Sans information, pas de réconciliation

Référendum constitutionnel aux Comores pour renforcer les pouvoirs du président

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Les Comoriens sont appelés lundi à se prononcer, par référendum, sur une réforme constitutionnelle qui permettrait au président et ancien putschiste Azali Assoumani de se représenter pour un deuxième mandat consécutif, un scrutin "illégal" pour l'opposition.  

Les quelque 300.000 électeurs de ce petit archipel de l'océan Indien doivent répondre à la question "Approuvez-vous le projet portant révision de la Constitution du 23 décembre 2001 révisée en 2009 et en 2013 ?".

Ce projet renforce considérablement les pouvoirs du chef de l'Etat. Il lui permet de se représenter pour un deuxième mandat de cinq ans "renouvelable une fois", alors que l’actuelle Constitution interdit deux mandats consécutifs. 

Le texte supprime aussi les postes de vice-présidents et la Cour constitutionnelle, la plus haute instance judiciaire du pays. Enfin, il fait de l'islam la "religion d'Etat", dans ce pays où l'écrasante majorité de la population pratique un islam modéré.

Si le "oui" l'emporte, le président Azali Assoumani, élu de justesse en 2016, compte organiser dès 2019 une élection présidentielle anticipée, ce qui lui permettrait théoriquement de pouvoir se représenter encore en 2024.

Il a déjà occupé la fonction suprême de 1999 à 2006 à la suite d'un putsch, avant de céder démocratiquement le pouvoir.

L'issue du référendum fait peu de doute. 

L'opposition, qui dénonce depuis des mois les "dérives autoritaires" du président, a jugé le scrutin "illégal", refusé de participer à la campagne référendaire et appelé les électeurs à ne pas se déplacer.

"Le président Azali veut se tailler une Constitution sur mesure qui lui permet de faire ce que bon lui semble", a jugé le secrétaire général du parti Juwa (opposition), Ahmed el-Barwane.

"Il y a deux politiques, deux voies", a estimé le secrétaire général du parti présidentiel Renouveau des Comores (CRC), Yahaya Mohamed Illiase. "Celle de la construction prônée par le président Azali, ou celle de la destruction." 

- "Climat délétère" -

 

"Lundi on va voter +oui+ (…) parce que Azali veut aider les citoyens à vivre mieux", a assuré à Moroni un notable, Mmadi Ibrahim, interrogé par l'AFP.

Ce référendum est "une formalité", a estimé un électeur en faveur du "non". "Le résultat est quasiment connu d’avance", a-t-il avancé sous couvert d'anonymat.

L'organisation du référendum a accentué les tensions dans l'archipel, où l'opposition dénonce depuis des mois les "dérives autoritaires" du président.

Des opposants ont été arrêtés, des manifestations réprimées, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi assigné à résidence et la Cour constitutionnelle suspendue.

"La stratégie de verrouillage de l’espace démocratique initiée par le pouvoir s’amplifie", estiment les organisations de la société civile dans un communiqué conjoint publié la semaine dernière.

"Ce climat délétère, le peu d’enthousiasme du scrutin, ajoutés au fait que l’opposition et les organisations de la société civile ne seront pas présentes dans les structures électorales, font planer une grande incertitude sur l’issue et la transparence de ce référendum", ajoutent-elles.

"La situation peut déraper à tout moment", prévient un responsable des questions sécuritaires, sous couvert de l'anonymat.

Signe des tensions dans l'archipel, l'un des vice-présidents, Abdou Moustoidrane, a été victime il y a une semaine d'une tentative d'assassinat. Sa voiture a essuyé plusieurs rafales d'arme automatique, il s'en est miraculeusement sorti indemne.

Les Comores ont été agitées par des crises séparatistes et des coups d'Etat jusqu'à l'instauration en 2001 d'une nouvelle Constitution et du système de la présidence tournante, tous les cinq ans, entre les trois îles (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan) qui forment l'archipel.

C'est ce système que le président Azali Assoumani entend modifier puisque si son projet est adopté, la présidence tournante pourrait n'avoir lieu que tous les dix ans. 

Les bureaux de vote sont ouverts lundi de 07h00 à 16h00 (de 04h00 GMT à 13h00 GMT). Des petits avions ont été affrétés pour acheminer, une fois le vote terminé, les urnes des îles dans la capitale Moroni. Les résultats pourraient être connus dès la nuit de lundi à mardi.

am-bed/jpc/plh 

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