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RCA : la capitale paralysée après un week-end sanglant

RCA : la capitale paralysée après un week-end sanglant©Radio Ndeke LukaBangui lundi 28 septembre capture d'écran de Radio Ndeke Luka
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Certaines sources parlent déjà d'une quarantaine de morts, depuis samedi à Bangui. L'ONU mardi matin avance 36 morts et 27 000 déplacés. En l'absence de la présidente de transition Catherine Samba-Panza qui se trouve à New York pour la 70 ième Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre Mahamat Kamoun a décrété dimanche le couvre –feu dans la capitale, de 18 heures, heure locale, à 6 heures. Mesure qui n'a pas été respectée.

Parmi les morts, au moins trois personnes  tuées lundi à Bangui par des Casques bleus lors de la dispersion d'une manifestation près de la présidence, dans une ville paralysée par des barricades érigées sur les principaux axes routiers après un week-end de violences meurtrières.

Les manifestants, venus de tous les coins de la capitale, répondaient au mot d'ordre  "le temps de Be africa" lancé la veille par des organisations de la société civile.

Lors d'une assemblée générale, en présence de représentants des syndicats des travailleurs et du patronat, ces organisations ont appelé à « la désobéissance civile », à compter de lundi.

« C'est maintenant le moment pour que nous, les Centrafricains, nous fassions de notre pays ce que nous voulons, que nous nous appropriions les destinées de notre pays. Nous allons lancer des mots d'ordre et nous appelons les Centrafricains à se mobiliser », avait déclaré dimanche le porte-parole de ces organisations de la société civile,  Gervais Likasso.

Selon la BBC, Likasso et ses camarades ont exigé « redéploiement immédiat et sans condition des Forces armées centrafricaines » et le « retrait sans condition de tous les militaires français du territoire centrafricain ».

 

La nuit a été un cauchemar

 

Même son de cloche de la part des leaders et mouvements regroupés au sein de « de la Concertation élargie des plateformes, partis, associations politiques et personnalités indépendantes ». Dans un communiqué, ils appellent le gouvernement de transition de Catherine Samba-Panza à « tirer toutes les conséquences » de son « incapacité avérée d'assurer la protection de l'intégrité physique des Centrafricains et à organiser la réconciliation nationale ». Ils dénoncent par ailleurs « la coupable passivité de la MINUSCA » et demandent aux  Centrafricains « de ne compter que sur eux-mêmes ».

Ainsi, lundi, au rond-point Marabena, dans le Quatrième Arrondissement, on pouvait lire  sur une banderole affichée « C. Samba-Panza dégage ». Et, un peu plus loin, au rond- point Benzvi-Miskine, dans le Cinquième Arrondissement, « FACA  (Forces armées centrafricaines) égale unité, FACA égale sécurité ».

La nuit de dimanche à lundi a été un cauchemar. « La gendarmerie, le ministère de la Défense et la radio d'Etat ont été attaqués pendant la nuit par des individus armés », a indiqué à l'AFP sous couvert d'anonymat une source militaire centrafricaine. « L'attaque a été repoussée, faisant des victimes parmi les assaillants », a ajouté cette source, sans pouvoir fournir de bilan précis, ni d'identification des assaillants.

Commerces et entrepôts, locaux d'ONG nationales ou internationales ont été pillés pendant la nuit toujours par des hommes armés. Des maisons ont par ailleurs été brûlées et des bâtiments publics incendiés.

Selon un communiqué de la MINUSCA publié samedi, cette « brusque » montée de violence est survenue « à la suite du meurtre d'un jeune homme de confession musulmane » dans un quartier de Bangui. « Cet acte odieux a entraîné des représailles  (de la part de coreligionnaires de la victime : ndlr) condamnables qui ont menacé de plonger la ville dans une spirale injustifiable de violence », poursuit la Mission de l'ONU, soulignant  avoir « mobilisé ses Casques bleus pour assurer la protection des populations civiles, conformément à son mandat, et prévenir une exacerbation de la violence ».

 

 

L’appel de l’Archevêque de Bangui

 

 Le gouvernement de transition dénonce pour l'instant un complot « ourdi  contre les institutions de la transition » pour exiger « par des chemins détournés » une troisième transition et la démission des institutions. « Ce schéma est irréaliste. Aujourd'hui, toutes les dispositions sont prises pour que le peuple puisse aller voter dans les délais fixés par l'Autorité nationale des élections. Le prétexte agité n'est pas du tout fondé et les élections se tiendront avant la fin de l'année », a affirmé le ministre de la Sécurité publique, Dominique Saïd Panguindji.

Parmi les nombreux appels au calme, celui du chef de l'église catholique centrafricaine. « Je voudrais lancer un appel à la retenue et au calme. Demain, nous aurions besoin de tous les Centrafricains vivants », a déclaré l'Archevêque de Bangui, Monseigneur Dieudonné Nzapalainga.

Ce regain de violences meurtrières survient alors que le Pape François est attendu en Centrafrique en novembre, dernière étape d'une tournée africaine.

La Centrafrique est plongée dans une crise aiguë depuis le renversement en mars 2013 du président François Bozizé, chassé du pouvoir par une coalition de rebelles, la Séléka, qui a mis le pays en coupe réglée pendant 10 mois. Ces rebelles, une véritable nébuleuse difficile à contrôler, ont à leur tour été évincés avec le départ du président de transition Michel Djotodia, contraint le 10 janvier 2014 à se retirer sous la pression internationale.
Constitués comme une riposte aux exactions des Séléka, les Antibalaka, au départ des milices d'auto-défense, ont aussi vite commencé à faire régner la terreur dans une grande partie du pays, s'en prenant particulièrement aux musulmans.

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