Sans information, pas de réconciliation

Syrie : les leçons de la démission de Carla Del Ponte

Syrie : les leçons de la démission de Carla Del Ponte©ONU/UNCarla Del Ponte
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Les criminels aiment l'obscurité pour commettre leur méfait. C'est l'un des présupposés qui veut que pour combattre le crime, la justice doit être vue en train d'être rendue. Ainsi, métaphoriquement, le bien triomphe du mal, et la lumière de l'obscurité. Dans la vie internationale, cette conviction s'est souvent matérialisée par la volonté d'exposer publiquement les exactions commises par des criminels de guerre afin de les rendre honteux et partant, infréquentables.

Cette approche du "naming and shaming" était la raison d'être des Commissions d'enquête des Nations unies et la méthode privilégiée par les organisations de défense des droits de l'homme, avec la conviction que le rappel des normes civilisationnelles et des lois de la guerre inciteraient les belligérants à commettre moins d'exactions.

Or, cette politique du "naming and shaming" a trouvé aujourd'hui ces limites. La démission de Carla del Ponte de la Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie en est le signe le plus manifeste. La procureure tessinoise a siégé pendant six ans au sein de cette Commission, soit depuis sa création. Et année après année, cette Commission a produit d'innombrables rapports sur les exactions du gouvernement syrien et des différents groupes armés: bombardements de civils, destruction des hôpitaux, utilisation d'armes prohibées, tortures, exécutions sommaires, nettoyage ethnique... la liste des crimes de guerre est interminable.

Mais force est de constater que le travail de la Commission devenue le greffier du martyr du peuple syrien n'a provoqué aucune réaction des belligérants, ni des grandes puissances pour mettre fin à cette interminable tragédie. Les crimes se poursuivent au vu et au su de tous. Le "naming et le shaming" n'opère plus dans une époque où l'on voit simultanément l'indifférence gagner une partie de l'opinion publique abreuvée de fake news, la montée en puissance d'autocrates en Turquie, en Russie et ailleurs, une Europe toujours absente quand elle n'est pas tentée par le populisme, et un président américain, dont le narcissisme tient lieu de politique. La démission de Carla del Ponte représente une nouvelle incitation à prendre la mesure des dysfonctionnements d'une communauté internationale qui n'a jamais paru si divisée.

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