains puissent leur demander des comptes, face-à-face.Très attendu, ce dialogue inter-centrafricain, dont la préparation s’avère déjà laborieuse, a pour ambition de réunir toutes parties impliquées dans la crise mais aussi les partis politiques, le gouvernement, la société civile et les communautés religieuses.HM/ER

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