Désinformation et publicités politiques: Bruxelles tente de mettre de l'ordre

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Bruxelles veut durcir la lutte contre la désinformation, au moment où les anti-vaccins sont à l'offensive, dans un vaste plan d'action pour défendre la démocratie présenté jeudi, qui prévoit aussi d'encadrer les publicités politiques et mieux protéger les journalistes.

Les ONG y voient un "bon signal" mais trop "timide" aux yeux des syndicats.

La Commission européenne entend renforcer son code de bonnes pratiques contre la désinformation lancé en 2018, signé sur une base volontaire par plusieurs plateformes numériques (Google, Facebook, Twitter, Microsoft, Mozilla et, depuis juin 2020, TikTok) ainsi que des acteurs du secteur de la publicité.

Une initiative menée en complément du très attendu projet de législation que l'exécutif européen doit dévoiler le 15 décembre, le Digital Services Act, destiné à établir des règles claires et contraignantes pour les plateformes numériques. Car pour Bruxelles, l'autorégulation des acteurs du net ne suffit plus.

"La désinformation n'est pas quelque chose d'anodin, nous parlons d'attaques réellement dangereuses", déclare à l'AFP la vice-présidente de la Commission en charge des valeurs et de la transparence, Vera Jourova, soulignant la nécessité de "réduire l'impact actuellement énorme" des fausses informations sur les vaccins contre le Covid-19.

- "Pas de ministère de la Vérité" -

La Commission, qui a déjà dénoncé des campagnes menées par la Russie et la Chine liées à la pandémie, propose de pouvoir imposer des sanctions financières aux auteurs de telles ingérences étrangères.

La Commission, qui a incité cette année les plateformes signataires du code de bonnes pratiques à communiquer leurs actions contre les informations fausses et trompeuses relatives au coronavirus, veut les pousser à intensifier leurs efforts pour donner la priorité aux contenus faisant autorité, émanant des institutions sanitaires.

L'exécutif européen réclame aussi plus de transparence de leur part sur les sources de désinformation, leurs algorithmes et davantage d'accès à leurs données pour les chercheurs.

A la différence des contenus illégaux, la lutte contre la désinformation ne passe pas par un retrait obligatoire des contenus. "Je ne veux pas créer un ministère de la Vérité", a commenté Vera Jourova.

Pour l'ONG Avaaz ce plan pourrait être réellement "novateur", si les "plateformes sont tenues de rendre des comptes (...) avec des objectifs clairs, et une supervision".

Le CCIA, lobby des géants de la tech à Bruxelles, a "salué" la méthode de la Commission "impliquant les différents acteurs concernés", et s'est dit prêt à travailler avec elle pour "soutenir ces efforts importants".

- "Dormir tranquille" -

"Le fondateur et PDG de Facebook Mark Zuckerberg va pouvoir dormir tranquille", a raillé la Confédération européenne des syndicats (ETUC), déplorant des "mesures timides".

La Commission s'attaque aussi à la publicité politique et le ciblage des utilisateurs à partir de leurs données personnelles.

Un problème illustré par le scandale de Cambridge Analytica, entreprise britannique qui avait récupéré les données de 87 millions d'utilisateurs de Facebook pour mener des campagnes de manipulation massives, afin d'influencer les électeurs britanniques et américains.

L'exécutif européen proposera dans le courant de 2021 une législation, afin de disposer de règles suffisamment en amont des prochaines élections au Parlement européen en 2024.

"Nous voulons que la publicité politique soit la plus transparente possible, afin que tout électeur sache qui lui envoie un message, qui paie pour cela, à quelles fins", explique Vera Jourova.

- "Poursuites bâillons" -

Autre priorité du plan, renforcer la liberté et le pluralisme des médias, dont la situation "s'est dégradée", souligne Vera Jourova.

La Commission va recommander des mesures en faveur de la sécurité des journalistes, confrontés à une hausse des attaques et menaces, physiquement et en ligne, dans plusieurs pays européens.

Elle présentera une initiative fin 2021 pour les protéger des actions judiciaires destinées à intimider la presse et museler le débat public.

"Nous espérons qu'une législation forte sera au coeur de cette initiative", a commenté Linda Ravo, experte à l'ONG Liberties.

La pratique de ces "poursuites bâillons", en hausse dans de nombreux pays de l'UE, a été dénoncée par un collectif de 85 ONG dans une tribune publiée mardi par le journal Le Monde.

La journaliste d'investigation maltaise Daphne Caruana Galizia, tuée en 2017 dans un attentat à la voiture piégée, était visée par plus de 40 procédures en diffamation. Une trentaine se poursuivent aujourd'hui contre sa famille.

En complément, un plan d'action pour les médias prévoit des initiatives afin de soutenir un secteur qui a vu ses revenus publicitaires chuter au profit des géants du numérique.