Sans information, pas de réconciliation

Soudan du sud: Machar rencontre Kiir à Juba

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Le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar est arrivé lundi à Juba, pour sa première venue en un an dans la capitale, où il a rencontré le président Salva Kiir pour discuter de paix et des conditions de sécurité.

"Notre réunion s'est concentrée sur les arrangements de sécurité, parce qu'il s'agit d'une des dispositions fondamentales" de l'accord de paix signé en 2018, a déclaré à la presse l'adjoint de Machar, Henry Odwar, après la rencontre des deux hommes à la présidence. "Il y a des défis et nous prions pour les surmonter."

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent les deux hommes assis à la même table et Kiir serrer la main de Machar.

Machar, qui vit en exil à Khartoum, est arrivé dans un avion soudanais, précédé par deux autres appareils transportant une large délégation d'une soixantaine de personnes.

Le ministre de l'Information, Michael Makuei, avait déclaré dimanche que les deux hommes évoqueraient "toutes les questions en suspens concernant le processus de paix et la manière d'aller de l'avant".

MM. Kiir et Machar ne se sont pas vus depuis une rencontre au Vatican en avril, pendant laquelle le pape François avait baisé les pieds des deux hommes accusés de crimes de guerre.

La visite de Machar devrait durer deux jours. Elle intervient alors que se rapproche la date-butoir, fixée à début novembre, pour la formation d'un gouvernement transitoire d'union nationale, point-clé de l'accord de paix signé en septembre 2018 à Addis Abeba, et qui prévoit notamment la nomination de M. Machar au poste de vice-président.

Ce gouvernement devait initialement être formé en mai. Mais M. Machar, inquiet des conditions de sécurité à son retour à Juba, avait obtenu un délai de six mois supplémentaires.

Le Soudan du Sud a sombré dans la guerre civile en décembre 2013, deux ans après son indépendance du Soudan, lorsque M. Kiir, un Dinka, a accusé M. Machar, alors son vice-président, membre de l'ethnie nuer, de fomenter un coup d'État.

Le conflit, marqué par des atrocités et le recours au viol comme arme de guerre, a fait plus de 380.000 morts selon une étude récente, et poussé plus de quatre millions de Sud-Soudanais, soit près d'un tiers de la population, à quitter leurs foyers.

L'accord de paix conclu en septembre 2018 a entraîné une forte baisse des combats, même s'ils n'ont pas complètement cessé. Le délai négocié en mai devait notamment permettre de procéder au cantonnement des combattants et à leur intégration dans une armée unifiée, mais peu de progrès ont été enregistrés depuis.

Pour Alan Boswell, expert à l'International Crisis Group (ICG), des discussions directes entre MM. Kiir et Machar sont le seul moyen de faire avancer les choses. "Nous attendions ce moment depuis longtemps. La seule manière d'aller de l'avant était que les deux se rencontrent. Il est tout à fait possible de former un gouvernement d'union nationale, mais ils devront trouver de nouveaux accords politiques pour cela".

"S'ils échouent à trouver un moyen d'avancer en se parlant directement, alors on peut s'attendre à une crise majeure", a-t-il cependant mis en garde.

Machar a été accompagné à Juba par le commandant de forces paramilitaires soudanaises, Mohamed Hamdan Daglo, qui tient des pourparlers de paix séparés avec des groupes armés soudanais.

Le Soudan est engagé dans une transition depuis le renversement du chef de l'Etat, Omar el-Béchir, en avril.

Pour sa part, Kiir a demandé aux groupes soudanais de négocier "de bonne foi" pour parvenir à la paix dans la région.

"Je crois que nous sommes qu'un et que nous affrontons le même problème. S'il n'y a pas de paix au Soudan, il n'y aura pas de paix au Soudans du Sud", a-t-il ajouté.

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