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Rohingyas: des crimes de guerre mais pas de génocide, selon une enquête birmane

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Une commission chargée par le gouvernement birman d'enquêter sur les exactions commises contre les musulmans Rohingya a conclu dans un rapport publié lundi que quelques militaires avaient bien commis des crimes de guerre à leur encontre, mais que l'armée n'était pas coupable de génocide.

La Commission indépendante d'enquête a publié les conclusions de ses travaux avant le jugement que doit rendre la Cour internationale de justice (CIJ) sur les mesures d'urgence demandées par la Gambie pour protéger les Rohingyas de nouvelles exactions de l'armée birmane, accusée de "génocide" à l'encontre de la minorité musulmane.

La commission a reconnu que des membres des forces de sécurité avaient fait un usage disproportionné de la force et commis des crimes de guerre et de graves violations des droits de l'homme, dont "le meurtre de villageois innocents et la destruction de leurs habitations".

Mais ces crimes ne constituent pas un génocide, a affirmé la commission d'enquête.

"Il n'y a pas de preuves évidentes pour arguer, encore moins pour conclure, qure les crimes commis l'ont été avec l'intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux", ont ajouté les enquêteurs.

La Gambie, soutenue par les 57 États membres de l'Organisation de la coopération islamique, le Canada et les Pays-Bas, accuse la Birmanie d'avoir violé la Convention des Nations unies de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide.

Elle a demandé à la CIJ d'ordonner "des mesures d'urgence" pour protéger les Rohingyas restés en Birmanie de nouvelles exactions. La CIJ, instance judiciaire de l'ONU, doit rendre sa décision le 23 janvier.

Une organisation de défense des droits de l'homme, l'Organisation birmane Rohingya UK (BROUK) a contesté les conclusions de la commission d'enquête, estimant qu'il s'agissait d'une opération "flagrante de relations publiques" pour détourner l'attention du jugement que doit rendre la Cour internationale de justice.

L'enquête demandée par Rangoun sur "les violations des droits de l'homme dans l'Etat Rakhine est une nouvelle tentative de blanchir l'armée" concernant les violences infligées aux Rohingyas", a estimé le porte-parole de cette ONG, Tun Khin.

Le rapport semble prendre pour boucs émissaires des soldats à titre individuel plutôt que de faire porter la responsabilité des exactions sur le commandement militaire, a relevé Phil Robertson de l'organisation Human Rights Watch, en demandant la publication immédiate du texte intégral.

L'enquête de la commission, y compris sa méthodologie et ses procédures, est "loin d'être transparente", selon lui.

La commission comprend deux Birmans et deux étrangers, le diplomate philippin Rosario Manalo et l'ancien ambassadeur du Japon à l'ONU Kenzo Oshima.

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi est venue personnellement en décembre à La Haye pour affirmer que son pays était capable de mener sa propre enquête sur les accusations d'exactions.

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