Sans information, pas de réconciliation

Rohingyas: les partisans d'Aug San Suu Kyi se réveillent avant la procédure devant la justice internationale

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Rassemblements de soutien, messages d'encouragement, fans prêts à l'accompagner devant la Cour internationale de justice: en Birmanie, les partisans d'Aung San Suu Kyi, qui va défendre à La Haye son pays accusé de "génocide" contre les Rohingyas, font entendre leur voix.

La nouvelle avait provoqué une onde de choc: le 20 novembre, la cheffe de facto du gouvernement birman annonçait qu'elle se rendrait personnellement en décembre aux Pays-Bas pour "défendre l'intérêt" de la Birmanie dans le dossier ultra-sensible des exactions à l'encontre de la minorité musulmane.

L'annonce a choqué les observateurs internationaux déjà très critiques envers l'ancienne icône de la paix, accusée de ne pas avoir défendu les Rohingyas.

Mais elle a redonné de la voix à ses partisans, encore très nombreux dans le pays.

Quelque 3.000 supporters se sont rassemblés dimanche dans la ville de Monywa (centre) et d'autres manifestations de soutien sont prévues.

Des panneaux: "Nous sommes à vos côtés", montrant Aung San Suu Kyi souriante aux côtés de trois ministres nommés par l'armée, apparaissent dans les rues. Et les messages d'encouragement fleurissent sur les réseaux sociaux pour que "Mère (Suu Kyi, ndlr) gagne cette affaire".

- Séjour haut de gamme à La Haye -

Une agence de voyage de Rangoun propose même un séjour haut de gamme à La Haye pour les sympathisants qui souhaitent assister aux audiences devant la Cour internationale de justice (CIJ) et apporter ainsi un soutien moral à la dirigeante birmane.

"Nous arrangeons l'ensemble du voyage, visa et transport compris", raconte à l'AFP l'employé Ma July.

Le séjour coûte près de 2.000 euros, une fortune pour le pays, l'un des plus pauvres d'Asie du Sud-Est.

Le présentateur télé Mg Mg Aye, bien connu en Birmanie, et Pencilo, suivie par plus d'un million d'abonnés sur Facebook, n'ont pas hésité à être du voyage.

"C'est notre devoir en tant que citoyens", souligne cette dernière, exhortant ses followers qui en ont les moyens à faire de même. "Il est important que le monde sache que ses compatriotes la soutiennent de tout coeur".

La Gambie, mandatée par les 57 États membres de l'Organisation de la coopération islamique, a entamé une action judiciaire contre la Birmanie pour "actes de génocide" devant la CIJ.

Cette dernière doit tenir du 10 au 12 décembre sa première audience dans cette affaire.

Depuis août 2017, quelque 740.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les exactions de l'armée birmane et de milices bouddhistes, qualifiées de "génocide" par des enquêteurs de l'ONU.

Les autorités birmanes maintiennent, elles, que les militaires n'ont fait que réagir aux attaques de la rébellion rohingya et qu'il n'y a eu ni nettoyage ethnique ni génocide.

Elles insistent aussi sur le fait qu'elles ont mis en place leurs propres comités chargés d'enquêter sur d'éventuelles exactions, des commissions dont la partialité est mise en doute par les observateurs internationaux.

Aung San Suu Kyi jouit d'un soutien important en Birmanie parmi la population, dont la majorité considère les Rohingyas comme des immigrants illégaux.

L'initiative de la Gambie n'est pas la seule procédure judiciaire actuellement lancée dans cette affaire.

La Cour pénale internationale (CPI), également basée à La Haye, a donné mi-novembre son feu vert à une enquête sur les crimes présumés commis contre les Rohingyas.

Bien que la Birmanie ne soit pas un État membre du Statut de Rome, traité fondateur de la Cour, celle-ci s'était déclarée compétente pour enquêter sur la déportation présumée de la minorité vers le Bangladesh, qui est lui un État partie.

Enfin, une plainte a été déposée en Argentine contre la Birmanie, la justice locale invoquant le principe de justice universelle. Cette plainte vise notamment Aung San Suu Kyi.

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