Sans information, pas de réconciliation

La rassembleuse intronisation de Mgr Dieudonné Nzapalainga, premier cardinal centrafricain

La rassembleuse intronisation de Mgr Dieudonné Nzapalainga, premier cardinal centrafricain©Photo Vincenzo Pinto/ AFPLe nouveau cardinal D.Nzapalainga s'entretient avec des proches après son intronisation le 19 novembre 2016 à Rome
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Un moment de grande émotion en Centrafrique. Dans la capitale, Bangui, comme dans les villages les plus reculés, l’élévation samedi 19 novembre de l’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, au rang de cardinal, a été saluée comme un événement national, historique, rassembleur. Comme l’avait été en novembre 2015 dernier la visite du pape François dans ce pays déchiré depuis trois ans par des violences intercommunautaires.

Qui, au pays de Barthélémy Boganda, n’a pas encore entendu parler de ce père spiritain en croisade contre l’exclusion et la haine de l’autre ? Depuis trois ans, l’archevêque de Bangui sillonne inlassablement son pays, en compagnie de l'imam Oumar Kobine Layama, président du Conseil Islamique, et du pasteur Nicolas Guerekoyame-Gbangou, président de l’Alliance évangélique, dans une campagne visant à apaiser les tensions interethniques et interreligieuses. L’homme d’église, qui vient d’être créé cardinal à 49 ans, ne cesse de rappeler à ses compatriotes, chrétiens et musulmans, qu’ils sont frères.

En faisant entrer ce fils de la Centrafrique dans le Sacré Collège, le pape François reconnaît donc l’engagement de Mgr Dieudonné Nzapalainga pour la paix dans son pays, même si l’élu prend la distinction avec humilité. « Moi, je ne prends pas ça comme du mérite ou autre chose. Je prends ça comme un appel, un don que le Seigneur fait, pas pour moi, mais au peuple centrafricain qui depuis souffre, qui aspire à la paix », a confié le premier cardinal centrafricain. « Le Pape est venu visiter ce pays pauvre et il appelle maintenant un fils pauvre d’un pays pauvre pour l’aider dans sa mission que le Christ a laissée à Pierre. A travers lui, c’est un signal fort pour les pauvres aussi de par le monde », a ajouté le nouveau membre du Collège cardinalice. Dans son homélie prononcée en la Basilique St-Pierre de Rome, le souverain pontife a dénoncé « la polarisation et l’exclusion ». Parmi ceux qui l’écoutaient, figuraient 200 Centrafricains venus de Bangui, dont le président Faustin Archange Touadéra. Le chef de l’Etat rentrait de Bruxelles où il avait pris part à la Table ronde des bailleurs de fonds appelés au chevet de son pays.

« Sa nomination nous donne de la joie et du courage »

Selon Radio Ndeke Luka (RNL), cet événement, qui avait été annoncé par le Vatican le 9 octobre dernier, était très attendu sur place en Centrafrique. « Mgr Dieudonné Nzapalainga a beaucoup œuvré pendant les moments difficiles pour la paix et la cohésion sociale dans le pays, sa nomination nous donne de la joie et du courage », confié à RNL un musulman du quartier PK 5, à Bangui. « Il n'a cessé durant la crise d'effectuer des visites dans les sites pour personnes déplacées afin de consolider la paix dans le pays », a renchéri un autre. L’enclave musulman du "PK5" ou encore « Kilomètre 5 » (parce situé à cinq kilomètre du centre-ville de Bangui), est une véritable poudrière dans la capitale centrafricaine. A l'intérieur du pays, notamment à Berberati, Sibut, Boali ou encore Beloko et Mobaye, les Centrafricains joints par RNL ont exprimé leur « fierté ».

D’autres distinctions avant celle du Vatican

Avant le Vatican, d’autres institutions avaient reconnu le combat inlassable de l’archevêque de Bangui. Ainsi, le 19 août 2015, le prélat catholique, l’Imam Kobine et le pasteur avaient reçu à Genève, au nom de leur Interfaith Peace Platorm,  le Prix Sergio de Mello 2015. Il s’agit d’une reconnaissance des « efforts accomplis en vue de la réconciliation des groupes religieux dans l'espoir de parvenir à une paix durable en République centrafricaine (RCA), pays dévasté par une guerre entre fractions », précisait un communiqué de la Fondation Sergio de Mello. Ce prix est remis tous les deux ans à une personne, un groupe ou une organisation ayant fait quelque chose de spécial et d’unique pour réconcilier des personnes et des parties en conflit afin de perpétuer l’idéal du Brésilien Sergio Vieira de Mello. Alors représentant spécial du secrétaire général des Nations unies à Bagdad, le diplomate brésilien a été tué le 19 août 2003, dans une attaque à la voiture piégée.

Fin 2014, les trois responsables religieux s’étaient par ailleurs vu décerner le prix de l'organisation américaine Search for Common Ground. Cette ONG honore chaque année une personnalité ou un groupe de personnalités ayant accompli un travail exceptionnel dans la résolution des conflits. Au palmarès des lauréats de ce prestigieux prix, se trouve notamment l’Archevêque noir sud-africain Desmond Tutu, également Prix Nobel de la Paix.

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