Sans information, pas de réconciliation

Carnage dans un centre pour migrants en Libye, visé par une frappe

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Au moins 44 migrants ont été tués et une centaine blessés dans un raid contre un centre de détention près de la capitale libyenne Tripoli, une frappe condamnée mercredi par la communauté internationale et dénoncée comme un possible "crime de guerre" par l'ONU.

La frappe aérienne menée mardi tard le soir à Tajoura a été attribuée par le gouvernement d'union nationale (GNA) basé à Tripoli aux forces rivales de Khalifa Haftar engagées dans une offensive pour s'emparer de la capitale d'un pays plongé dans le chaos depuis 2011.

Le centre de détention abritait environ 600 migrants, en majorité érythréens et soudanais, et deux de ses cinq hangars ont été touchés, selon le responsable du centre Noureddine al-Grifi.

Quelque 120 migrants se trouvaient dans le hangar n°3 qui a été visé et détruit à 23H34 (21H34 GMT) dans le raid, selon lui.

Sur le sol, restes humains, couvertures maculées de sang, débris et morceaux tordus de la structure métallique du bâtiment entourent un cratère de trois mètres de diamètre, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Il y avait des cadavres, du sang et des morceaux de chair partout", a raconté depuis son lit d'hôpital à l'AFP Al-Mahdi Hafyan, un Marocain de 26 ans dont la cuisse a été transpercée par un morceau métallique du toit.

Lui et son compatriote sorti indemne et assis à côté de lui à l'hôpital du centre de Tripoli étaient venus ensemble en Libye pour tenter la traversée de la Méditerranée vers l'Europe.

Tous deux ont un autre souci en tête: comment quitter l'hôpital pour ne pas être reconduit dans un autre centre de détention, des sites dénoncés par des ONG.

- "Les trois PAS" -

"Ce carnage ignoble et sanglant" est "une conséquence des plus horribles et tragiques" de "l'absurdité de cette guerre", a estimé l'émissaire de l'ONU, Ghassan Salamé dans un communiqué.

Selon le communiqué, au moins 44 migrants ont péri et plus de 130 ont été grièvement blessés dans ce centre à Tajoura, une banlieue est de Tripoli.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence et à huis clos plus tard dans la journée sur la Libye.

Mettant à profit l'indécision internationale, les deux camps rivaux libyens restent persuadés de pouvoir l'emporter grâce à leurs soutiens (notamment la Turquie pour le GNA, les Emirats arabes unis pour M. Haftar), et s'approvisionnent en conséquence en armes en violation de l'embargo imposé onusien pour la Libye depuis 2011.

Dans un communiqué, le GNA, reconnu par l'ONU, a dénoncé "un crime odieux" et accusé les forces du "criminel de guerre, Khalifa Haftar", l'homme fort de l'est libyen, d'avoir mené une attaque "préméditée".

C'est la deuxième fois que ce centre pour migrants est touché depuis le début de l'offensive des pro-Haftar.

Les forces de M. Haftar n'ont pas réagi aux accusations du GNA. Mais des médias pro-Haftar ont fait état mardi soir de raids aériens à Tripoli et Tajoura. Ce secteur abrite des sites appartenant aux groupes armés pro-GNA et est régulièrement la cible de raids des pro-Haftar.

- "Effroi" -

Après ce carnage, des ONG ont fait part de leur "effroi" et réclamé une enquête. L'Union européenne a condamné une "horrible attaque" et s'est associée à l'appel de l'ONU pour l'ouverture d'une enquête. L'Union africaine, la France et l'Italie ont également condamné la frappe. Ankara a qualifié l'attaque de "crime contre l'humanité".

Le chef du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, a lui porté "trois messages clés: les migrants et réfugiés ne doivent PAS être en détention, les civils ne doivent PAS être des cibles, la Libye n'est PAS un lieu sûr pour un renvoi" des migrants.

Médecins Sans Frontières (MSF) a réclamé "l'évacuation immédiate des réfugiés et migrants enfermés dans des centres de détention à Tripoli".

Les agences de l'ONU et organisations humanitaires rappellent régulièrement leur opposition à ce que les migrants arrêtés en mer soient ramenés en Libye.

La Libye est en proie à des luttes de pouvoir et à l'insécurité avec de multiples milices qui font la loi depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi après une révolte en 2011.

Malgré une insécurité persistante, ce pays reste un important point de transit pour les migrants fuyant les conflits et l'instabilité dans d'autres régions d'Afrique et du Moyen-Orient.

L'ONU a maintes fois exprimé son inquiétude sur le sort d'environ 3.500 migrants et réfugiés "en danger dans des centres de détention situés près de zones d'affrontements".

Les pro-Haftar ont menacé d'intensifier les raids contre leurs rivaux après avoir perdu la ville clé de Gharyan au sud de Tripoli.

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