Sans information, pas de réconciliation

Malaise en Belgique sur des retraites versées par Berlin aux ex-collaborateurs des nazis

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Une poignée de collaborateurs du régime nazi perçoivent toujours une pension allemande en Belgique, une situation effarante pour les députés d'outre-Quiévrain, qui réclament la fin de ces versements.

"La Chambre des représentants demande au gouvernement (...) de plaider auprès du gouvernement fédéral allemand la fin du régime des pensions accordées aux collaborateurs belges", écrivent les élus dans ce texte adopté mardi.

L'octroi de ces pensions "pour la collaboration à un des régimes les plus meurtriers de l'Histoire" entre en contradiction "avec le travail de mémoire et le projet de paix" portés par l'Europe, ajoutent-ils.

Ces pensions sont versées chaque mois, en vertu d'un loi allemande, aux habitants de la Flandre ou de la Wallonie qui se sont engagés aux côtés de l'armée allemande, ainsi qu'aux enrôlés de force dans les territoires annexés de l'est de la Belgique, explique à l'AFP l'historien Christoph Brüll, spécialiste des relations belgo-allemandes à l'université du Luxembourg.

Selon lui, seules les personnes touchées par une invalidité et qui n'ont pas été condamnées pour crimes de guerre ont pu en bénéficier.

Mais "il y a une zone d'ombre", relève-t-il. "Les critères d'invalidité sont généreux. Quant à la question de la condamnation, dans les années 1950, on ne savait pas trop qui avait fait quoi".

- Waffen-SS -

L'association "Mémoire-Herinnering", qui a mis le sujet sur le devant de la scène belge, estime même que certains collaborateurs nazis du pays ont pu toucher un salaire plusieurs années après la fin de la guerre, ainsi qu'une retraite de base.

"L'Allemagne fédérale a considéré qu'elle devait assurer la succession civile du IIIe Reich et a repris ses engagements", assure à l'AFP l'un de ses membres, Alvin De Coninck, qui dit travailler sur le sujet depuis sept ans.

Les autorités belges ne connaissent pas le nombre des personnes qui ont bénéficié de ces pensions et encore moins leurs noms, l'Allemagne ne lui ayant jamais communiqué cette liste.

Il n'existe pas de recherches scientifiques approfondies sur le sujet, selon M. Brüll, mais la presse belge estime qu'ils sont plusieurs milliers.

Selon le ministère allemand du Travail, "18 personnes percevaient encore ces prestations en Belgique en février 2019".

"Il peut s'agir de ressortissants belges ou, par exemple, de ressortissants allemands qui se sont installés en Belgique", a-t-il précisé à l'AFP.

Selon cette même source, le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, responsable du versement de ces prestations en Belgique, "a signalé qu'il n'y avait pas d'anciens membres du Waffen-SS (les escadrons d'élite nazis) parmi les bénéficiaires actuels" dans le pays.

- Net d'impôt -

Lors d'une audition devant la Chambre des représentants en 2017, l'ambassadeur d'Allemagne en Belgique à l'époque, Rüdiger Lüdeking, avait affirmé que le montant de la pension s'élevait à environ 385 euros.

Les députés relèvent dans leur résolution "l'injustice subie par les victimes du nazisme, qui ne reçoivent pas d'allocations, alors que les collaborateurs belges perçoivent une pension" nette d'impôts.

Pour eux, le gouvernement belge doit "requérir" auprès de la Rhénanie du Nord-Westphalie "toutes les informations pouvant faire la clarté" sur le sujet et mettre en place "une commission scientifique".

Ces pensions sont versées en Belgique en vertu d'une loi allemande de 1951, qui permet aux victimes de guerre allemandes de toucher une retraite.

De nombreux anciens nazis, voire criminels de guerre, ainsi que des collaborateurs étrangers, dans bien d'autres pays que la Belgique, ont pu en bénéficier.

Depuis 2008, la loi permet aux Länder (les Etats régionaux allemands), qui versent ces retraites, de les suspendre. Mais cette possibilité a été peu utilisée : 99 retraités se sont vu retirer ce "bonus", contre 50.000 espérés, selon des données de 2017 du ministère allemand du Travail.

En France, les "malgré-nous" alsaciens et mosellans, incorporés de forces dans la Wehrmacht, ne bénéficient pas d'une pension allemande "puisqu'ils ont été reconnus comme des anciens combattants français" après la guerre, rappelle l'association strasbourgeoise des évadés et incorporés de force (ADEIF), jointe par l'AFP.

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