Sans information, pas de réconciliation

Lafarge en Syrie: décision cruciale le 24 octobre sur les mises en examen

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La cour d'appel de Paris se prononcera le 24 octobre sur la validité de la mise en examen de Lafarge pour "financement du terrorisme" et "complicité de crimes contre l'humanité" en Syrie, a appris l'AFP auprès d'avocats.

La chambre de l'instruction examinait jeudi les requêtes déposées par Lafarge ainsi que celles de trois dirigeants -- Bruno Lafont, ex-PDG, son ancien directeur Sûreté, Jean-Claude Veillard, et l'un des ex-directeurs de la filiale syrienne, Frédéric Jolibois -- pour contester leur mise en examen.

Au total, huit cadres ou dirigeants ont été mis en examen pour "financement du terrorisme" et/ou "mise en danger" dans cette information judiciaire déclenchée en juin 2017, après les plaintes des ONG Sherpa et du Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l'Homme (ECCHR).

Un an plus tard, Lafarge était à son tour poursuivi pour "complicité de crimes contre l'humanité", "financement du terrorisme", "violation d'un embargo" et "mise en danger de la vie" d'anciens salariés de son usine de Jalabiya (nord).

Lafarge SA, propriétaire de Lafarge Cement Syria (LCS), est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via cette filiale, près de 13 millions d'euros à des groupes jihadistes, dont l'Etat islamique (EI), et à des intermédiaires afin de maintenir l'activité de son site en Syrie, alors que le pays s'enfonçait dans la guerre.

Si l'existence de remise de fonds à des "groupes armés" est ressortie d'un rapport d'enquête interne, Lafarge SA conteste toute responsabilité dans la destination de ces versements à des organisations terroristes et rejette les accusations de "complicité de crimes contre l'humanité".

Devant la chambre de l'instruction, la défense du cimentier a notamment attaqué la fiabilité des investigations, effectuées à partir de sources ouvertes, notamment des rapports de l'ONU, estimant qu'une telle mise en examen devait résulter d'une enquête "approfondie".

L'avocat général a appuyé ces arguments. Dans ses réquisitions écrites, que l'AFP a pu consulter, il estimait qu'il n'existait "aucun indice grave et concordant" que les anciens salariés parties civiles "auraient été victimes" de la "complicité des crime contre l'humanité" reprochée à Lafarge.

Selon Sherpa, cette incrimination se fondait aussi sur des "preuves directes", fournies par les témoignages d'anciens employés du site syrien de Lafarge. Certains crimes dont ces derniers ont été victimes ont été commis "dans le cadre du plan concerté appliqué par l'EI pour les attaques systématiques" de civils, "caractérisant ainsi le crime contre l'humanité", estime l'ONG.

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