Sans information, pas de réconciliation

Burundi : un correspondant de la presse étrangère agressé par les forces de sécurité

Burundi : un correspondant de la presse étrangère agressé par les forces de sécurité©DW Akademie_AfrikaLa Maison de la Presse à Bujumbura
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Le journaliste burundais Esdras Ndikumana, correspondant de RFI et de l’AFP à Bujumbura depuis plus de 10 ans, est actuellement hospitalisé après avoir été agressé par les forces de l’ordre dimanche matin.

 Dans un communiqué publié lundi, Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement le passage à tabac du journaliste et demande une nouvelle fois aux autorités burundaise de protéger les journalistes qui tentent de poursuivre leur travail d’information.

 RFI et l’AFP ont également officiellement protesté auprès des autorités burundaises contre cette agression.

 L’agression d’Esdras Ndikumana survient après une série d’actes visant des journalistes depuis la tentative de coup d’Etat du 14 mai dernier au Burundi.

 Les médias privés sont fermés, interdits de ré-ouvrir officiellement car sous le coup d’une enquête judiciaire sur les violences, qui peine à avancer. Les journalistes sont, non seulement empêchés d’exercer librement leur activité professionnelle, mais sont la cible récurrente d’attaques et de menaces en toute impunité. Plusieurs d’entre eux ont dû fuir le pays et vivent dans des conditions extrêmement précaires, notamment au Rwanda et en Tanzanie.

Ceux qui sont restés sur place continuent de vivre dans la peur, souligne RSF.

« C’est avec stupeur et colère que nous avons appris l’odieuse agression, qui s’apparente à un acte de torture, du correspondant de RFI et de l’AFP », a  déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, demandant « l’ouverture immédiate d’une enquête afin d’identifier et de punir les auteurs de cet acte barbare ».

« Alors que le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, quand les autorités burundaises comprendront-elles que les journalistes sont un vecteur essentiel de stabilité démocratique ? Les autorités doivent impérativement assurer la sécurité des professionnels des médias afin qu’ils puissent exercer librement leur travail d’information auprès de la population burundaise et internationale », a-t-il poursuivi.

Journaliste expérimenté et reconnu pour son professionnalisme, Esdras Ndikumana s’était rendu dimanche sur les lieux de l’attaque qui a coûté la vie au général Adolphe Nshimirimana, bras droit du président Pierre Nkurunziza.

Alors qu’il prenait des photos, il a été arrêté par les forces de sécurité gouvernementales, rapporte RSF, qui s’étonne que l’agression ait eu lieu, selon des sources, en présence de plusieurs députés et représentants gouvernementaux


Embarqué à l’arrière d’une camionnette, le journaliste a été passé à tabac. Emmené au siège du Service national de renseignement, il a été jeté par terre et frappé sur tout le corps.

Après lui avoir volé ses affaires personnelles, ces tortionnaires l’ont relâché après deux heures, en lui déclarant qu’il était un “journaliste ennemi” et qu’il pouvait “s’estimer heureux d'être encore en vie”, accuse RSF.

Selon des responsables de l’AFP, le journaliste était encore hospitalisé lundi, souffrant de multiples blessures et contusions, et devait être opéré d'une fracture à un doigt.

Samedi, rappelle RSF, il avait déjà été pris à partie à l’aéroport de Bujumbura par des représentants des autorités qui l’avaient traité de « collaborateur ennemi ».

Il est clair, toujours selon RSF, que Ndikumana a été victime d’une attaque ciblée, qui à travers lui, vise les médias internationaux, dont RFI, qui continue à émettre au Burundi.

 

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