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26.06.07 - RWANDA/BELGIQUE - NTUYAHAGA : PREMIERES PLAIDOIRIES DES PARTIES CIVILES

Bruxelles, 26 juin 2007 (FH) – Les premières plaidoiries des parties civiles dans le procès du major Bernard Ntuyahaga, accusé de l’assassinat de dix casques bleus belges à Kigali le 7 avril 1994, sont revenues sur la stratégie de la défense accusée de négationnisme.

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Celle-ci «n’est pas là pour défendre Bernard Ntuyahaga, mais pour défendre la ‘cause hutue’ devant le tribunal de l’histoire » a dit Me Marc Uyttendaele, premier des trois avocats des familles des paras à intervenir « Son but ultime est de réécrire cette histoire en niant le génocide des Tutsis ; il s’est toujours agi de faire de la politique en parlant de tout, sauf de ce qui s’est passé sur le terrain », a-t-il expliqué. Pour lui Me Luc de Temmerman, le défenseur de Ntuyahaga est «un militant de la première heure de la cause hutue». Il s’est notamment appuyé sur des extraits d’un livre du journaliste Thierry Cruvellier, « Le Tribunal des vaincus » (2006), qui commentent les options de défense de Temmerman dans les dossiers rwandais aux débuts du TPIR. Me Uyttendaele a rappelé que la question des auteurs de l’attentat, le 6 avril 1994, contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, que Temmerman a voulu placer au cœur des débats, « n’avait aucun intérêt dans le cadre de ce procès ». Cet attentat est communément présenté comme le « déclencheur » du génocide. Me de Temmerman a plusieurs fois argumenté, au fil des audiences, que les responsables de l’attentat étaient responsables de la mort des casques bleus et du génocide, suggérant l’implication du FPR de l’actuel président Paul Kagame, sans avancer de preuves. « Si des crimes contre l’humanité devaient être attribués au FPR [Front patriotique rwandais], cela ne constituerait de toute façon jamais une circonstance atténuante pour les génocidaires », a continué Me Uyttendaele. « Le raisonnement attribuant au FPR la responsabilité du génocide relève de la logique négationniste », a estimé Me Eric Gillet, qui représente notamment des membres de la famille du Premier ministre Agathe Uwilingiyimana assassinée le même jour que les Casques bleus. « Cette stratégie de la défense n’est-elle pas la première preuve de l’implication de Bernard Ntuyahaga dans ce qui lui est reproché ? », a de son côté questionné Me Laurent Kennes. « La défense explique que personne parmi les FAR n’a de responsabilité, que tout le monde a été débordé : c’est toujours la faute aux autres – aux Accords d’Arusha, au FPR…– avant, pendant et après le génocide. » Or, « le propre d’un génocide, c’est de s’accomplir en se contestant », a-t-il rappelé. Il a relevé que la version des faits soutenue par Bernard Ntuyahaga est apparue pour la première fois dans un courrier adressé par le colonel Théoneste Bagosora, le 18 octobre 1994, à l’auditeur militaire belge Nicolas Van Winsen lors de son enquête, par le biais de son avocat de l’époque, Luc de Temmerman. Le colonel Bagosora, dont le procès est en cours devant le TPIR, est présenté comme le «cerveau» du génocide ; parmi ses chefs d’accusation figure entre autres l’ordre de faire assassiner les dix Casques bleus. Ce qui fait dire à Me Kennes que « Bernard Ntuyahaga ne fait rien d’autre que suivre la ligne que son chef Bagosora lui a fourni ; il est même allé jusqu’à prendre le même avocat, Luc de Temmerman, dont la ligne de défense est de nier l’implication des membres de l’ancien régime dans le génocide. » « Ntuyahaga aurait pu dire : il y a un génocide, mais je n’y ai pas participé. Il a fait un autre choix ; on ne peut pas l’interpréter sans passer par sa participation au génocide », a-t-il conclu, soulignant les silences de l’accusé quant à l’existence d’un génocide au Rwanda en 1994. Me Eric Gillet, rappelant les propos répétés par la défense : « Ce génocide, c’est de la foutaise », a insisté sur la « complexité de ces événements », où « tous les rôles sont nécessaires », où « l’individu est un maillon de la chaîne du crime – ce qui rend celui-ci anonyme. C’est la difficulté de ces procès : la manœuvre des accusés de génocide et entre autres de Bernard Ntuyahaga consiste à dire qu’il y aurait eu des massacres, mais pas d’assassins : c’est le rêve de tout génocidaire. » Me Anne-Emmanuelle Bourgaux est longuement revenu sur les « invraisemblances » du récit des faits de l’accusé, qui prouvent selon elle que «Ntuyahaga nous a menti ». Les plaidoiries devraient durer toute la semaine ; le réquisitoire du procureur est prévu pour vendredi et la défense devrait plaider en début de semaine prochaine. BF/PB © Agence Hirondelle

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