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Présidentielle en Guinée: Alpha Condé déclaré vainqueur, violences à Conakry

2 min 32Temps de lecture approximatif

Le président guinéen sortant, Alpha Condé, 82 ans, a gagné la présidentielle, remportant ainsi un troisième mandat controversé, selon les résultats provisoires annoncés samedi par la commission électorale (CENI) et qui ont entraîné immédiatement des violences à Conakry.

Annonçant ces résultats encore provisoires, le président de la CENI Kabinet Cissé a déclaré que M. Condé avait remporté 59,49% des voix au scrutin du 18 octobre.

Son principal rival Cellou Dalein Diallo, 68 ans, qui s'était proclamé vainqueur de la présidentielle avant la publication des résultats, a obtenu 33,5% des suffrages, selon la CENI.

"Nous allons protester contre ce hold-up électoral par la rue", a déclaré à l'AFP l'opposant: "nous sommes en train de constituer des dossiers, très difficilement puisque nos locaux sont occupés, on n'a pas accès à nos documents, mais nous allons quand même saisir la Cour constitutionelle, sans se faire trop d'illusions."

Dès l'annonce des résultats, des affrontements ont éclaté entre forces de l'ordre et manifestants, a constaté un journaliste de l'AFP. Des bérets rouges étaient en appui aux policiers et aux gendarmes et des tirs étaient entendus.

"Nous sommes dans la rue, tant que Cellou Dalein ne nous demandera pas de rentrer", a assuré à l'AFP l'un des manifestants, Souleymane Cisse, chauffeur.

- Souffler sur les braises -

La tension était encore montée d'un cran vendredi, les violences faisant au moins cinq morts dans ce pays d'Afrique de l'ouest à l'histoire particulièrement troublée et sanglante.

Les autorités ont réquisitionné l'armée tandis que de nouveaux affrontements entre jeunes supporteurs de M. Diallo et forces de sécurité avaient éclaté à Conakry et en province.

La procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a mis en garde les acteurs politiques guinéens, leur rappelant "que quiconque commet, ordonne, incite, encourage et contribue" à des crimes tels que définis par les statuts de la CPI, "peut être poursuivi par les tribunaux guinéens ou par la CPI".

La Guinée est plongée depuis un an dans une profonde crise. Des mois de mobilisation contre l'éventualité d'un troisième mandat de M. Condé, à plusieurs reprises durement réprimée, ont fait des dizaines de morts civils.

Comme redouté de toutes parts, après une campagne émaillée d'incidents, les esprits se sont échauffés avec la présidentielle.

M. Diallo, battu par M. Condé en 2010 et 2015, avait proclamé sa victoire dès lundi en se fondant sur les données remontées par ses partisans envoyés dans les bureaux de vote pour ne pas s'en remettre à la commission électorale et à la Cour constitutionnelle, inféodées au pouvoir selon lui.

Le pouvoir l'accuse de souffler sur les braises. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le parti de M. Condé, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), traite M. Diallo de "pyromane", et parle "d'appel au meurtre et à la guerre civile" de sa part.

Depuis des jours, les Guinéens s'inquiètaient que les derniers résultats attendus de la commission électorale n'enflamment encore les passions.

La Guinée s'est retrouvée vendredi avec un internet fortement dégradé. Netblocks, groupe qui surveille de telles coupures, a expliqué soupçonner l'action de l'Etat guinéen. Il s'agirait de contrôler la diffusion d'informations à un moment critique.

Une telle censure avait déjà été observée en mars à l'occasion d'un référendum constitutionnel et de législatives controversées.

M. Condé n'était pas encore officiellement candidat à sa succesion. La nouvelle Constitution visait à moderniser le pays, selon lui. Elle marque l'avènement d'une nouvelle République, qui remet donc, estime-t-il, son compteur présidentiel à zéro et lui permet de se représenter.

Un Front national de la défense de la Constitution, M. Diallo en tête, menait alors la contestation anti-Condé. Il a lancé vendredi un appel à la reprise des manifestations dans tout le pays à partir de lundi "jusqu'au départ du dictateur Alpha Condé".

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