Sans information, pas de réconciliation

Revue de la semaine : Paris, Bamako même combat

Revue de la semaine : Paris, Bamako même combat©Issouf Sanogo/afpPolicier devant le Radisson à Bamako
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Cette semaine une nouvelle fois n’a pas été faste pour la justice. De violents attentats se sont succédés à Beyrouth, Paris, Bamako et dans le nord Cameroun, l’égorgement d’un jeune berger en Tunisie dans des conditions atroces a choqué tout un pays, « l’intifadah des couteaux » a apporté son lot de victimes juives et palestiniennes en Israël et en Cisjordanie.

De la France au Liban, du Mali à la Tunisie en passant par le Moyen-Orient, la confrontation a supplanté conciliation et réconciliation. Le vivre-ensemble apparaît disloqué. Le droit, cette grammaire que les hommes ont trouvée pour maintenir leur cohésion a été la première victime de cette violence. Dans la tension entre liberté et sécurité, la sécurité l’a emporté. Etat d’urgence en France et au Mali, ressentiment envers les réfugiés, retour des contrôles aux frontières dans toute l’Europe, liberté de la presse remise en cause en Tunisie. La sidération, l’état de choc et d’effroi des populations peuvent expliquer ces réactions sans compromis mais une société ne peut s’abriter et donc vivre et survivre seulement derrière la peur et les armes. La reconstruction paraît lointaine, impossible même alors que l’histoire montre qu’une société ne retrouve sa stabilité qu’indivise. Un chemin qui passe par un travail de justice ardu et public, par un travail de mémoire et d’histoire.

Cette même semaine le 20 novembre 1945 célébrait ainsi le 70° anniversaire des procès de Nuremberg.

"Première pièce à l'édifice de la lutte contre l'impunité, qui vise à considérer que les crimes heurtant la conscience de l'humanité doivent être poursuivis et réprimés", selon la juriste Elise Le Gall, collaboratrice du tribunal sénégalais qui juge l'ancien dirigeant tchadien Hissène Habré pour crime contre l'humanité.

Lointain héritier des tribunaux de l’après-guerre, la Cour Pénale Internationale réunissait les Etats parties. Cette assemblé formelle normalement consacrée aux questions d’organisation et de budget a été dominée par la guérilla du Kenya qui entend protéger son vice-président William Ruto poursuivi pour crimes contre l’humanité des griffes de la CPI.

La procureure de la Cour a défendu son action y compris en Afrique et reconnu ses limites en Syrie ou en Irak pour poursuivre les crimes commis par les milices ou les pouvoirs officiels. « Comme activiste pour les droits de l’homme, je me sens parfois frustrée », a reconnu la procureure Fatou Bensouda.

Ainsi, en République démocratique du Congo, le retour à la vie civile des miliciens du M23, accusés pour certains des pires atrocités se fait dans la douleur. Ainsi en Centrafrique, les élections ne sont qu’une condition certes nécessaire mais loin d’être suffisante d’une réconciliation encore éloignée. À saluer, la détermination du CICR et d’ONG d’établir des règles de conduite et de droit minimales notamment pour tout ce qui touche les crimes sexuels y compris par les groupes armés.

Comme le montre l’exemple de la Tunisie, les femmes ont été deux fois victimes du régime et de leur sujétion dans la société. Comme le disent des récits poignants déposés depuis décembre 2014 à l’Instance Vérité et Dignité (IVD). “Harcelées au quotidien par la police, qui s’introduit chez elles à n’importe quelle heure du jour, privées volontairement de toute ressource économique, seules sans le père de leurs enfants, obligées parfois à divorcer d’un homme aimé à coup de pressions du pouvoir… Mais également incarcérées elles mêmes, torturées, violées, bannies de tout travail, interdites de lycée, d’universités et même d’hôpitaux y compris pour soigner de fragiles nourrissons, stigmatisées par une société traditionnaliste à cause d’un passage en prison…”

 

 

 

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