Sans information, pas de réconciliation

Cachemire indien: le Pakistan veut une enquête de l'ONU, craint un "génocide"

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Le ministre pakistanais des Affaires étrangères a demandé mardi au Conseil des droits de l'homme de l'ONU d'ouvrir une enquête sur les actions de l'Inde dans le Cachemire indien, craignant qu'un "génocide" s'y produise.

"La population du Jammu-et-Cachemire occupé craint le pire (...). Je tremble à l'idée de mentionner le terme de génocide ici, mais tout de même c'est ce que je dois faire", a déclaré Shah Mehmood Qureshi, devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève.

Le Cachemire, divisé entre l'Inde et le Pakistan depuis 1947, est à l'origine de deux conflits majeurs et de heurts innombrables entre ces deux pays.

Les tensions se sont ravivées depuis l'annonce début août par les autorités indiennes de la révocation du statut spécial du Jammu-et-Cachemire, une décision prise par l'Inde pour libérer du "terrorisme et du séparatisme" ce territoire himalayen à majorité musulmane revendiqué par le Pakistan.

"Ces six dernières semaines, ce territoire a été transformé par l'Inde en la plus grande prison de la planète", a déclaré le ministre pakistanais.

"Les villes, les montagnes, les plaines, vallées abandonnées, traumatisées dans le Jammu-et-Cachemire rappellent le Rwanda, Srebrenica, les Rohingyas et le pogrom de Gujarat. Une catastrophe est sur le point de se produire", a-t-il ajouté.

Le ministre a également soutenu les appels du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme demandant une enquête internationale.

- "Attaque" -

"Il faudrait des mesures pour traduire en justice les auteurs de violations des droits humains (...) et donc créer une commission d'enquête internationale", a affirmé le ministre pakistanais.

Depuis 2018, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a demandé à plusieurs reprises au Conseil des droits de l'homme de lancer une commission d'enquête internationale. Ce type d'enquête est généralement réservé aux crises majeures, comme par exemple le conflit en Syrie, et doit être décidé par les 47 Etats membres du Conseil.

Le Conseil est réuni en session jusqu'au 27 septembre, et le ministre pakistanais a invité les diplomates à se saisir de la question du Cachemire indien. Il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'affaires "intérieures" indiennes et qu'il craignait que l'Inde "attaque" le Pakistan au nom de la lutte contre le "terrorisme".

New Delhi, mais également Washington, accusent en effet depuis longtemps le Pakistan d'attiser l'insurrection au Cachemire indien et d'armer les groupes jihadistes.

A l'ONU, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, s'est dite elle lundi "très préoccupée par les actions récentes du gouvernement indien sur les droits humains des Cachemiris, notamment en ce qui concerne les restrictions touchant à internet et au droit de réunion pacifique, et à la détention de dirigeants politiques et militants locaux".

Mme Bachelet a expliqué avoir "lancé un appel particulier à l'Inde pour alléger les mesures actuelles de restrictions ou de couvre-feu, assurer que les personnes aient accès aux services de base et respecter le droit au procès juste pour toutes les personnes qui ont été détenues".

"Depuis 6 semaines, des dirigeants politiques du Cachemire de tous horizons sont en résidence surveillée, en prison et bâillonnés", a dénoncé le ministre pakistanais des Affaires étrangères, indiquant que plus de 6.000 personnes ont ainsi "été arrêtées sans autres formes de procès".

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