Sans information, pas de réconciliation


Tribunal Hariri: le rédacteur en chef d'un journal libanais coupable d'outrage

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Une cour spéciale a jugé vendredi un journal libanais et son rédacteur en chef coupables d'outrage et d'entrave à la justice pour avoir publié des informations sur des témoins confidentiels dans le cadre des procédures concernant l'assassinat en 2005 de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri.

Le tribunal spécial pour le Liban (TSL) doit "concilier la liberté de la presse et la nécessité de garantir l'intégrité des procédures engagées devant le tribunal", a déclaré le juge Nicola Lettieri: "le statut de journaliste ne saurait être utilisé comme un rempart à toute épreuve".

Le journal al-Akhbar et son rédacteur en chef Ibrahim Mohamed al-Amine, absent vendredi lors de l'audience, avaient publié en janvier 2013, en version papier et sur le site internet, deux articles en arabe contenant les photographies, les noms et des données personnelles de 32 témoins confidentiels. 

Ils étaient titrés "Fuites du TSL: les témoins surprise de l'accusation" et "La liste des témoins du TSL: pourquoi nous l'avons publiée".

Ouvert en 2009, le TSL, chargé de juger les assassins de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri tué dans un attentat en 2005, est la bête noire du Hezbollah. Le parti chiite pro-iranien l'accuse d'être le fruit d'un complot "israélo-américain" visant à le détruire et exclut la remise des suspects en fuite malgré des mandats d'arrêt internationaux.

Convoqués dans le cadre de cette affaire, plusieurs témoins ont déclaré avoir eu peur suite à la publication de renseignements "permettant de les identifier" dans les articles d'Al-Akhbar, a rapporté le juge, faisant état d'un tollé médiatique et public suscité par cette parution.

Certains ont été présentés "comme des témoins +dont les dispositions seraient utilisées pour incriminer le Hezbollah+" et ont "perdu confiance dans la capacité du tribunal de protéger la confidentialité des informations et de ses témoins suite aux publications", a ajouté le TSL.

Par ailleurs, les accusés ne se sont pas conformés aux normes les plus élémentaires du journalisme d'investigation, selon M. Lettieri.

"Si je reconnais que les accusés, comme tous les médias, sont libres de rendre compte de l'activité du tribunal, voire de la critiquer, je ne décèle aucun intérêt journalistique, ni aucune nécessité sociale impérieuse, dans la décision de publier les noms, photographies et autres données permettant clairement d'identifier 32 prétendus témoins confidentiels", a-t-il déclaré.

 

- Une télévision acquittée -

Premier tribunal international ad hoc créé pour juger une attaque "terroriste", le TSL a été constitué par l'ONU, à la demande du Liban, après l'attentat ayant coûté la vie à M. Hariri et à 22 autres personnes et fait 226 blessés le 14 février 2005 à Beyrouth.

Celui qui était Premier ministre libanais jusqu'à sa démission en octobre 2004 se rendait à son domicile lorsqu'une explosion, équivalente à celle de 2,5 tonnes de TNT, l'a projeté hors de son véhicule blindé.

Si l'attentat avait d'abord été attribué aux généraux libanais pro-syriens, le TSL a délivré en 2011 des mandats d'arrêt contre quatre suspects, membres du Hezbollah, soutenu par la Syrie et l'Iran, et contre un cinquième membre en 2013.

Le procès s'est ouvert en janvier 2014, en l'absence des accusés.

Lundi, le tribunal a annoncé qu'il ne poursuivra pas le procès du chef militaire du Hezbollah Mustafa Badreddine, accusé d'avoir préparé et exécuté l'attaque, admettant qu'il avait bien trouvé la mort en mai en Syrie.

En avril 2014, le TSL avait décidé de poursuivre pour outrage et entrave à la justice deux journalistes et deux organes de presse libanais.

Le TSL a acquitté cette année en appel la chaîne Al-Jadid-TV et sa rédactrice en chef adjointe, également accusées d'avoir diffusé des informations sur des témoins protégés dans une série de reportages.

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