Sans information, pas de réconciliation

Syrie: les derniers rebelles appelés à quitter Alep

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L'armée syrienne appelle les derniers rebelles à quitter les quartiers de l'est d'Alep en vue de parachever la reprise totale de la ville, sa plus grande victoire depuis le début de la guerre.

A Moscou, la Russie, l'Iran et la Turquie se sont dits favorables à un cessez-le-feu "élargi" en Syrie et prêts à être les "garants" de pourparlers de paix, dans une déclaration commune après des discussions tripartites à Moscou de leurs ministres des Affaires étrangères.

En vertu d'un accord parrainé par ces trois pays, quelque 25.000 personnes, des rebelles et des civils, ont déjà été évacuées depuis jeudi d'Alep, la grande ville du nord de la Syrie, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Une fois les évacuations terminées, le régime du président Bachar al-Assad devrait proclamer la "libération" de la ville.

Cette victoire est aussi celle de la Russie et de l'Iran, alliés indéfectibles du pouvoir syrien, auquel ces deux pays ont fourni un soutien militaire crucial.

L'armée a appelé mardi par haut-parleurs les rebelles et les civils à quitter le réduit rebelle à Alep, a indiqué une source militaire syrienne à l'AFP. "L'armée veut nettoyer la zone après la sortie des hommes armés".

Des "milliers" de personnes attendent encore d'être évacuées, a déclaré une porte-parole du CICR, Ingy Sedky. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a estimé que l'évacuation des civils serait finie "d'ici un, deux jours maximum".

Mais mardi, seuls dix autobus ont transporté des civils et des insurgés d'Alep vers des quartiers gouvernementaux avant d'être emmenés dans d'autres régions sous contrôle rebelle situées à l'ouest de la ville.

Les autres autobus qui devaient transporter les derniers habitants ne sont pas sortis de l'enclave rebelle, en attendant de régler un nouveau problème semble-t-il avec les évacuations des villages chiites prorégime de Foua et Kafraya, assiégés par les insurgés dans la province d'Idleb (nord-ouest), selon une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

 

- 'Etat lamentable' -

 

L'agence de presse officielle syrienne Sana a fait état "d'un retard dans la sortie du dernier convoi (du réduit rebelle) après des divergences entre groupes terroristes" liées aux évacuations de Foua et Kafraya. Le régime utilise le terme de "terroriste" pour désigner les rebelles.

En échange des évacuations d'Alep, 750 personnes ont déjà pu quitter Foua et Kafraya, selon le CICR.

Pendant la journée, des habitants, vieillards, femmes et enfants pour la plupart, se sont agglutinés dans les autobus avec les rares affaires qu'ils ont pu emporter d'Alep. Plusieurs étaient en pleurs et d'autres grelottaient de froid, selon des correspondants de l'AFP.

"Leur état est lamentable", a déclaré un responsable de l'Union des organisations des secours et soins médicaux, Bachar Babbour, à Khan al-Assal, point de rassemblement en zone rebelle. 

"La plupart des gens demandent de l'eau et à manger, en plus de couvertures", a-t-il ajouté.

Minés par la faim, la plupart des passagers avaient le visage émacié à tel point que même entre connaissances, certains ne se reconnaissaient pas après avoir vécu des mois de siège et de bombardements.

Pour parvenir en zone rebelle, ils devaient franchir les barrages de l'armée, des Russes et des miliciens iraniens et irakiens, tous alliés du régime.

Un mois après le début le 15 novembre d'une offensive aérienne et terrestre par le régime Assad et ses alliés, qui a dévasté l'enclave rebelle, la complexe opération d'évacuation a débuté jeudi.

 

- 20 observateurs pour les évacuations -

 

A l'initiative de la France, le Conseil de sécurité de l'ONU a voté à l'unanimité une résolution prévoyant le déploiement rapide à Alep du personnel humanitaire de l'ONU déjà présent en Syrie pour surveiller les évacuations et évaluer la situation des civils.

Selon le porte-parole de l'ONU à New York, le régime et d'autres parties sur le terrain ont accepté le déploiement de 20 observateurs "nationaux et internationaux" pour superviser les évacuations.

Par ailleurs, l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura a annoncé son intention de convoquer des négociations intersyriennes le 8 février à Genève.

Réunis à Moscou, les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l'Iran et de la Turquie (qui soutient les rebelles) ont assuré, dans une déclaration commune, être prêts à être les "garants" de négociations de paix entre régime et opposition.

"Nous sommes prêts à contribuer à l'élaboration du projet d'accord, aux pourparlers entre le gouvernement syrien et l'opposition", a dit M. Lavrov, flanqué de ses homologues.

"Les ministres sont convenus de l'importance d'élargir le régime de cessez-le-feu, de garantir un accès sans obstacle à l'aide humanitaire et la libre circulation des populations sur le territoire syrien", a indiqué M. Lavrov selon des propos retransmis à la télévision.

Les trois pays ont montré qu'ils avaient pris la main dans le dossier syrien, Etats-Unis et Occidentaux n'ayant pas été conviés à la réunion.

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