Sans information, pas de réconciliation

Ils se disent tous prêts à sauver la Centrafrique

Ils se disent tous prêts à sauver la Centrafrique©Mission de l'ONU en RCAMonument de Barthélémy Boganda, fondateur de la RCA
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La fièvre électorale bat son plein en République centrafricaine pour la présidentielle prévue le 18 octobre prochain. Les candidats se bousculent même si certaines voix demandent un report en vue d'une meilleure préparation du scrutin.

Fils d'anciens présidents, anciens chefs du gouvernement ou individus sortis de nulle part, ils sont déjà plus d'une vingtaine à avoir été investis par leurs formations politiques ou à avoir annoncé leur décision de se présenter comme candidats indépendants. Tous promettent de sortir la Centrafrique de la profonde crise dans laquelle le pays s'enlise depuis deux ans. Même ceux qui ont échoué dans des situations moins graves, dans le passé récent.

Parmi les candidatures qui ont créé la surprise, se trouve celle de l'ancien président François Bozizé, renversé en mars 2013 par la nébuleuse de la Séléka alors conduite par Michel Djotodia, qui sera, à son tour, débarqué en janvier 2014.

Le général Bozizé qui, lui-même avait pris le pouvoir à Bangui en 2010 après être passé par l'école du maquis, a été investi candidat lors d'un congrès de son parti - le Kwa Na Kwa (KNK)- qui s'est tenu, en son absence, au début du mois d'août à Bangui. Fortement suspecté de graves violations du droit international humanitaire et sous le coup de sanctions internationales, François Bozizé, vit en exil depuis son renversement du pouvoir. Cherche-t-il à se faire réhabiliter par les urnes ?

« Nous voulons que Bozizé revienne défendre les couleurs du KNK. Car nous croyons qu'avec lui, nous allons gagner cette présidentielle », a expliqué à l'AFP Bertin Béa, secrétaire général intérimaire du parti. « Tout est mis en oeuvre pour barrer la route au président François Bozizé. Certains veulent l'empêcher d'être candidat, en le rendant inéligible. Or, aucune instance judiciaire, ni aucun magistrat n'a décidé à ce jour, que le président François Bozizé a perdu tous ses droits civiques, il n'est pas en prison », a ajouté Bertin Béa, qui était interrogé le lendemain du congrès du KNK.

 

Les fils d'anciens présidents

 

Sur la liste, figure également Désiré Nzanga Kolingba, fils d'André Kolingba, l'ancien chef de l'État. Patron du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC), ancien député et ancien ministre, Désiré Kolingba était candidat à l'élection d'un président de transition après la démission de Michel Djotodia le 10 janvier 2014. Il avait été battu au second tour par l'actuelle présidente de transition Catherine Samba-Panza, alors maire de Bangui. Ses priorités, s'il s'est élu en octobre prochain : la sécurisation du pays, le rétablissement de l'autorité de l'Etat, l'unité, la tolérance, la laïcité de l'Etat et la démocratie.  Contrairement à ceux qui jugent que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections, le fils de l'ex-président André Kolingba estime qu'il faut « aller rapidement aux élections car le redressement du pays ne se limite pas à la période de transition ».

Dans la course, se trouve également Sylvain Patassé, fils de l'ancien président Ange-Félix Patassé, qui fut chassé du pouvoir par François Bozizé. Sa candidature fait partie de celles qui sont annoncées depuis plusieurs mois. C'est le 8 mars dernier, date de la Journée internationale de la Femme, que Sylvain Patassé a déclaré solennellement qu'il briguait le fauteuil dont son père fut renversé en 2003. Parce que, a expliqué ce candidat indépendant, « ce que femme veut, Dieu le veut ». « Vous êtes le socle de notre société, les gardiennes de notre héritage culturel, la force et l'énergie sans lesquelles aucune action salutaire ne saurait être réalisée dans notre pays (…) A votre principale interrogation, je réponds sans détour OUI je suis prêt à suivre les pas de notre Président Ange -Félix Patassé », a –t-il déclaré dans un discours prononcé depuis Berberati.  

Egalement annoncé comme candidat indépendant, Jean-Serge Bokassa, fils de « l'Empereur Bokassa 1er de Centrafrique ».  Dans sa déclaration de candidature, le 1er août, au stade 20 000 Places, il dénonce « anarchie, insécurité, corruption, disparition de l'autorité et de l'Etat de droit, faillite de l'économie, paupérisation de la population, et déclin progressif du sentiment d'appartenance nationale ». Tout en déplorant « un calendrier » électoral « imposé de l'extérieur », il affirme n'avoir « d'autre ambition que de contribuer à ouvrir la voie d'une société nouvelle, rassemblée autour du Progrès et de la Dignité ; une Société plus juste, plus solidaire, plus forte, plus écologique et sociale ».

 

Les anciens chefs du gouvernement

 

Les anciens Premiers ministres en lice sont Anicet- Georges Dologuélé (1999-2001) de l'Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA), Martin Ziguélé (2001-2003) du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), Faustin Archange Touadera (2008-2013) du KNK et Nicolas Tiangaye (2013-2014) de la Convention républicaine pour le progrès social (CRPS). Le plus connu d'entre eux est sans doute Martin Ziguélé, candidat malheureux à la présidence, d'abord en 2005 puis en 2011. « Si les Centrafricains me font confiance, je serai président. L'élection présidentielle, c'est une rencontre entre un homme et son peuple. Les Centrafricains me connaissent, ils savent ce dont je suis capable, mais je suis un être humain, j'ai aussi des insuffisances et c'est ensemble avec eux que nous allons reconstruire ce pays », confiait-il, en juillet dans un entretien au quotidien centrafricain l'Agora.

Avocat réputé intègre, le dernier de la liste, Nicolas Tiangaye, a été Premier ministre du gouvernement de transition sous François Bozizé et Michel Djotodia (2013-2014). Depuis l'annonce de sa candidature, le 9 août, l'ancien bâtonnier prêche le désarmement effectif de tout le pays avant d'aller aux urnes, se faisant ainsi le portevoix de nombre de Centrafricains. Mais sa candidature pose déjà un problème d'ordre juridique car la Charte constitutionnelle de transition prévoit l'inéligibilité des membres de son gouvernement. Mais l'homme de droit soutient que, n'étant plus en fonction, il n'est pas concerné par cette clause. « Il n'existe, dans aucun des textes fondateurs de la transition, une seule disposition qui concerne les anciens responsables de la transition. Je mets quiconque au défi de me donner un seul article, une seule disposition, mettant une obligation quelconque sur un ancien dirigeant de la transition », proteste Nicolas Tiangaye. C'est la Cour constitutionnelle de transition qui devra trancher.

Les femmes ne sont pas non plus en reste. Ancienne ministre déléguée, Marie-Reine Hassen, candidate du Mouvement pour rassemblement et le changement en Centrafrique (MRC-Centrafrique) veut devenir la première femme présidente de Centrafrique. Mais aussi Valentine Modamet, présidente de l'organisation chrétienne «Les Parvis». Sans affiliation politique, la « prophétesse de l'Eternel », selon ses propres mots,  a présenté le 27 juillet, sa candidature indépendante comme celle « de la paix et de la sanctification, du développement, d'une autre forme de gouvernance, d'un regard féminin dans la gestion des affaires du pays et de la crainte de Dieu».

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