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08.02.08 - RWANDA/ESPAGNE - L’AFFAIRE ESPAGNOLE « N’EST PAS UNE CAUSE EUROPEENNE CONTRE LES TUTSIS

Bruxelles, 8 février 2008 (FH)- Me Jordi Palou-Loverdos, l’avocat des parties civiles, auteur de la plainte à l’origine des mandats d’arrêt émis mercredi par un juge espagnol à l’encontre de quarante officiers des Forces de défense rwandaises (FDR), a estimé vendredi à Bruxelles que cette affaire « n’est pas une cause européenne contre les Tutsis ». Me Palou-Loverdos, qui a animé une conférence de presse, a brandi comme preuve qu’ « il y a des témoins hutus et des témoins tutsis ».

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Le juge espagnol estime que les quarante hommes sont suspects de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et terrorisme commis entre le 1er octobre 1990 et fin 2002. Présent au cours de cette conférence, soutenant les parties civiles, le chercheur belge Filip Reyntjens a ajouté que « l’Espagne n’a aucun passé avec le Rwanda, ni colonial, ni commercial. Tout ce que l’Espagne avait, ce sont des missionnaires ». L’assassinat de pères blancs espagnols avait, notamment, été à l’origine de la plainte. Interrogé, l’avocat affirme aujourd’hui que les parties civiles sont des proches des victimes, mais qu’aucune organisation religieuse ne soutient la plainte. « Nous attendons la coopération internationale des Etats, mais aussi de la société civile internationale. Aujourd’hui, la majorité des suspects sont au Rwanda. Et l’article 25 de la constitution rwandaise interdit l’extradition d’un suspect » par Kigali. « Mais d’autres suspects ne sont pas au Rwanda », a-t-il ajouté, citant le cas du colonel Rugumya Gacinya, attaché militaire de l’ambassade du Rwanda aux Etats-Unis, « qui devrait être livré par les autorités américaines ». Quant au général Karake Karenzi, numéro 2 de la Mission des Nations unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD), il ferait actuellement l’objet d’une enquête administrative de l’ONU, suite notamment à des protestations de Human Rights Watch. Filip Reyntjens a donné une résonance plus politique à l’instruction espagnole et aux mandats d’arrêt. « Quelle doit être la position d’un pays partenaire du Rwanda, qui doit serrer la main du président Kagame ? » a-t-il interrogé, ironisant : « Je serai tenté de dire : Kagame et les quarante voleurs ! ». Le chercheur belge a ensuite fustigé le procureur du TPIR, Hassan Bubacar Jallow. « Ceci est évidemment un signal important et encombrant pour le TPIR. Le TPIR dispose des mêmes éléments que le juge espagnol. L’équipe d’enquête spéciale, qui travaille à Kigali - mais qui a dû se replier sur Arusha pour des raisons de sécurité - a conduit une enquête approfondie sur une quarantaine de sites. Mais nous savons tous que le procureur n’ose pas. Son prédécesseur, Carla Del Ponte, a été écarté d’une partie de son mandat. » La Suissesse avait ouvert une enquête en juin 2001 pour les crimes commis par l’Armée patriotique rwandaise (APR) en 1994. Mais en août 2003, sous la pression du Rwanda, le Conseil de sécurité de l’ONU avait scindé en deux le poste de procureur général – auparavant en charge des tribunaux pour le Rwanda et l’ex-Yougoslavie – et désigné Hassan Bubacar Jallow pour Arusha. Carla Del Ponte était parvenue, selon ses dires, à faire inclure dans la résolution du Conseil de sécurité un alinéa intimant au nouveau procureur de poursuivre les enquêtes engagées contre l’APR. Pour Filip Reyntjens, « Carla Del Ponte a été sacrifiée sur l’autel de la realpolitik » et « M. Jallow annonce depuis 2003 qu’ils sont en train d’étudier les preuves. Il a encore répété ce refrain il y a deux mois. Mais le tribunal doit fermer ses procès en première instance à la fin de l’année, il est donc peu probable » qu’il émette des actes d’accusation. « Ce sera la tâche indélébile du TPIR » a-t-il asséné. Pour l’avocat des parties civiles, le TPIR, compétent pour les crimes commis en 1994, pourrait se saisir d’une partie du dossier espagnol. « Le juge espagnol doit continuer à enquêter, mais si le TPIR décide de demander le dossier, le gouvernement espagnol devra le transmettre à Arusha » a expliqué Me Jordi Palou-Loverdos, qui a par ailleurs confirmé que les autorités rwandaises avaient contacté le gouvernement espagnol, au cours de l’enquête, pour obtenir un statu quo espagnol. SM/GF

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