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08.02.08 - CPI/RDC - UN NOUVEAU CHEF DE MILICE CONGOLAIS ARRETE, PROCES PREVU EN MARS

La Haye, 8 février 2008 (FH)- Mathieu Ngundjolo, le chef d’état-major du Front des nationalistes et intégrationnistes (FNI), une milice de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a été arrêté et transféré à La Haye jeudi. Suspecté de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour meurtres, actes inhumains, attaque de village, pillage, esclavage sexuel et enrôlement d’enfants commis entre juillet 2002 et fin 2003, Mathieu Ngundjolo est particulièrement visé pour l’attaque du village de Bongolo.

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C’est le troisième accusé incarcéré dans la prison de Scheveningen, en banlieue de La Haye, aux Pays-Bas. Thomas Lubanga, chef de l’Union des patriotes congolais (UPC) est, lui, depuis plus de deux ans en détention préventive. L’ouverture de son procès, qui s’annonce déjà comme un procès fleuve de dix-huit mois, est prévue pour le 31 mars. Quant à Germain Katanga, ex-chef d’état-major de la Force de résistance patriotique en Ituri (FPRI), alliée au FNI, et qui pourrait être jugé au coté de Mathieu Ngundjolo - les mandats d’arrêts émis contre les deux hommes sont quasiment similaires – il est incarcéré depuis l’automne. Au cours d’une conférence de presse à La Haye, le parquet a annoncé l’ouverture d’une troisième enquête en RDC, sur les crimes commis cette fois dans la région du Kivu. Le procureur Luis Moreno Ocampo, qui s’exprimait par liaison satellite depuis Bangui, en Centrafrique - où après la RDC, l’Ouganda, et le Darfour, le parquet a ouvert sa quatrième enquête – a visé « les crimes commis par Laurent Nkunda [Conseil national pour la défense du peuple], les FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda, hutus extrémistes] et l’armée régulière ». Le procureur a promis d’émettre de nouveaux mandats, saluant le fait que « l’acte d’engagement de Goma [accord de paix signé le 23 janvier 2008] a réaffirmé le principe d’impunité en excluant ces crimes du champ d’amnistie envisagé». Luis Moreno Ocampo a par ailleurs précisé que ses enquêtes suivent « les individus qui ont pu jouer un rôle dans le soutien aux groupes armés ». Ces soutiens sont déjà particulièrement documentés par plusieurs rapports des Nations unies, portant notamment sur le pillage des ressources de la RDC, principal objet d’une guerre qui dure depuis 1997, des rapports d’organisations humanitaires, ainsi que par une décision de la Cour internationale de Justice (CIJ) condamnant l’Ouganda. Des rapports qui démontrent, d’une part, les soutiens clairs apportés par le Rwanda et l’Ouganda à ces milices, et par ailleurs, la participation de sociétés privées, souvent occidentales, dans l’exploitation des richesses de l’est du Congo. Or, le procureur avance avec prudence dans le choix de ses cibles, et si les trois miliciens aujourd’hui incarcérés à La Haye sont soupçonnés d'une multitude de crimes, ils ne figurent pas au rang des plus hauts responsables : les commanditaires. Le procureur annonce, du bout des lèvres, et quatre ans après l’ouverture de son enquête en RDC, qu’il visera ceux qui soutiennent et financent la guerre congolaise. Cependant, en fractionnant ses poursuites au Congo Kinshasa selon des critères géographiques, le parquet donne une vision minimaliste du conflit en cours. SM/GF

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