La semaine de la justice transitionnelle : amnésie en Pologne, violences au Venezuela et aux Philippines

12.02.18

François Sergent, JusticeInfo.net
Conférence de presse le 9 février du Président phillipin disant ne pas se sentir "concerné" par l'examen préliminaire de la CPI Conférence de presse le 9 février du Président phillipin disant ne pas se sentir "concerné" par l'examen préliminaire de la CPI ©AFP

Le vote par la Pologne d’une douteuse loi mémorielle sur l’histoire de l’holocauste a dominé la semaine de la justice transitionnelle. Une nouvelle fois, un pays a tenté  d’imposer sa vision de l’histoire par la loi et de fermer tout débat sur son passé. Le texte punit jusqu’à 3 ans de prison, les personnes qui évoqueront les « camps de la mort polonais » ou « attribueront une responsabilité ou une coresponsabilité à la nation ou à l’Etat polonais dans les crimes nazis ».

Historiquement, les camps d’extermination situés durant la guerre en Pologne sont allemands et sont l’oeuvre des nazis sans collaboration du gouvernement de Varsovie à la différence de pays comme la France qui ont oeuvré avec l’ennemi. Yad Vashem écrit très clairement que  l'expression “ camps de la mort polonais” est une “distorsion de l’histoire”.
Mais, ces faits n’empêchent pas un examen de l’histoire de la Pologne à cette époque qui fut faite aussi de dénonciation de juifs à l’occupant et de pogroms même après la fin du conflit.
Pierre Hazan dénonce ainsi cette « manière d’affirmer une conception essentialiste et fermée de l’identité nationale ».  Le pouvoir, explique le conseiller éditorial de JusticeInfo.net entend : « flatter ainsi l’aile la plus nationaliste parmi leurs concitoyens ».
Un collaborateur de JusticeInfo.net Tomasz Lachowski met en garde contre les dangers de ce texte pour la liberté d’expression. Ce spécialiste de la justice transitionnelle s’interroge sur la définition de la « nation polonaise » mise en avant par la loi. Et de conclure « Se battre pour la vérité historique avec un code pénal au lieu d’engager le dialogue par l’éducation est le choix des Etats faibles et malheureusement, la Pologne a choisi d’appartenir à ce club » .
Un autre pays, la République Centrafricaine tente aussi de son côté de retrouver son histoire et de définir son chemin vers la justice transitionnelle. Dans une interview, Monseigneur François Xavier Yombadje, l'évêque de Bossangoa, qui préside le Groupe de travail mis en place par la Coordination de la société civile centrafricaine pour définir un modèle de justice transitionnelle explique ainsi : « il y a le devoir de justice. Nous ne pouvons pas échapper à cette dimension après la crise que nous avons connue. Et la justice ne peut pas se faire sans la réparation. ». Et d’ajouter, « Si jamais on arrive à sortir de cette crise, comment faire, comment allons-nous nous acquitter du devoir de mémoire ? Allons-nous ériger un monument, à l’image de celui des Martyrs ? »
Enfin, en cette semaine riche pour notre territoire, la Cour Pénale Internationale (CPI) a décidé d’ouvrir des examens préliminaires concernant les violences politique au Venezuela et la « guerre contre la drogue » menée  aux Philippines. Examen préliminaire dans le vocabulaire de la Cour, ne signifie ni procès, ni enquête. Mais, néanmoins, écrit notre correspondante à La Haye, il s’agit « d’un coup de semonce afin d’inciter les Etats à poursuivre les auteurs de crimes devant leurs propres tribunaux ». Elle montre aussi, ajoute notre correspondante, la « compétence quasi universelle de la CPI », qui avec les Philippines et le Venezuela, conduit actuellement neuf examens préliminaires. Très en colère, le Président philippin Dutertre a a affirmé que les lois locales n'interdisaient pas expressément les meurtres extrajudiciaires. "Il n'y a pas de putain de disposition sur les meurtres extrajudiciaires. Ce n'est défini nulle part, alors comment pouvez-vous maintenant m'accuser, moi, de crime?", a-t-il ainsi déclaré. Depuis son élection, près de 4.000 trafiquants et usagers de drogue présumés ont été tués par la police. Les autorités enquêtent également sur plus de 2.000 autres meurtres "commis en relation avec la drogue" par des inconnus.
De son coté, Le Vénézuela, qui doit voter pour élire un nouveau Président, avait récemment dénoncé  : « l'intention (de la CPI) d’attaquer les gouvernements et les représentants des Etats parties à des fins politiques, en particulier à l’approche d’élections. »

 

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