Sans information, pas de réconciliation

Opération coup de poing de la CPI

Alfred Yekatom, ancien chef de milice devenu député, a été transféré le 17 novembre à La Haye. Il devrait être mis en accusation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Après quatre ans d’enquêtes sur les graves violences perpétrées en Centrafrique depuis 2013, la Cour pénale internationale (CPI) se saisit d’un cas sensible et redore son blason deux semaines avant le début de l’Assemblée des Etats parties à la CPI.

©Gaël GRILHOT / AFPLe 29 octobre 2018, des membres des forces armées arrêtent le député centrafricain Alfred Yekatom, alias "Rambo", dans le sud du pays, après avoir tiré avec une arme à feu contre le parlement à Bangui.
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L'ex-chef de milice centrafricain Alfred Yekatom, remis samedi à la Cour pénale internationale (CPI), est arrivé au centre de détention de la Cour à La Haye, a annoncé un porte-parole dans la nuit de samedi à dimanche.

"Le suspect est arrivé au centre de détention", a déclaré Fadi El Abdallah, porte-parole de la CPI, où M. Yekatom faisait l'objet d'un mandat d'arrêt "pour sa responsabilité pénale présumée de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité" commis entre décembre 2013 et août 2014.

L'avion le transportant avait quitté Bangui en début d'après-midi, selon une source gouvernementale centrafricaine.

La remise à la Cour du député centrafricain et ex-chef de milices antibalaka, autoproclamées d'autodéfense, est une première dans ce pays ravagé par des violences meurtrières depuis 2012.

La CPI avait ouvert une enquête sur la Centrafrique en septembre 2014 sur les crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui y auraient été commis.

Mme Fatou Bensouda, procureur de la CPI, s'est félicitée samedi de ce transfèrement, promettant au peuple centrafricain de "poursuivre sa quête de vérité et de justice".

"La remise aujourd'hui (samedi) de ce suspect fait avancer la cause de la justice en République centrafricaine", a-t-elle estimé dans un communiqué.

Alfred Yekatom, 43 ans, "aurait commandé un groupe d'environ 3.000" combattants antibalaka, selon la CPI.

Il pourrait être responsable, en tant que chef militaire, de "meurtre", de "torture et traitements inhumains", de "mutilations", d'"attaques intentionnelles contre la population civile" et contre "des bâtiments consacrés à la religion".

La Cour pénale internationale a de même "trouvé des motifs raisonnables de croire" que M. Yekatom aurait lui-même "commis ou ordonné, sollicité, encouragé et facilité" les crimes indiqués.

Ces crimes auraient été commis à Bangui et dans la préfecture de la Lobaye (sud), selon la CPI.

L'audience de comparution de M. Yekatom aura lieu "dans les meilleurs délais" après son arrivée à La Haye, avait précisé la Cour samedi.

"C'est un message fort pour les leaders des groupes armés. Ceux qui pensent s'arroger une amnistie à la table des négociations font fausse route", a réagi Pierre Brunisso, de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) à Bangui.

En 2015, M. Yekatom, également connu sous le nom de colonel Rombhot, ou parfois "Rambo", avait été placé sous sanctions de l'ONU et du Trésor américain.

Le Trésor le soupçonnait d'avoir mené des campagnes d'exactions contre des populations musulmanes, d'avoir tué des civils à Mbaiki (sud) et utilisé 153 enfants comme combattants.

Ancien caporal-chef de l'armée centrafricaine, M. Yekatom avait été élu en 2016 député à l'Assemblée nationale. Il a été arrêté fin octobre après avoir tiré dans l'hémicyle.

Eglise et camp de déplacés brûlés

Depuis 2012 et le début de l'offensive qui a abouti à la prise de Bangui par l'ex-coalition de la Séléka, la Centrafrique est le théâtre de violences meurtrières quotidiennes qui ont forcé un quart des 4,5 millions d'habitants à fuir leur domicile.

Une mission onusienne de maintien de la paix, la Minusca, est déployée depuis 2014 et, prenant la suite d'une intervention militaire française, tente de préserver les civils des violences.

Vendredi soir, une base avancée de l'ONU dans l'ouest du pays a été attaquée par des hommes armés. Un Casque bleu de Tanzanie, blessé lors des combats, a succombé à ses blessures, selon un communiqué de l'ONU.

Si l'identité des assaillants n'est pas connue, le groupe armé Siriri est présent dans la zone.

Ce groupe, créé en 2018, est constitué en majorité d'éleveurs peuls, prétendant lutter contre les vols de bétail. Un Casque bleu avait déjà été tué en juin dans la région.

Cette nouvelle attaque porte à six le nombre de Casques bleus tués en République centrafricaine cette année.

Vendredi soir à Bangui, une explosion a été entendue dans le quartier qui abrite la majorité des musulmans de la capitale, le PK5, au niveau de la maison d'un chef de milice.

Selon plusieurs sources concordantes, l'explosion a été causée par un drone, sans qu'il soit possible de vérifier cette information.

Jeudi, au moins une quarantaine de personnes dont deux prêtres ont été tuées dans des combats à Alindao, dans le centre du pays.

Un rapport interne de l'ONU faisait état vendredi soir de 37 morts. D'autres chiffres plus élevés ont été avancés mais n'ont pas pu être confirmés samedi.

Ces combats ont opposé des milices antibalaka à des combattants du groupe armé Union pour la paix en Centrafrique (UPC).

L'Eglise catholique, le couvent et le camp de déplacés de la ville ont été brûlés; 20.000 personnes ont été déplacées, selon l'ONU.

Alindao a longtemps été la principale base de l'UPC, un groupe armé dirigé par Ali Darassa, un des principaux groupes de l'ex-Séléka.

En mai 2017, des combats entre antibalaka et UPC avaient fait une centaine de morts dans cette ville charnière du centre de la Centrafrique, sur la principale route menant au sud-est du pays.

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