Risque de "somalisation" de la Tunisie en cas de retour des jihadistes (forces de sécurité)

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Les forces de sécurité intérieures se sont alarmées d'un risque de "somalisation" de la Tunisie en cas de retour massif des jihadistes tunisiens dans leur pays, exhortant le gouvernement à prendre des "mesures exceptionnelles", dont la déchéance de nationalité.

"Le retour en Tunisie des terroristes en provenance des foyers de tension est alarmant et peut conduire à la somalisation du pays", a affirmé dans un communiqué le syndicat national des forces de sécurité intérieure, au terme d'une réunion ce week-end.

Ces jihadistes ayant notamment combattu en Irak, en Syrie et en Libye "ont reçu des formations militaires et appris à manipuler toutes sortes d'armes de guerre sophistiquées", a relevé le syndicat.

Déplorant "l'absence de volonté politique" et de "décision souveraine claire", les forces de sécurité ont exhorté le gouvernement à prendre des mesures "exceptionnelles", mentionnant en particulier "la déchéance de nationalité".

Ces jihadistes pourraient rejoindre les "cellules dormantes" du pays, et "accepter leur retour (...) contribuera à élargir le cercle du terrorisme", ont-elles prévenu.

La Tunisie compte plus de 5.000 ressortissants dans les rangs d'organisations jihadistes à l'étranger selon un groupe de travail de l'ONU, et la perspective de leur retour suscite une inquiétude grandissante.

A l'appel d'un collectif, plusieurs centaines de personnes ont manifesté samedi devant le Parlement à Tunis pour dire "Non à la repentance et à la liberté pour les groupes terroristes".

Les participants ont également scandé des slogans hostiles à Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha, qui avait soutenu dans le passé l'idée de "repentance" en échange d'un abandon de la violence.

 

- 'Maladie' -

 

Dimanche, M. Ghannouchi s'est dit opposé à l'interdiction d'un retour des jihadistes tunisiens, estimant que la Tunisie devait "assumer (ses) responsabilités".

"Il faut faire face à cette maladie avec sérieux", a-t-il ajouté lors d'une réunion publique, affirmant que son "traitement" relevait de "la justice, de la police, de l'éducation et de la thérapie".

D'après le ministre de l'Intérieur Hédi Majdoub, 800 jihadistes sont déjà revenus en Tunisie. Les autorités détiennent "toutes les informations sur ces individus", a-t-il assuré vendredi au Parlement.

Le débat a pris de la vigueur au début du mois après des propos du président Béji Caïd Essebsi à Paris.

"Nombre d'entre eux veulent rentrer, on ne peut pas empêcher un Tunisien de revenir dans son pays (...) Mais évidemment (...) nous allons être vigilants", avait-il déclaré à l'AFP.

"Nous n'allons pas les mettre tous en prison, parce que si nous le faisons nous n'aurons pas assez de prisons, mais nous prenons les dispositions nécessaires pour qu'ils soient neutralisés", avait-il ajouté.

M. Essebsi a complété son propos le 15 décembre, écartant toute "indulgence" et assurant que la loi antiterroriste serait appliquée contre eux.

La Tunisie a fait face après sa révolution de 2011 à l'essor d'une mouvance jihadiste armée responsable de la mort de plus d'une centaine de soldats et de policiers, mais aussi d'une vingtaine de civils et de 59 touristes étrangers, selon des chiffres officiels.

Des "cellules terroristes" sont démantelées chaque semaine par les autorités. Dimanche, cinq personnes ont été arrêtées à l'Ariana, au nord de Tunis, a indiqué le ministère de l'Intérieur, selon qui le groupe "recrutait des jeunes pour les envoyer dans les zones de conflit".