Le Premier ministre serbe prêt à rendre hommage sur place aux victimes de Srebrenica

2 min 9Temps de lecture approximatif

Le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic s'est déclaré vendredi prêt à se déplacer à Srebrenica pour "rendre hommage aux innocentes victimes" de la pire tuerie en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale, que la justice internationale a qualifiée de génocide.

"Je suis prêt à m'incliner et à rendre hommage aux innocentes victimes de Srebrenica", en Bosnie orientale, massacrées par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995, a déclaré M. Vucic au cours d'une conférence de presse.

M. Vucic ne serait pas le premier haut responsable serbe à aller à Srebrenica. En 2010, le président serbe à l'époque, le pro-européen Boris Tadic, s'y était déplacé pour rendre hommage aux quelques 8.000 hommes et garçons musulmans tués peu avant la fin de la guerre intercommunautaire de 1992-1995.

"Nous, les Serbes, devons plus que tout autre peuple dans la région montrer que nous respectons la douleur et les souffrances des autres et même de faire preuve de compréhension pour la haine que nous vouent ceux qui ont eu à traverser l'enfer de Srebrenica", a poursuivi M. Vucic.

"Nous devons vivre en paix (...) si vous voulez de moi et de ma main tendue, je suis prêt à venir à Srebrenica" le 11 juillet à l'occasion du 20e anniversaire du massacre, a-t-il ajouté à l'adresse des musulmans bosniens.

Réagissant à ces déclarations de M. Vucic, la présidente de l'association des Mères de Srebrenica, Munira Subasic, a dit qu'assister aux commémorations n'était "pas une question d'invitation, mais de conscience".

- 'Difficile de nier ce qui s'est passé à Srebrenica'

"Nous n'invitons personne et nous n'avons pas mis de barricades pour empêcher quelqu'un de venir. Aleksandar Vucic aurait dû venir à Srebrenica depuis bien longtemps pour voir ce que certains dans son peuple ont été capables de faire", a déclaré Mme Subasic à l'AFP.

Selon elle, la présence du Premier ministre serbe "signifierait qu'il reconnaît de fait le génocide".

"Quelque chose est en train de se réveiller dans la conscience du peuple serbe. Je pense que, vingt ans plus tard, il est difficile de vivre en niant ce qui s'est passé à Srebrenica", a-t-elle ajouté.

Pour le maire musulman de Srebrenica, Camil Durakovic, les déclarations de M. Vucic ne sont qu'une "provocation". "Il aurait mieux fait de dire qu'il ne souhaitait pas venir parce que la Serbie ne reconnaît toujours pas les faits du passé et les jugements confirmant qu'un génocide a eu lieu à Srebrenica", a déclaré M. Dukakovic à la presse locale.

Les Serbes de Bosnie et de Serbie d'une manière générale nient qu'un génocide ait été perpétré à Srebrenica.

Le président de la Republika Srpska (RS, entité des Serbes de Bosnie), Milorad Dodik, a ainsi affirmé mercredi qu'il entendait demander à la Russie d'user de droit de son veto au Conseil de sécurité pour empêcher l'adoption d'une résolution de l'ONU préparée par le Royaume-Uni, sur le génocide de Srebrenica.

Belgrade, "sans vouloir relativiser le crime" de Srebrenica, "ne peut ni soutenir, ni voter contre une telle résolution", a, de son côté, affirmé M. Vucic.

Les relations entre la Serbie et la Bosnie ont récemment connu un regain de tensions en raison de l'arrestation jeudi en Suisse d'un ancien commandant des troupes musulmanes à Srebrenica, Naser Oric, sur la base d'un mandat d'arrêt émis par Belgrade qui l'accuse de crimes de guerre.