Sans information, pas de réconciliation

La semaine de la justice transitionnelle : la CPI affaiblie par le départ de trois pays d'Afrique

La semaine de la justice transitionnelle : la CPI affaiblie par le départ de trois pays d'Afrique©ICC/CPIFatou Bensouda ancienne ministre de la Justice de la Gambie devenue procureure de la CPI
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La Gambie a beau être un petit pays d’Afrique de l’Ouest, rarement au cœur de l’information l’annonce de son retrait de la Cour Pénale Internationale cette semaine a confirmé le malaise entre ce continent et le tribunal de la Haye. Après le Burundi et l’Afrique du Sud, cette décision fait craindre une séquence de départs concertés qui feraient figure d’épidémie au moment de la réunion annuelle des États parties (membres) de la CPI en novembre prochain.

L’annonce inattendue de la Gambie est d’autant plus spectaculaire que la procureure de la CPI Fatou Bensouda est elle-même gambienne et ancienne ministre de la Justice du Président Yahya Jammeh qui est loin d’être un parangon en matière de droits de l’homme et de respect de la démocratie. Le gouvernement gambien a dénoncé par la voix de son ministre de l'Information, Sheriff Bojang, la CPI l’accusant de « persécution envers les Africains, en particulier leurs dirigeants ». Jusqu’alors, la Gambie avait défendu la CPI et la plus illustre de ses magistrates.

Les ONG et défenseurs des droits de l’homme ont aussitôt dénoncé cette décision. "Cette annonce est un coup pour des millions de victimes, a écrit Netsanet Belay, un responsable d'Amnesty pour l'Afrique. Il a réfuté les affirmations du ministre gambien selon lesquelles la Cour persécuterait "les personnes de couleur", estimant qu'au contraire, "la CPI représente le seul recours judiciaire pour les crimes subis par beaucoup d'Africains ». Tous les Africains ne sont pas unanimes dans cette condamnation. Plusieurs magistrats du continent ont défendu cette institution. Réunis à Arusha, la petite ville touristique tanzanienne, où siège le Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et qui abrita les travaux de l’ex Tribunal pénal pour le Rwanda (TPIR), les membres du Groupe africain pour la Justice et la fin de l’Impunité (AGJA)  ont ainsi «  encouragé des relations positives et de coopération entre les Etats africains et la Cour pénale internationale ». Ils ont appelé le Burundi et l’Afrique du Sud à revenir sur leur décision. Mais, comme le déclarait sous couvert de l’anonymat, l’un des participants à notre envoyé spécial, Ephrem Rugiririza : « L’Afrique du Sud est une grande puissance sur le continent. Il est à craindre qu’elle n’entraîne dans son sillage d’autres pays parmi la trentaine de pays africains ayant ratifié le Statut de Rome. Il y a un certes un contrepoids en Afrique de l’Ouest, constitué du Nigéria et d’autres pays de la région, comme le Sénégal. La campagne en faveur de la CPI doit désormais savoir mettre à contribution ces derniers appuis ».

Ce mouvement peut faire craindre un nouveau cycle de violences en Afrique nourri par l’impunité des partants, écrit ainsi Pierre Hazan, conseiller éditorial de JusticeInfo.net. Selon lui, « toutes les digues, aussi profondément insatisfaisantes qu’elles soient – comme la CPI – sont nécessaires pour limiter le risque de nouveaux affrontements et de déstabilisation régionale ».

En Afrique toujours, la Tunisie, laboratoire de la justice transitionnelle, se prépare à entendre les premières auditions des victimes devant l’Instance Vérité et Justice. Mais, la Tunisie est-elle prête à écouter les victimes, se demande notre correspondante, Olfa Belhassine. Et de redouter trois obstacles, que la parole des témoins soit diabolisée et mise en doute, que les médias de masse ignorent ces auditions et qu’enfin les responsabilités et les noms des acteurs de la répression soient tus.

Enfin, la République Centrafricaine paraît s’éloigner de plus en plus des processus de réconciliation. Une nouvelle vague de violences a frappé Bangui à l’occasion d’une journée ville morte organisée par des opposants au Président Touadéra et à la Minusca. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a fustigé des actes ourdis par « ceux dont l'objectif est de déstabiliser le gouvernement et de nuire aux perspectives de paix et de stabilité dans le pays » à la veille à la fois d’une réunion des pays donateurs en novembre toujours au chevet d’un pays divisé en mal de reconstruction et du retrait des militaires français de Sangaris.

 

 

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