Sans information, pas de réconciliation

Trois ans après, le Nigeria se rassemble pour les filles de Chibok

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Plusieurs rassemblements sont organisés vendredi au Nigeria pour ne pas oublier les quelque 200 lycéennes de Chibok, enlevées il y a tout juste trois ans par Boko Haram, et dont seules une vingtaine ont été libérées.

A Chibok, ville du nord-est, où le groupe jihadiste Boko Haram continue de mener des raids, les parents des lycéennes enlevées vont se réunir dans l'école même où leurs filles ont disparu.

Alors qu'elles étaient en train de passer leurs examens, 276 écolières âgées de 12 à 17 ans ont été kidnappées le 14 avril 2014. Cinquante-sept d'entre elles sont parvenues à s'échapper juste après le rapt.

Relayé par les médias du monde entier, cet enlèvement de masse avait provoqué une vague d'indignation à laquelle de nombreuses célébrités mondiales avaient participé à coups de hashtags #bringbackourgirls (Ramenez-nous nos filles).

En octobre 2016, 21 jeunes filles ont été libérées, pour certaines avec des enfants nés en captivité, après des négociations entre Boko Haram et le gouvernement, avec l'aide du Comité International de la Croix-Rouge et de la Suisse. 

Une goutte d'eau pour les membres du collectif "Bring Back Our Girls" qui appelle "le président, le vice-Président et le président du Sénat (nigérians) à garantir que +nos+ filles reviennent maintenant et vivantes". Une poignée ont été retrouvées dans la forêt de Chibok, mais 195 lycéennes sont actuellement toujours aux mains du groupe.

Grande figure traditionnelle du pays, l'émir de Kano (nord musulman du pays) doit prononcer vendredi à Abuja un discours inaugural à la mémoire de ces jeunes filles. 

C'est également à Abuja, la capitale fédérale, où le collectif "Bring Back our Girls" est particulièrement actif, que des arbres seront plantés à la mémoire des jeunes filles.

A Lagos, la capitale économique du pays, le collectif doit se recueillir pour des prières en fin de journée.

 

- Enlisement -

 

Mais "Bring back our girls", un slogan scandé depuis trois ans, semble s'enliser tout comme le conflit contre Boko Haram. 

Le groupe, qui est passé de secte extrémiste à un mouvement jihadiste extrêmement violent envers les civils, utilise le kidnapping de masse comme moyen de recrutement.

A la veille de Noël, le président nigérian Muhammadu Buhari avait annoncé triomphalement "l'écrasement final des terroristes de Boko Haram dans leur dernière enclave" de Sambisa, forêt de quelque 1.300 km2 où s'était retranchée la faction du groupe dirigée par l'insaisissable Abubakar Shekau.

Mais l'accès au nord-est du pays, immense territoire aux confins du Tchad, du Cameroun et du Niger, reste extrêmement difficile : même si Boko Haram ne contrôle plus de vastes territoires, et ne plante plus de drapeaux islamistes dans les villes, les attaques et les kidnappings sont quotidiens. 

"Boko Haram continue à enlever des femmes, des filles, mais aussi des jeunes garçons, des enfants pour leur faire subir les pires des supplices: ils sont violés, frappés et forcés à commettre des attentats-suicides", dénonce Makmid Kamara, représentant d'Amnesty International pour le Nigeria. 

"Malheureusement, (...) la plupart de ses enlèvements ne sont pas rapportés dans la presse. De nombreux parents, de nombreuses familles, ont abandonné tout espoir de retrouver ceux qu'ils aiment", poursuit M. Kamara. 

Cette semaine, l'Unicef a également dénoncé la mise en détention de centaines d'enfants par l'armée qui les interroge sur Boko Haram ou sur leur affiliation présumée avec les jihadistes.

Face aux critiques d'inaction, le président Buhari - dont la lutte contre Boko Haram et retrouver les filles de Chibok étaient des promesses électorales - a assuré jeudi que le gouvernement était "déterminé à assurer la libération des filles de Chibok et de ceux enrôlés de force (...) et à reprendre le contrôle sur les territoires occupés". 

"Le gouvernement travaille à la libération des écolières de Chibok et de tous les Nigérians enlevés par les terroristes" en ayant recours à "tous les moyens possibles", a affirmé un porte-parole de la présidence nigériane, Garba Shehu, lors d'une interview à la BBC. 

Il a souligné que des négociations étaient en cours "avec l'aide de certains pays". 

Les lycéennes de Chibok sont devenues le symbole des dizaines de milliers de personnes encore détenues par Boko Haram. 

Elles représentent une précieuse monnaie d'échange pour négocier avec les autorités, même si Abubakar Shekau a affirmé dans une vidéo de propagande qu'un grand nombre d'entre elles avaient été tuées dans des raids aériens de l'armée nigériane.

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