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27.02.08 - RWANDA/CANADA - PROCÈS MUNYANEZA: CERTAINS TÉMOIGNAGES CONSIDERES COMME « PAS PERTINENTS

Montréal, 27 février 2008 (FH) – « De grands pans de témoignages » présentés par la défense de Désiré Munyanenza, ce Rwandais jugé au Canada depuis mars 2007 pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, ne seront pas retenus par le juge car « ils ne sont pas pertinents » ont rapporté la semaine dernière les médias québécois. La défense n'a entamé sa preuve que depuis six semaines, mais l'agacement gagne déjà la Couronne, qui a elle-même eu besoin de près de huit mois pour boucler son dossier à charge.

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Ainsi, présenter une montagne d'informations secondaires, comme le font les avocats de M. Munyaneza, constitue « la recette pour un procès qui durera huit ans », a dit en cour Me Richard Roy, suggérant au juge André Denis de déterminer des balises claires. « Je vois déjà de grands pans de témoignages que je ne retiendrai pas parce qu'ils ne sont pas pertinents », a admis le magistrat, refusant toutefois de répondre favorablement à la demande de la Couronne. Le juge de la Cour supérieure du Québec a tenu ces propos alors que Félix Flavien Lizinde Mugabushaka, ancien militaire du Front patriotique rwandais (FPR, ancien parti du président Kagamé), était appelé à la barre. Le 5 juillet 1994, M. Lizinde Mugabushaka quitte Kigali pour Butare, où il apprend que ses deux soeurs, ses deux oncles et ses cousins ont été tués. Il mène alors des recherches afin de comprendre les atrocités qui se sont tenues dans cette ville du sud du Rwanda. « J'ai demandé à environ dix personnes ce qui s'était passé à Butare et personne ne m'a parlé de lui (Désiré Munyaneza, ndlr) », a dit le témoin. Suite à cela, Me Richard Perras, un des avocats de M. Munyaneza, a longuement interrogé M. Lizinde Mugabushaka sur des événements sans rapport direct avec les faits reprochés à l'accusé, tels que le déploiement du FPR à la frontière de l'Ouganda et du Rwanda. « Je suis loin d'être certain que c'est pertinent », a remarqué le juge Denis. Depuis que la défense a entamé sa preuve, rare ont été les témoins qui ont pu décrire de longs moments passés aux côtés de Désiré Munyaneza durant les quatre mois du génocide. Comme ce fut la cas lundi avec Jean-Claude Muhirwa, (un Rwandais originaire de Butare vivant aujourd'hui aux États-Unis sous le nom de John Manzi), les individus invités à la barre expliquent généralement avoir croisé de temps à autre l'accusé dans son magasin général ou lors d'un match de football. Tous les amis et connaissances de Désiré Munyaneza ont toutefois assuré jusqu'à présent que jamais ils ne l'ont vu porter de vêtements militaires ou ne l'ont aperçu « tenir » un des barrages de la ville. Le procès se poursuit à Montréal jusqu'à la mi-avril, avant de se déplacer au Rwanda puis en Tanzanie. CS/PB/GF

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