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Sri Lanka: pouvoirs accrus pour le président

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Le Parlement du Sri Lanka a voté jeudi des pouvoir accrus pour le président Gotabaya Rajapaksa, que l'opposition a accusé de devenir un "dictateur" constitutionnel durant deux jours de débats acrimonieux.

Le dirigeant populiste a été élu président en novembre, nommant son frère Mahinda, lui-même ancien président (2005-2015), au poste de Premier ministre. Gotabaya Rajapaksa était l'un des plus hauts gradés de l'armée sous la présidence de son frère.

Les pouvoirs présidentiels accrus nécessitaient un vote à la majorité des deux tiers. L'un des membres du parti au pouvoir, le Sri Lanka Podujana Party (SLPP) n'a pas voté pour le projet mais la défection de huit députés d'opposition a permis son adoption.

Selon le gouvernement, soutenu politiquement et diplomatiquement par la Chine, le projet vise à renforcer le président afin de mettre en oeuvre un programme promettant un "pouvoir fort".

Toutefois, le ministre de la justice Ali Sabry a expliqué au Parlement que les dispositions accordant une plus grande immunité à M. Rajapaksa et supprimant tout contrôle législatif et judiciaire du président en matière de dépenses publiques avaient été supprimées à la suite des protestations suscitées par le projet depuis sa présentation fin septembre.

Avec ses nouveaux pouvoirs, le président peut renvoyer les ministres, y compris le Premier ministre, et dissoudre le Parlement à compter de la moitié de son mandat de cinq ans.

M. Rajapaksa pourra également nommer les hauts fonctionnaires et les juges des tribunaux supérieurs, des décisions auparavant soumises à un contrôle parlementaire.

"Ce projet conduit non seulement à un régime autoritaire mais à un dictateur", a estimé le député d'opposition Gajendrakumar Ponnambalam. S.M. Marikka, du principal parti d'opposition SJB, a déclaré pour sa part que "ce sont les mêmes étapes que celles d'Hitler en Allemagne à ses débuts en politique".

"La tyrannie avance sans faire de bruit", a déclaré avant le vote devant le Parlement Rauff Hakeem, dirigeant du principal parti musulman du pays.

Le puissant clan Rajapaksa joue un rôle prépondérant dans la politique nationale depuis 2005. L'alliance des deux frères a remporté en août les élections législatives, s'assurant les deux tiers des sièges au Parlement, ce qui devrait permettre l'adoption du projet.

Les Rajapaksa jouissent d'une grande popularité au sein de l'ethnie cinghalaise majoritaire pour avoir mis fin en 2009, au prix d'un gigantesque bain de sang, à quatre décennies de guerre civile avec la minorité tamoule, un conflit qui a fait 100.000 morts selon l'ONU.

Mais ils sont également critiqués par la communauté internationale. Les défenseurs des droits humains les accusent de crimes de guerre, estimant que 40.000 civils tamouls ont péri dans les derniers mois du conflit, des chiffres contestés par le gouvernement.

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