Sans information, pas de réconciliation

11.12.07 - RWANDA/GACACA - IBUKA DRESSE UN BILAN NEGATIF DES JURIDICTIONS GACACAS

Kigali, 11 Décembre 2007 (FH) - «Le but des Gacaca n’était pas de faire défiler les gens devant les juridictions pour la forme, mais bien de les juger ! », s’est indigne M. Benoit Kaboyi, Secrétaire Exécutif d’Ibuka, lors du congrès extraordinaire du collectif des associations des rescapés du génocide qui s'est tenu la semaine dernière et qui a dressé un bilan négatif de ces juridictions semi-traditionnelles.

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« La lutte contre l’impunité, la vérité, la réconciliation de la société rwandaise et l’accélération des procès, objectifs assignés aux juridictions gacaca, sont au négatif à la lumière des performances des dites juridictions » affirme le communiqué publié aprés cette réunion qui s'est tenue à Kabusunzu, un quartier de Kigali. Aucun représentant du Service National des Jurictions Gacaca n'était présent, a-t-on appris auprès d’Ibuka. Pourtant, en ouvrant la réunion, le Ministre de la justice, M.Tharcisse Karugarama, a estimé que les Gacacas étaient une "réussite" même si quelques imperfections subsistaient. « Les gacaca se sont bien déroulés, même si rien n’est parfait. Près de 712,000 personnes ont été jugées par ces juridictions…Encore que, avant la clôture, une évaluation s’impose ! », a-t-il dit. Les gacacas devraient théoriquement se terminer à la fin de l'année 2007 mais ce délai pourrait être retardé. Ce congrès regroupait les officiels et membres fondateurs d’Ibuka, ses représentants au niveau des districts et les représentants des différentes associations membres. Selon le communiqué la vérité étalée durant la période de collecte d’information a été négligée pendant les procès. Les différents amendements de la loi sur les gacaca ont consacré l’impunité des présumés auteurs du génocide, ont altéré la justice et banalisé les crimes de génocide. Plutôt que de réconcilier la société les procès attisent la haine entre les témoins et les accusés, suscitent la honte et l’angoisse des rescapés et leur ôtent toute confiance en la justice, la vitesse du processus empiètant sur la qualité des jugements, poursuit le texte. Dans ce communiqué, le président d’Ibuka, Théodore Simburudari, fait état de corruption, de clientélisme et de contradiction chez les juges inyangamugayo (intègres), de protection des autorités, des intellectuels et des riches. Outre l'insécurité, il déplore également l’ingérence de responsables du Service National des Juridictions Gacaca (SNJG) dans les jugements. A l’issu de ce congrès, les recommandations ont été claires : accélérer la mise sur pied de la Commission de lutte contre le génocide et du Fonds d’indemnisation, mettre sur pied des tribunaux spéciaux pour les présumés auteurs du génocide de 1ère catégorie, traduire en justice de façon systématique et appropriée les auteurs d’insécurité visant des rescapés, assurer la révision des procès dont les jugements sont mis en cause et poursuivre en justice le personnel du SNJG qui interfère dans les procès. SRE/PB/GF

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