Sans information, pas de réconciliation

Au Burundi, les blagues de collégiens mènent en prison

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 Début juin, des agents des services de renseignement du Burundi ont arrêté huit élèves d'une école secondaire dans la province de Muramvya et les ont accusés d'avoir insulté le chef de l'État. Leur crime ?

Avoir dessiné et griffonné des phrases comme « Dégagez » ou « Non au 3ème mandat » sur une photo du président Pierre Nkurunziza dans un livre scolaire. Fâchés par ces arrestations, leurs camarades de classe ont manifesté dans les rues. Les forces de sécurité ont ouvert le feu et blessé par balles deux étudiants et un motocycliste, qui est décédé par la suite. Elles ont également arrêté trois autres élèves. Les mineurs ont été remis en liberté mais cinq élèves âgés de 19 et 20 ans sont toujours détenus, et pourraient être inculpés d’outrage au chef de l'État. Ils seraient passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison s'ils étaient déclarés coupables.
 
Ce n'est pas la première fois que des élèves sont la cible d'une répression menée par les autorités. Le 27 mai, les administrateurs d'une école secondaire de Ruziba, une communauté située au sud de la capitale Bujumbura, ont expulsé des centaines d'élèves pour le même motif. Le 14 juin, dans la province de Ruyigi dans l'est du pays, les autorités scolaires ont expulsé 230 élèves qui avaient refusé de révéler qui avait griffonné sur une photo du visage du président publiée dans des livres. Les médias ont également affirmé que les autorités d'une école secondaire de Bujumbura avaient menacé d'expulser environ 400 élèves, à moins que leurs parents ne paient pour le remplacement des livres dans lesquels des gribouillis avaient été apposés sur la photo du président. Il y a quelques jours, dans la province de Cankuzo, un élève a été durement passé à tabac, dans un cachot de la police, pour avoir lui aussi griffonné sur une photo du président.
 
Chahut classique d'adolescents, n'est-ce pas ? Eh bien, pas au Burundi. Depuis avril 2015, le pays est plongé dans une crise politique et des droits humains déclenchée par la décision controversée du président Nkurunziza de briguer un troisième mandat. Peut-être du fait de la peur, des enseignants, des autorités scolaires et des autorités locales sont désormais devenus eux-mêmes des acteurs dans la répression lancée contre les détracteurs du gouvernement, y compris des élèves qui gribouillent sur des photos, que ce soit par ennui ou par volonté de protester.
 
Ces arrestations d’élèves marquent un tournant et présagent un avenir inquiétant : les agents des services de renseignement agissent comme s'ils ne devaient de comptes à personne et semblent pouvoir arrêter quiconque leur apparaît comme étant opposé au président. Dans un système judiciaire manipulé par le parti au pouvoir, les personnes détenues n'ont guère de chances de faire valoir leurs droits de manière équitable.
 
Les autorités devraient immédiatement remettre ces élèves en liberté et endiguer la chute libre du Burundi vers l'autoritarisme.
 

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