Sans information, pas de réconciliation

21.10.14 - SÉNÉGAL/TCHAD - AFFAIRE HABRÉ : LE TCHAD REFUSE DE COOPÉRER

Arusha, 21 octobre 2014 (FH) – Le travail des Chambres africaines extraordinaires (CAE) créées au sein de la justice sénégalaise pour juger les principaux responsables présumés des crimes les plus graves commis au Tchad sous le régime d'Hissène Habré (1982 -1990) marque le pas.

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Selon la cellule de communication des CAE, le gouvernement tchadien vient de rejeter une demande d'entraide judiciaire qui avait été formulée par ce tribunal spécial. Les avocats des victimes, eux, dénoncent un « mépris » de la part de N'Djaména.«  Par leur lettre datée du mardi 14 octobre 2014, les autorités judiciaires du Tchad ont fait parvenir à la Chambre d'instruction des Chambres africaines extraordinaires, la notification du rejet de la demande d'entraide judiciaire formulée par celle-ci », écrit la cellule d'information dans un communiqué publié sur le site internet des CAE.Selon la même source, la chambre d'instruction avait adressé au Tchad, le 3 octobre, une demande de commission rogatoire « aux fins de procéder à l'inculpation et à l'interrogatoire » de Saleh Younous et Mahamat Djibrine dit El Jonto, tous deux actuellement détenus à N'Djaména.Poursuivis par les CAE pour crimes contre l'humanité et torture, les deux hommes font l'objet de mandats d'arrêt internationaux lancés il y a plus d'un an. Le Tchad, qui s'était engagé à les transférer au siège des CAE à Dakar, a finalement changé son fusil d'épaule.La mission rogatoire qui se proposait de les inculper et les interroger avait été programmée pour la période du18 octobre au 2 novembre prochain. « Elle n'aura finalement pas lieu », constate amèrement la cellule de communication des CAE.Pour le Collectif des avocats des victimes, « le refus du Tchad de transférer les deux complices de Habré et le rejet d'une demande de commission rogatoire émanant des Chambres, montrent le mépris du Tchad pour les Chambres et le mandat de l'Union africaine ».Les CAE ont été créées sur la base d'un accord entre le Sénégal et l'organisation panafricaine.« Après un an de promesses non tenues, les autorités tchadiennes ont ralenti la procédure montrant ainsi qu'elles ne respectent pas la justice africaine et internationale », assène encore le Collectif, dans un communiqué reçu à l'Agence Hirondelle.Ces avocats exhortent cependant les CAE à ne pas se laisser décourager par le manque de coopération de N'Djamena. « L'objectif de la longue lutte des survivants, des veuves et des orphelins a toujours été de traduire en justice Hissène Habré, le chef de l'Etat, qui dirigeait la répression », souligne le texte. « Il est le principal responsable des abus massifs commis pendant son régime. Les Chambres africaines extraordinaires doivent aller de l'avant et montrer l'exemple en jugeant l'ancien dictateur », demande le Collectif.En exil au Sénégal depuis décembre 1990, Hissène Habré a été arrêté à son domicile dakarois le 30 juin 2013 et inculpé, deux jours plus tard, pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture.S'agissant de Saleh Younouss et Mahamat Djibrine, poursuivent ces avocats, il faut un procès en règle si le Tchad veut les déférer devant ses propres tribunaux.« Les victimes ne veulent pas d'une procédure expéditive, comme cela semble se profiler, mais des procès justes, équitables et transparents », insistent les signataires du communiqué. « Le gouvernement tchadien doit aller de l'avant et traduire en justice ces deux individus, inculpés pour les mêmes faits au Tchad et en détention à N'Djaména, ainsi que tous les autres complices de Habré dans le respect des standards internationaux et de la procédure pénale », ajoute le texte.ER

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