Sans information, pas de réconciliation

Vojislav Seselj, un démagogue qui a alimenté le nationalisme serbe

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Le dirigeant ultranationaliste serbe, Vojislav Seselj, acquitté jeudi par le TPIY de l'ensemble des accusations qui pesaient contre lui, est un démagogue connu pour sa violence verbale qui a alimenté le nationalisme serbe pendant les conflits des années 1990 en ex-Yougoslavie.

Déclaré "homme libre" par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) huit ans après le début de son procès, M. Seselj, 61 ans, a salué, à Belgrade, le comportement "honorable" des juges.

Il n'était pas à La Haye pour entendre son verdict, les juges du TPIY ayant accepté son absence pour "raisons de santé".

"Ils ont pris, du point de vue juridique, la seule décision possible", a-t-il réagi, visiblement très satisfait, lors d'une conférence de presse au siège de son parti, le Parti radical de Serbie (SRS).

Cet homme très corpulent et haut de taille s'était rendu volontairement au TPIY en février 2003 et y avait été emprisonné pendant presque douze ans. Pendant cette longue période, pour un accusé au final acquitté, il avait notamment été opéré d'un cancer du colon, avant d'être libéré le 7 novembre 2014 pour des raisons de santé.

Dès son retour en Serbie, il avait renoué avec la rhétorique nationaliste en prônant, comme durant les conflits dans l'ex-Yougoslavie, la création d'une "Grande Serbie" incluant de vastes territoires de pays voisins.

"L'idée de la Grande Serbie est toujours aussi forte, avec ou sans moi. J'y ai juste contribué par des actes mineurs. L'idée de la Grande Serbie est éternelle", a-t-il déclaré jeudi.

N'ayant rien perdu de son sens de la provocation, M. Seselj a ainsi, depuis son retour, incendié en public à plusieurs reprises, tour à tour, les drapeaux de l'Otan, de l'UE, du Kosovo et de la Croatie.

M. Seselj, qui affirme se sentir "très bien" malgré sa maladie, est actuellement en campagne pour le SRS, dont il est tête de liste, à l'approche des élections législatives anticipées convoquées pour le 24 avril.

"Les citoyens choisiront entre l'UE où se trouvent tous nos ennemis traditionnels et la Russie", a martelé M. Seselj qui a fait une priorité de son intention de chasser du pouvoir ses anciens proches alliés, les président et Premier ministre Tomislav Nikolic et Aleksandar Vucic, les qualifiant régulièrement de "renégats" et de "traîtres".

En février, il a affiché son soutien au candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump, "convaincu (...) que tous les gens honorables vivant en Amérique ainsi que tous les Serbes vont voter pour lui".

- Procès entaché d'obstructions et d'ajournements -

Son procès avait été marqué par de fréquentes obstructions et de nombreux ajournements. Connu pour une violence verbale sans pareil, Seselj avait affirmé sentir une odeur de gaz dans le tribunal lorsqu'un juge allemand était entré dans la salle et avait accusé sans hésitation le TPIY d'exercer des "rites sataniques".

Ses excès verbaux bien antérieurs à son procès, qui tournent parfois au règlement de compte physique, ravissent ses sympathisants dont la plupart appartiennent aux couches les plus défavorisées de la population serbe.

Né le 11 octobre 1954 à Sarajevo, Vojislav Seselj étudia le droit et enseigna la sociologie dans les années 80 avant de commencer une carrière politique.

La rhétorique populiste de cet orateur talentueux lui permit d'obtenir le soutien des anti-communistes, d'autant que ses idées, qualifiées sous Tito d'"anarcho-libérales et nationalistes", lui valurent à l'époque plusieurs années de prison.

En 1990, alors que le communisme s'effondrait en Europe, il créa le SRS qu'il dota d'une milice chargée de défendre la cause du nationalisme serbe en Bosnie et Croatie.

Fidèle à son image de maître provocateur, il n'hésita pas à menacer les ennemis des Serbes de les "égorger à l'aide d'une cuillère rouillée".

"Nous ne sommes pas entrés en guerre contre les Croates, les Musulmans ou les Albanais, mais contre leurs maîtres: l'Allemagne, le Vatican, les Etats-Unis et l'Otan", avait-il affirmé.

Ses relations avec Slobodan Milosevic ont souvent été en dents de scie, le défunt homme fort de l'ex-Yougoslavie le qualifiant tantôt d'"opposant préféré" et tantôt de "primitif, personnifiant la violence".

Deux fois candidat malheureux à la présidentielle, Seselj devient en 1998 vice-Premier ministre sous le régime de Milosevic dont il restera l'allié jusqu'à sa chute en octobre 2000.

Il a été marié à deux reprises et a quatre fils.

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