Sans information, pas de réconciliation

Pourquoi les Colombiens ont rejeté l'accord de paix

Pourquoi les Colombiens ont rejeté l'accord de paix©Guillermo Legaria/AFPLe Président colombien Juan Manuel Santos
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Contre toute attente, les Colombiens ont rejeté dimanche, de peu, la paix avec la guérilla des Farc lors d'un référendum sur l'accord visant à terminer 52 ans de conflit, mais le président Santos est décidé à ne pas se rendre.

"Je ne me rendrai pas et continuerai à rechercher la paix", a déclaré Juan Manuel Santos, affirmant que le cessez-le-feu bilatéral et définitif, observé depuis le 29 août, "reste valide et restera en vigueur".

De son côté, Timochenko, le chef des Farc, a déploré depuis La Havane "que le pouvoir destructeur de ceux qui sèment la haine et la rancoeur ait influé sur l'opinion de la population colombienne". Mais il a réitéré la disposition des guérilleros "à ne faire usage que de la parole comme arme de construction de l'avenir".

Sur 99,98% des bulletins de vote dépouillés, le "Non" s'imposait avec 50,21% devant le "Oui" à 49,78%, cinq heures après la clôture des bureaux de vote de ce scrutin crucial.

Près de 34,9 millions d'électeurs étaient appelés à répondre par "Oui" ou par "Non" à la question: "Soutenez-vous l'accord final d'achèvement du conflit et de construction d'une paix stable et durable?", titre du document de 297 pages issu de près de quatre ans de pourparlers, délocalisés à Cuba. 

"Je vous ai convoqués pour que vous décidiez de soutenir ou pas ce qui a été accordé pour la fin du conflit avec les Farc, et la majorité, bien que d'une très étroite marge, a dit que Non", a ajouté M. Santos à l'adresse des Colombiens, ajoutant: "l'autre moitié du pays à dit que Oui", mais que "tous, sans exception, veulent la paix".

 

- Faible participation, une habitude -

 

Son prédécesseur, Alvaro Uribe, féroce opposant à l'accord, a affirmé vouloir "contribuer à un grand pacte national". "Il nous semble fondamental qu'au nom de la paix, ne soient pas mises en danger les valeurs qui la rendent possible", a affirmé l'actuel sénateur de droite.

Le "Oui" a recueilli quelque 6,3 millions de voix (6.377.482), bien au-delà du minimum des 4,4 millions voix requis (13% de l'électorat). Pour l'emporter, il devait supplanter le "Non", qui a en fait dépassé les 6,4 millions (6.431.376). La participation n'a été que de 37,28%. Mais depuis 1958, elle s'établit généralement entre 33% et 58,47%, record jamais dépassé depuis 1974.

"L'abstention a gagné et le pays a perdu", a déclaré à l'AFP Kirsty Brimelow, avocate britannique et directrice du Bar Human Rights Committee, facilitatrice dans les pourparlers. "Cela ressemble à un Brexit", a-t-elle ajouté en référence au référendum sur la sortie de l'Union européenne, cause d'une crise politique en Grande-Bretagne.

Le référendum, non obligatoire, avait été voulu par M. Santos afin de donner la "plus large légitimité" possible à l'accord qu'il a signé le 26 septembre avec le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), Rodrigo Londoño, plus connu sous ses noms de guerre Timoleon Jiménez ou Timochenko.

Il s'agissait de mettre fin à la plus ancienne confrontation armée de l'hémisphère nord qui, au fil des décennies, a impliqué guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite et forces de l'ordre, faisant plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

 

- Santos convoque toutes les forces politiques -

 

Le gouvernement a plusieurs fois déclaré ne pas avoir de plan B en cas d'échec du "Oui" et il a, comme les Farc, écarté toute renégociation. Lors d'un entretien à l'AFP en septembre, M. Santos avait même averti que si le "Non" l'emportait, les guérilleros "retournent dans la jungle". 

Après le résultat, il a toutefois annoncé qu'il convoquerait lundi "toutes les forces politiques - et en particulier celles qui se sont manifestées aujourd'hui pour le Non - afin de les écouter, d'ouvrir des espaces de dialogue et décider du chemin à suivre". 

Ce rejet était inattendu, la plupart des sondages donnant le "Oui" en tête, avec 55% à 66% des intentions de vote, selon les dernières enquêtes publiées.

L'accord visait à ce que les Farc, nées en 1964 d'une insurrection paysanne et qui comptent encore 5.765 combattants, se convertissent en parti politique après avoir remis leurs armes à l'ONU, qui a déjà vérifié la destruction samedi de 620 kg d'explosifs.

Mais les opposants ont fait campagne pour le "Non" en dénonçant notamment un "laxisme" des sanctions prévues contre les auteurs des crimes les plus graves et la participation des guérilleros démobilisés à la vie politique, craignant un "castro-chavisme" inspiré des régimes cubain et vénézuélien.

Un électeur partisan du "Non", José Gomez, 70 ans, retraité, trouvait ainsi "absurde de récompenser des criminels narco-assassins, qui ont fait de ce pays un désastre".

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