Sans information, pas de réconciliation

08.01.08 - RWANDA/GENOCIDE - « IDEOLOGIE DU GENOCIDE» DANS CERTAINES ECOLES RWANDAISES- LE PARLEMENT

Arusha, 8 janvier 2008 (FH) - Des appels instillant « l’idéologie du génocide » circulent dans certaines écoles secondaires du Rwanda, selon un rapport d’une commission de la Chambre des députés rwandais consulté par l’agence Hirondelle. Selon ce texte « l’idéologie génocidaire » reste vivace dans 84 des 637 écoles secondaires du Rwanda.

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Débattu en décembre dernier par les députés, réunis en séance plénière, ce texte long de 428 pages a eu une diffusion trés limitée. Il reprend dans ses annexes des copies de ces manuscrits anonymes : « les Tutsis sont des serpents, nous en avons marre d’eux et nous les tuerons », dit un tract recueilli par la commission parlementaire à l’Ecole secondaire de Mataba, dans la Province du Nord. Dans cet établissement, les élèves tutsis rescapés du génocide de 1994 ont été obligés par la direction de porter un uniforme distinct, ce qui rajoute à la discrimination dont ils sont l’objet de la part de certains parmi leurs condisciples, selon ce rapport. A l’école secondaire de Gaseke, à une trentaine de kilomètres de Kigali, des listes d’élèves tutsis à tuer ont été dressées, mais selon la direction de l’établissement, aucune victime n’a heureusement encore été déplorée. Dans cette même école, a par ailleurs circulé un texte en 10 points rappelant les 10 commandements des Hutus publiés avant le génocide par le journal extrémiste Kangura dont le rédacteur en chef, Hassan Ngeze, à été condamné à 35 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) siégeant à Arusha, en Tanzanie. « Ne commets jamais l’adultère avec une femme tutsie ( …), ne te lie jamais d’amitié à un Tutsi », enseigne notamment ce décalogue de l’école de Gaseke. Dans le même établissement, la commission parlementaire a trouvé des tracts du genre « Priez, même si nous ne vous découpons pas en morceaux, nous vous empoisonnerons et vous mourrez ». « Que le Tutsi meure », renchérit un tract retrouvé au Groupe scolaire de Shyogwe, dans la Province du Sud. Le rapport recommande aux autorités gouvernementales de renvoyer et traduire en justice tous les enseignants véhiculant l’idéologie du génocide. "Dans toutes les provinces, les manifestations de cette idéologie du génocide sont identiques » dénoncent les députés. Quant aux élèves mineurs qui seraient auteurs de ces messages, le texte demande qu’ils soient envoyés dans des centres de rééducation. La commission exhorte par ailleurs les responsables des établissements scolaires à s’efforcer de créer un climat de coexistence pacifique entre les élèves rescapés du génocide et ceux dont les parents sont poursuivis pour leur rôle présumé dans le génocide. Les députés se sont engagés, de leur côté, à accélérer le processus d’adoption d’un projet de loi réprimant l’idéologie du génocide qui leur a été soumis par le gouvernement. Ils ont par ailleurs interpellé la ministre de l’Education, Jeanne d’Arc Mujawamariya et le secrétaire d’état à l’Enseignement primaire et secondaire, Joseph Murekeraho. La majorité des députés n’ayant pas été satisfaits de leurs explications, les deux membres du gouvernement continueront à s’expliquer devant une nouvelle commission parlementaire. Perpétré par des extrémistes hutus, le génocide d’avril à juillet 1994 a fait, selon l'ONU, 800 000 victimes, essentiellement au sein de la communauté tutsie. ER/PB/GF

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