La justice doit être vue pour être rendue
S'inscrire à la newsletter

Kamel Daoud : « La Tunisie est la possibilité d’une ile. L’Algérie, un continent perdu »

Kamel Daoud : « La Tunisie est la possibilité d’une ile. L’Algérie, un continent perdu »©BERTRAND LANGLOIS / AFPKamel Daoud : « Admirables voisins, continuez ! »
2 min 49Temps de lecture approximatif

L’écrivain et journaliste algérien, Kamel Daoud vient de publier en Tunisie un livre de chroniques intitulé « Je rêve d’être tunisien » (Cérès Editions, Tunis, 2017)*. Le recueil de 132 pages est sorti en parallèle avec une collection plus large de ses chroniques écrites entre 1996 et 2016, « Mes indépendances » (Actes Sud, Paris, 2017). Dans ses textes écrits sur le vif de l’actualité du premier pays du « printemps arabe », l’auteur du roman « Meursault contre-enquête », garde entières son insolence, son intransigeance et sa liberté de parole.

 Kamel Daoud, pratique avec toute l’agilité du prestigitateur l’art de détourner les mots de leur sens premier pour mieux attaquer. Pour mieux transmettre aussi la voix de ce « chien qui aboie » dans sa tête « en alphabet », comme il aime décrire la chronique. C’est probablement ce qui lui fait dire dans la préface de son recueil, « Je rêve d’être tunisien » : « La Tunisie ne doit pas exister. On le sait qu’elle doit échouer, mourir, nous dévorer et prouver que le fatalisme est une loi confortable. Il ne faut pas que ce pays s’en sorte sinon il prouvera que nous aurions pu réussir ».

Cet appel à prendre le parti de la Tunisie pour s’insurger contre le défaitisme qui définit le mieux les peuples arabes, selon l’auteur du best-seller « Meursault, contre-enquête », Goncourt du premier roman 2015, traverse les 132 pages de ce petit livre de chroniques tunisiennes écrites entre 2011 et 2016. Kamel Daoud y dissèque les évolutions de ce pays de « l’essai et de la quête », explique-t-il, depuis la chute de sa dictature, jusqu’aux auditions publiques de sa commission vérité en novembre 2016, en passant par ses élections de 2011 et de 2014, la publication de sa nouvelle constitution de janvier 2014, mais aussi, ses femmes, ses islamistes et ses attaques terroristes.

 « La possibilité d’une île »

« Je rêve d’être tunisien », sa déclaration d’amour pour la Tunisie, il la clame dès le 15 janvier 2011 sur Le Quotidien d’Oran : « Je rêve donc d’être tunisien, chez moi, dans ma rue, dans mon pays derrière le dos et les Quarante voleurs en face de moi, de les encercler et les obliger à baisser les prix, puis les yeux, puis la tête, puis les bras, et de les entendre me dire qu’ils vont partir, redonner le pays à ses martyrs et nous laisser moi et mes enfants vivre ici, même si je dois manger mes chaussures en guise de repas… ».

Vivant et travaillant depuis toujours à Oran, en Algérie, c’est en enfant du trauma de la guerre civile, la décennie noire algérienne (1991-2000), que Kamel Daoud s’exprime. Car pour lui « rêver d’être tunisien » correspond à rêver d’être libre, ou au moins tenter de le devenir. Ce pays, le seul dont le « printemps arabe semble avoir une belle arrière-saison » (chronique du 29 octobre 2014), échappe, selon Daoud à deux malédictions, la rente pétrolière et une armée forte et influente. D’où sa réplique, qui revient à deux reprises au fil des pages : « La Tunisie est la possibilité d’une ile. L’Algérie, un continent perdu ».

Et même s’il sait pertinemment que la Tunisie, six ans après les bouleversements politiques de janvier 2011, est partagée entre les désenchantés de la révolution et les nostalgique de l’ordre et de l’autoritarisme anciens, il persiste et signe son rêve d’être tunisien : « Admirables voisins, continuez ! », supplie-t-il presque dans sa chronique du 29 janvier 2014. «  Idéalisme ? Oui préférable au fatalisme », rétorque-t-il dans sa préface.

En publiant ce livre réunissant de petits textes rythmés par son insolence, sa fraicheur et sa liberté de ton, des pépites, des tranches de littérature pure malgré la contrainte de l’actualité, des textes, qui se dégustent vite et bien, Daoud veut clore un chapitre de sa vie consacré majoritairement à la chronique. Pour « explorer d’autres possibilités de l’écriture », confie-t-il.

Mais qui pourra alors communiquer cette bouffée d’espoir et de fierté aux Tunisiens en ces temps de déprime post révolution ? Qui pourra leur déclarer sa flamme avec une telle énergique constance comme le fait si bien Kamel Daoud dans « Je rêve d’être tunisien »?

  « Je rêve d’être tunisien », est disponible dans la librairie tunisienne en ligne, ceresbookshop

 

Partager
S'inscrire à la newsletter