Sans information, pas de réconciliation

25 ans après le massacre de Bisesero, nouveau refus des juges français de rouvrir l'enquête

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Les juges d'instruction, qui ont enquêté sur de possibles responsabilités de l'armée française lors du massacre de Bisesero pendant le génocide rwandais, ont refusé de relancer les investigations avec l'ouverture des archives françaises, a-t-on appris jeudi auprès de parties civiles.

Dans une ordonnance datée du 24 juin, les trois juges du pôle "crimes contre l'humanité et crimes de guerre" ont jugé irrecevable la demande des parties civiles de rouvrir cette enquête entamée il y a plus de treize ans et clôturée en juillet 2018.

Etant donné qu'aucune mise en examen n'a été prononcée dans ce dossier, les parties civiles craignent que les magistrats ne rendent un non-lieu.

Dans leur nouvelle demande, elles arguaient notamment que l'ouverture des archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994 à une commission d'historiens et de chercheurs, annoncée en avril par le président Emmanuel Macron, constituaient un "fait nouveau" de nature à permettre de reprendre les investigations.

Les archives constituent un sujet épineux, au coeur de toutes les difficultés pour tenter d'esquisser une vérité historique.

Depuis 2005, six rescapés du massacre, l'association Survie, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH et LDH) et d'autres parties civiles accusent la force militaire française Turquoise d'avoir sciemment abandonné des centaines de Tutsis des collines de Bisesero (ouest), en juin 1994, aux génocidaires ralliés au pouvoir gouvernemental Hutu, qui bénéficiait d'un soutien ancien de Paris.

Les rescapés, à l'origine de la plainte en 2005, affirment que les militaires français leur ont promis le 27 juin 1994 de les secourir, pour ne le faire finalement que le 30. Pendant cet intervalle de trois jours, des centaines de Tutsis ont été massacrés dans les collines.

Eric Plouvier, avocat de l'association Survie, a jugé la décision des juges "incompréhensible". "Pourtant, la décision du président de la République est l'occasion inespérée d'avoir accès à des sources nouvelles permettant de mieux comprendre et mieux cerner les responsabilités pénales individuelles durant l'intervention de l'armée française dans le cadre de l'opération Turquoise", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Les parties civiles soutiennent qu'il existe des raisons de penser que l'abstention volontaire des militaires français d'intervenir pour secourir des personnes en danger constitue une complicité de génocide", a-t-il ajouté.

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