{"id":28538,"date":"2016-07-21T08:52:49","date_gmt":"2016-07-21T06:52:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.justiceinfo.net\/28538-rwanda-enfermer-les-pauvres.html"},"modified":"2016-07-21T08:52:49","modified_gmt":"2016-07-21T06:52:49","slug":"rwanda-enfermer-les-pauvres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justiceinfo.net\/fr\/28538-rwanda-enfermer-les-pauvres.html","title":{"rendered":"Rwanda : Enfermer les pauvres"},"content":{"rendered":"<p>(Nairobi, le 21 juillet 2016) \u2013 Les autorit\u00e9s rwandaises arr\u00eatent des personnes pauvres et les d\u00e9tiennent arbitrairement dans des \u00ab centres de transit \u00bb \u00e0 travers le pays, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd\u2019hui. Les conditions dans ces centres sont rudes et inhumaines, et les passages \u00e0 tabac y sont fr\u00e9quents. De nouvelles recherches indiquent que les autorit\u00e9s ont apport\u00e9 peu de changements dans un centre \u00e0 Gikondo, situ\u00e9 dans la capitale, Kigali, malgr\u00e9 un pr\u00e9c\u00e9dent rapport de Human Rights Watch sur les abus commis dans ce centre, et que des traitements d\u00e9gradants similaires sont courants dans d\u2019autres centres de transit.<\/p>\n<p>De nouvelles recherches men\u00e9es par Human Rights Watch en 2016 ont permis de constater que des dizaines de personnes, y compris des sans-abri, des vendeurs ambulants, des enfants des rues et d\u2019autres personnes pauvres, sont arr\u00eat\u00e9es dans les rues et d\u00e9tenues dans des \u00ab centres de transit \u00bb ou des \u00ab centres de r\u00e9habilitation \u00bb pendant des p\u00e9riodes prolong\u00e9es. Les d\u00e9tenus y manquent de nourriture, d\u2019eau et de soins m\u00e9dicaux appropri\u00e9s, subissent des passages \u00e0 tabac fr\u00e9quents et sortent rarement des pi\u00e8ces sales et surpeupl\u00e9es o\u00f9 ils sont confin\u00e9s. Aucun des anciens d\u00e9tenus interrog\u00e9s par Human Rights Watch n\u2019avait \u00e9t\u00e9 officiellement inculp\u00e9 d\u2019un d\u00e9lit, et aucun d\u2019entre eux n\u2019avait vu un procureur, un juge ou un avocat avant ou pendant sa d\u00e9tention.<\/p>\n<p>\u00ab Le gouvernement rwandais devrait fermer ces centres de d\u00e9tention ill\u00e9gaux et fournir \u00e0 leur place une formation professionnelle volontaire, une aide et une protection aux personnes vuln\u00e9rables \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Daniel Bekele, directeur de la division Afrique \u00e0 Human Rights Watch. \u00ab Enfermer des personnes d\u00e9munies dans des conditions rudes et d\u00e9gradantes et les brutaliser ne mettra pas fin \u00e0 leur pauvret\u00e9, et cela viole \u00e0 la fois le droit rwandais et le droit international. \u00bb<\/p>\n<p>Suite \u00e0 son rapport de septembre 2015 sur les abus perp\u00e9tr\u00e9s dans le centre de transit de Gikondo, Human Rights Watch a interrog\u00e9 43 anciens d\u00e9tenus de Gikondo et de trois centres de transit dans d\u2019autres r\u00e9gions du Rwanda, situ\u00e9s \u00e0 Muhanga (district de Muhanga), \u00e0 Mbazi (district de Huye) et \u00e0 Mudende (district de Rubavu). La plupart des entretiens ont eu lieu en 2016.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que laisseraient entendre les noms de ces centres, aucune des personnes interrog\u00e9es n\u2019a \u00ab transit\u00e9 \u00bb vers d\u2019autres \u00e9tablissements apr\u00e8s sa derni\u00e8re arrestation, et la majorit\u00e9 n\u2019a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019aucune \u00ab r\u00e9habilitation \u00bb, telle qu\u2019une formation professionnelle ou une \u00e9ducation, dans les centres.<\/p>\n<p>\u00ab Ils nous corrigent \u00e0 coups de b\u00e2tons \u00bb, a expliqu\u00e9 un homme \u00e0 Human Rights Watch.<\/p>\n<p>En novembre, un peu plus d\u2019un mois apr\u00e8s la publication du pr\u00e9c\u00e9dent rapport de Human Rights Watch \u00e0 ce sujet, le Conseil de la Ville de Kigali a publi\u00e9 une nouvelle directive r\u00e9glementant le centre de Gikondo, cr\u00e9ant pour la premi\u00e8re fois un cadre juridique sp\u00e9cifique. La directive comprend des dispositions pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions et l\u2019octroi de\u00a0certains droits, mais elle laisse la porte ouverte \u00e0 la poursuite des d\u00e9tentions arbitraires et de longue dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Bon nombre d\u2019aspects de la directive n\u2019ont toutefois pas \u00e9t\u00e9 mis en oeuvre, et la situation \u00e0 Gikondo ne s\u2019est pas significativement am\u00e9lior\u00e9e depuis 2015, a constat\u00e9 Human Rights Watch. Alors que certains anciens d\u00e9tenus ont d\u00e9crit des ajustements mineurs au niveau de l\u2019infrastructure et de la mise \u00e0 disposition de certaines activit\u00e9s, le centre \u00e9tait toujours surpeupl\u00e9, avec des conditions d\u00e9plorables. Les arrestations et les d\u00e9tentions \u00e9taient arbitraires et ill\u00e9gales, et des agents de police frappaient les d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>Les constats issus des nouvelles recherches men\u00e9es par Human Rights Watch sur quatre centres \u2013 sur au moins 28 dans tout le pays \u2013 sont remarquablement similaires. La police ou d\u2019autres groupes charg\u00e9s de la s\u00e9curit\u00e9 ont arr\u00eat\u00e9 des mendiants, des vendeurs ambulants ou des petits d\u00e9linquants, essentiellement dans les zones urbaines, et les ont enferm\u00e9s dans des centres de transit sales et surpeupl\u00e9s.<\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9tenus dans ces quatre centres n\u2019\u00e9taient pas autoris\u00e9s \u00e0 sortir de leur pi\u00e8ce, sauf pour aller aux toilettes, seulement deux fois par jour. Dans la plupart des cas, la nourriture se limitait \u00e0 une tasse de ma\u00efs par jour, et plusieurs anciens d\u00e9tenus se sont plaints du manque d\u2019eau potable et de l\u2019impossibilit\u00e9 de se laver.<\/p>\n<p>De nombreux anciens d\u00e9tenus ont signal\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 battus. \u00c0 Gikondo et \u00e0 Muhanga, presque toutes les personnes interrog\u00e9es ont racont\u00e9 qu\u2019elles \u00e9taient battues par des policiers ou par d\u2019autres d\u00e9tenus, souvent avec des b\u00e2tons. Deux adultes d\u00e9tenus dans le centre de Mbazi, pr\u00e8s de la ville de Huye, dans le sud du Rwanda, ont expliqu\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 battus d\u00e8s leur arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Chaque jour, nous avons le \u2018droit\u2019 d\u2019\u00eatre battus deux fois : le matin et le soir \u00bb, a racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch un ancien d\u00e9tenu du centre de transit de Mudende. \u00ab C\u2019est notre \u2018droit\u2019. \u00bb La situation \u00e0 Mudende, \u00e0 proximit\u00e9 de la ville de Rubavu dans le nord-ouest du Rwanda, \u00e9tait particuli\u00e8rement grave ; des agents de police, des militaires ou d\u2019autres d\u00e9tenus y battaient les d\u00e9tenus au quotidien. D\u00e8s que les d\u00e9tenus arrivaient, des agents de police les frappaient tout en les for\u00e7ant \u00e0 ramper sur le sol jusqu\u2019\u00e0 la pi\u00e8ce o\u00f9 ils seraient enferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a recueilli des informations selon lesquelles plusieurs personnes sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es pendant ou juste apr\u00e8s leur d\u00e9tention \u00e0 Mudende, d\u2019apr\u00e8s certains t\u00e9moignages suite \u00e0 une conjonction de blessures li\u00e9es aux passages \u00e0 tabac, de mauvaises conditions et de manque de soins m\u00e9dicaux. Human Rights Watch a transmis des informations sur l\u2019un de ces cas au minist\u00e8re de la Justice, qui a exprim\u00e9 sa volont\u00e9 de mener une enqu\u00eate approfondie sur les all\u00e9gations.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a men\u00e9 des entretiens avec 13 enfants \u00e2g\u00e9s de 10 \u00e0 18 ans qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus \u00e0 Muhanga et \u00e0 Mbazi entre juin 2015 et mai 2016. La plupart ont dit qu\u2019ils \u00e9taient des enfants des rues. \u00c0 Muhanga, les enfants \u00e9taient d\u00e9tenus dans le m\u00eame b\u00e2timent que les adultes. \u00c0 Mbazi, ils \u00e9taient enferm\u00e9s dans un b\u00e2timent s\u00e9par\u00e9, dans des conditions l\u00e9g\u00e8rement meilleures que celles des adultes, mais sans hygi\u00e8ne appropri\u00e9e ni acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation. Plusieurs anciens d\u00e9tenus de Mudende et de Gikondo ont affirm\u00e9 qu\u2019ils avaient aussi vu des enfants dans ces centres, allant de nourrissons d\u00e9tenus avec leur m\u00e8re \u00e0 des enfants ayant jusqu\u2019\u00e0 18 ans. Plusieurs anciens d\u00e9tenus ont indiqu\u00e9 que des enfants \u00e9taient battus \u00e0 Gikondo et \u00e0 Muhanga.<\/p>\n<p>\u00ab Nous sommes s\u00e9rieusement pr\u00e9occup\u00e9s par la d\u00e9tention et les mauvais traitements d\u2019enfants dans les centres de transit \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Daniel Bekele. \u00ab C\u2019est une \u00e9volution n\u00e9gative, alors que nous ne recevions plus de signalements de d\u00e9tentions d\u2019enfants \u00e0 Gikondo entre la mi-2014 et la mi-2015. Le gouvernement rwandais devrait ordonner la lib\u00e9ration imm\u00e9diate de tous les enfants d\u00e9tenus dans les centres de transit. \u00bb<\/p>\n<p>Human Rights Watch a \u00e9crit au ministre de la Justice rwandais, Johnston Busingye, en mars, en mai et en juin 2016 pour lui faire part de ses conclusions et pour commenter la directive du Conseil de la Ville de Kigali. Dans une r\u00e9ponse dat\u00e9e du 5 juillet, le minist\u00e8re a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il continuait de se renseigner \u00ab pour s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y a pas de violations des droits humains dans les centres de transit au Rwanda \u00bb et qu\u2019il avait \u00ab \u00e9t\u00e9 assur\u00e9 qu\u2019aucun incident de mauvais traitements n\u2019a eu lieu \u00e0 Muhanga, \u00e0 Huye ou \u00e0 Mudende \u00bb. Le minist\u00e8re a indiqu\u00e9 qu\u2019il assurerait un suivi de tout incident sp\u00e9cifique signal\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019arrestation arbitraire de personnes pauvres s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une politique gouvernementale officieuse visant \u00e0 dissimuler la pr\u00e9sence de personnes \u00ab ind\u00e9sirables \u00bb, et tranche avec les efforts importants du gouvernement rwandais pour r\u00e9duire la pauvret\u00e9, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch. Des vendeurs ambulants, dont de nombreuses femmes, figuraient parmi les principales cibles. Le 25 mai, le maire de Kigali a qualifi\u00e9 les vendeurs ambulants d\u2019\u00ab entrave \u00e0 la propret\u00e9 \u00bb et leur a dit de former des coop\u00e9ratives.<\/p>\n<p>Plusieurs autres repr\u00e9sentants du gouvernement ont promis des mesures pour am\u00e9liorer la situation apr\u00e8s que Th\u00e9odosie Mahoro (une vendeuse ambulante) a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e le 7 mai \u00e0 la gare routi\u00e8re de Nyabugogo \u00e0 Kigali \u2013 illustrant les conditions pr\u00e9caires dans lesquelles ces vendeurs et d\u2019autres personnes pauvres vivent. Des agents de s\u00e9curit\u00e9 ont tent\u00e9 de confisquer les biens de Th\u00e9odosie Mahoro et l\u2019ont rou\u00e9e de coups devant de nombreux t\u00e9moins. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e presque imm\u00e9diatement. Les autorit\u00e9s ont arr\u00eat\u00e9 trois agents de s\u00e9curit\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir caus\u00e9 sa mort et ont promis d\u2019enqu\u00eater.<\/p>\n<p>En 2015 et 2016, la Commission nationale des droits de la personne et des membres du parlement rwandais ont confirm\u00e9 certaines des conclusions de Human Rights Watch et ont approuv\u00e9 une recommandation pour un cadre juridique actualis\u00e9 pour tous les \u00ab centres de transit \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Une nouvelle l\u00e9gislation pourrait \u00eatre une mesure qui va dans le bon sens si elle emp\u00eache les d\u00e9tentions arbitraires et garantit aux d\u00e9tenus le droit \u00e0 une proc\u00e9dure r\u00e9guli\u00e8re et une protection face aux mauvais traitements \u00bb, a conclu Daniel Bekele. \u00ab Mais au bout du compte, le gouvernement rwandais devrait fermer ces centres et s\u2019assurer que les abus fassent l\u2019objet d\u2019enqu\u00eates et de poursuites judiciaires. \u00bb<\/p>\n<p><strong><span class=\"h4\">Nouveau cadre juridique pour le centre de Gikondo<\/span> <\/strong><\/p>\n<p>Suite \u00e0 la publication en septembre 2015 du rapport de Human Rights Watch sur le centre de transit de Gikondo, le ministre de la Justice Johnston Busingye a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 dans les m\u00e9dias comme niant l\u2019existence de tout centre de d\u00e9tention ill\u00e9gal dans le pays et rejetant les conclusions de Human Rights Watch. Il a d\u00e9clar\u00e9 que le gouvernement maintenait sa politique de \u00ab r\u00e9habilitation plut\u00f4t que d\u2019incarc\u00e9ration \u00bb et que Gikondo \u00ab est un centre de transit \u00bb et que \u00ab les personnes y sont d\u00e9tenues pendant une courte p\u00e9riode avant que des mesures de redressement ou correctives \u00e0 long terme ne soient prises \u00bb.<\/p>\n<p>Dans une d\u00e9marche positive, le Conseil de la Ville de Kigali a adopt\u00e9 en novembre une nouvelle directive sur le Centre de transit de r\u00e9habilitation de Kigali \u2013 nom officiel du centre de Gikondo \u2013 stipulant les objectifs et les proc\u00e9dures du centre. La directive traite certains des probl\u00e8mes soulev\u00e9s par Human Rights Watch, en particulier le manque de cadre juridique. Elle r\u00e9pertorie \u00e9galement les droits de ceux qui sont conduits dans le centre, y compris le droit de ne pas \u00eatre soumis \u00e0 des s\u00e9vices corporels, des harc\u00e8lements ou des discriminations, le droit \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019hygi\u00e8ne et aux soins m\u00e9dicaux et le droit \u00e0 des visites.<\/p>\n<p>Des pr\u00e9occupations fondamentales perdurent, cependant. Au lieu d\u2019\u00e9liminer la d\u00e9tention arbitraire, la directive semble int\u00e9grer des pratiques de d\u00e9tention qui pourraient \u00eatre en contradiction avec les obligations du Rwanda en vertu du droit international relatif aux droits humains. D\u2019apr\u00e8s cette directive, le centre doit accueillir des personnes dont le comportement perturbe l\u2019ordre public et la s\u00e9curit\u00e9 \u2013 une notion vaste et vague qui pourrait s\u2019appliquer \u00e0 des cat\u00e9gories de personnes pour qui l\u2019arrestation et la d\u00e9tention ne constituent pas une r\u00e9ponse appropri\u00e9e ou l\u00e9gale.<\/p>\n<p>La directive a cr\u00e9\u00e9, en th\u00e9orie du moins, une commission compos\u00e9e de personnes g\u00e9rant le centre, de repr\u00e9sentants du minist\u00e8re de la Justice, de l\u2019h\u00f4pital du district et des autorit\u00e9s du district, pour analyser les probl\u00e8mes des personnes conduites \u00e0 Gikondo et les affecter, dans un d\u00e9lai de 72 heures, \u00e0 diff\u00e9rentes cat\u00e9gories. En fonction de la d\u00e9signation, dans un d\u00e9lai de 14 jours, les autorit\u00e9s doivent les reconduire dans leur famille ou les envoyer \u00e0 la police judiciaire, dans un centre de r\u00e9\u00e9ducation, dans un h\u00f4pital ou un autre lieu \u00ab qui pourrait redonner [\u00e0 la personne] une vie qui am\u00e9liore son bien-\u00eatre \u00bb.<\/p>\n<p>En th\u00e9orie, par cons\u00e9quent, la plupart des d\u00e9tenus devraient quitter Gikondo apr\u00e8s un maximum de 17 jours. Cependant, la directive permet que certains soient gard\u00e9s en d\u00e9tention plus longtemps. \u00c0 moins qu\u2019ils ne r\u00e9ussissent un \u00ab test \u00bb et soient lib\u00e9r\u00e9s, la commission peut d\u00e9cider que les d\u00e9tenus devront rester \u00e0 Gikondo pendant une p\u00e9riode plus longue non sp\u00e9cifi\u00e9e, pour \u00ab aider \u00e0 r\u00e9adapter ceux que la commission ne peut pas transf\u00e9rer ailleurs \u00bb.<\/p>\n<p>Le 4 mars, Human Rights Watch a adress\u00e9 au ministre de la Justice un courrier comprenant une demande d\u2019\u00e9claircissements sur des \u00e9l\u00e9ments de la directive et exprimant ses inqui\u00e9tudes quant \u00e0 la possibilit\u00e9 maintenue de d\u00e9tention arbitraire dans le centre pendant une p\u00e9riode potentiellement longue et non d\u00e9finie. Le minist\u00e8re de la Justice a r\u00e9pondu le 5 juillet qu\u2019il appr\u00e9ciait l\u2019analyse de la directive de Human Rights Watch et a indiqu\u00e9 que \u00ab vous ne pouvez pas nier le fait que la directive contient des \u00e9l\u00e9ments positifs et que c\u2019est un pas en avant, entre autres, pour \u00e9liminer toute forme de mauvais traitements dans les centres de transit \u00bb. Le minist\u00e8re n\u2019a pas fourni de r\u00e9ponses plus d\u00e9taill\u00e9es sur les points sp\u00e9cifiques de la\u00a0directive.<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Absence de changements fondamentaux \u00e0 Gikondo <\/span><\/p>\n<p>Depuis la publication de la directive, Human Rights Watch a interrog\u00e9 12 anciens d\u00e9tenus \u2013 7 femmes et 5 hommes \u2013 qui ont pass\u00e9 entre quatre jours et trois mois \u00e0 Gikondo entre octobre 2015 et avril 2016. Au moins deux ont \u00e9t\u00e9 maintenus en d\u00e9tention pendant plus longtemps que la p\u00e9riode sp\u00e9cifi\u00e9e dans la directive, et un troisi\u00e8me a dit avoir pass\u00e9 environ deux semaines dans le centre de d\u00e9tention. Les autres sont rest\u00e9s en moyenne une semaine \u00e0 Gikondo.<\/p>\n<p>Aucun d\u2019eux n\u2019a dit avoir vu les membres d\u2019une commission ou avoir pass\u00e9 un test. D\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019ils ont pu voir, les policiers \u00e9taient les seuls agents charg\u00e9s de \u00ab s\u00e9lectionner \u00bb les d\u00e9tenus et de d\u00e9cider qui pourrait partir.<\/p>\n<p>Des descriptions fournies par d\u2019anciens d\u00e9tenus ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les conditions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du centre de Gikondo n\u2019avaient pas chang\u00e9 fondamentalement. Certains ont mentionn\u00e9 que les murs avaient \u00e9t\u00e9 repeints et que les toilettes avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9es, mais les conditions restaient dans l\u2019ensemble tr\u00e8s mauvaises.<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Centres de transit de Mudende, de Mbazi et de Muhanga <\/span><\/p>\n<p>Human Rights Watch a interrog\u00e9 31 personnes \u2013 13 hommes, 5 femmes et 13 enfants \u2013 que les autorit\u00e9s rwandaises ont d\u00e9tenues dans trois centres de transit \u2013 le centre de transit de Mudende (\u00e0 Nyabushongo, district de Rubavu), le centre de transit de Mbazi (\u00e0 Mbazi, district de Huye) et le centre de transit de Muhanga (\u00e0 Mushubati, district de Muhanga) \u2013 entre septembre 2014 et mai 2016.<\/p>\n<p>Les 10 personnes interrog\u00e9es venant de Mudende avaient pass\u00e9 entre une semaine et six mois dans le centre ; les 12 personnes de Mbazi avaient pass\u00e9 entre une nuit et trois mois au centre, et les 9 personnes de Muhanga \u00e9taient rest\u00e9es dans le centre entre trois jours et trois mois.<\/p>\n<p>La plupart de ces anciens d\u00e9tenus ont expliqu\u00e9 qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s parce qu\u2019ils ne pouvaient pas pr\u00e9senter de papiers d\u2019identit\u00e9 ou parce qu\u2019ils \u00e9taient des vendeurs ambulants ou des enfants des rues, d\u2019autres parce qu\u2019ils \u00e9taient ivres ou troublaient d\u2019une autre mani\u00e8re l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>La plupart avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et enferm\u00e9s dans un centre de transit plusieurs fois auparavant \u2013 un sch\u00e9ma que Human Rights Watch avait document\u00e9 dans son rapport de 2015. L\u2019un d\u2019eux a dit qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 plus de 20 fois. Un autre ne pouvait m\u00eame plus compter le nombre de fois o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et envoy\u00e9 dans un centre de transit.<\/p>\n<p><span class=\"h4\"> Ni transit, ni r\u00e9habilitation <\/span><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le fait que le gouvernement rwandais appelle ces centres des \u00ab centres de transit \u00bb ou des \u00ab centres de r\u00e9habilitation \u00bb, toutes les personnes interrog\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9es apr\u00e8s leur derni\u00e8re p\u00e9riode de d\u00e9tention sans avoir \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es ailleurs. La plupart d\u2019entre elles ont repris leurs anciennes habitudes et activit\u00e9s d\u00e8s qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9es, car elles n'avaient pas d\u2019autres solutions pour gagner leur vie.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, certains ont racont\u00e9 que d\u2019autres d\u00e9tenus avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s vers un centre de r\u00e9habilitation \u00e0 Iwawa, une \u00eele sur le lac Kivu. Human Rights Watch s\u2019est entretenu avec un homme qui avait pass\u00e9 neuf mois \u00e0 Gikondo en 2015, puis avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Iwawa, avant\u00a0d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 \u00e0 nouveau et reconduit \u00e0 Gikondo \u2013 pour la sixi\u00e8me fois \u2013 en avril 2016 apr\u00e8s sa lib\u00e9ration d\u2019Iwawa.<\/p>\n<p>Le ministre de la Justice Johnston Busingye a d\u00e9clar\u00e9 en septembre 2015, dans sa r\u00e9ponse au pr\u00e9c\u00e9dent rapport de Human Rights Watch, que le Rwanda avait \u00ab choisi de se concentrer sur la r\u00e9habilitation et la r\u00e9int\u00e9gration [des toxicomanes et d\u2019autres criminels] pour leur offrir la chance d\u2019une vie meilleure \u00bb. La directive de 2015 sur Gikondo pr\u00e9voit que le centre propose des activit\u00e9s et des cours pour encourager une bonne conduite, ainsi que des conseils et d\u2019autres accompagnements, mais peu d\u2019anciens d\u00e9tenus interrog\u00e9s avaient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de ces activit\u00e9s ou de ces services.<\/p>\n<p>Les recherches men\u00e9es par Human Rights Watch en 2016 ont montr\u00e9 que les efforts de r\u00e9habilitation ou de r\u00e9int\u00e9gration sont tr\u00e8s limit\u00e9s dans les centres de transit. La majorit\u00e9 des personnes interrog\u00e9es n\u2019avaient pas connaissance ou n\u2019avaient pas eu l\u2019occasion de participer \u00e0 des activit\u00e9s de formation ou d\u2019\u00e9ducation. Une ancienne d\u00e9tenue a mentionn\u00e9 que les d\u00e9tenus \u00e0 Gikondo apprenaient \u00e0 faire des paniers, une autre s\u2019est souvenue d\u2019une pr\u00e9sentation concernant les \u00e9conomies. \u00c0 Mbazi, Muhanga et Mudende, aucune formation n\u2019\u00e9tait propos\u00e9e, mais certains anciens d\u00e9tenus se sont souvenus d\u2019activit\u00e9s d\u2019\u00e9ducation civique sur la pr\u00e9vention de la criminalit\u00e9, la comm\u00e9moration du g\u00e9nocide, ou le VIH\/sida.<\/p>\n<p>Un vendeur ambulant de 25 ans qui \u00e9tait d\u00e9tenu \u00e0 Gikondo en mars a racont\u00e9 :<\/p>\n<p>Ils ont dit \u00e0 la radio que le gouvernement enseignait des professions \u00e0 Kwa Kabuga [d\u00e9signation non officielle de Gikondo]. C\u2019est faux, parce que personne dans notre pi\u00e8ce n\u2019a re\u00e7u de formation pendant que j\u2019\u00e9tais l\u00e0-bas. Il n\u2019y a pas de travail \u00e0 Kwa Kabuga. Nous restons dans la pi\u00e8ce toute la journ\u00e9e.<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Des conditions inhumaines <\/span><\/p>\n<p>Les descriptions faites par les anciens d\u00e9tenus des conditions dans les quatre centres de transit \u00e9taient remarquablement similaires. Ils ont dit que plusieurs centaines de personnes \u00e9taient entass\u00e9es dans une seule pi\u00e8ce. Certains ont racont\u00e9 qu\u2019il y avait tellement peu d\u2019espace qu\u2019ils devaient dormir debout. Il y avait une mauvaise hygi\u00e8ne, de la vermine et un acc\u00e8s difficile et limit\u00e9 aux toilettes, entra\u00eenant des probl\u00e8mes de sant\u00e9.<\/p>\n<p>La plupart des anciens d\u00e9tenus ont dit qu\u2019ils recevaient au maximum une tasse de ma\u00efs par jour, parfois m\u00e9lang\u00e9 avec des haricots. Certains ont indiqu\u00e9 qu\u2019ils recevaient de la bouillie le matin. La majorit\u00e9 des d\u00e9tenus dormaient sur le sol, d\u2019autres sur des tapis ou sous des couvertures sales, que plusieurs d\u00e9tenus devaient partager.<\/p>\n<p>L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable variait selon le lieu et la p\u00e9riode de d\u00e9tention. Certains disaient qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019eau potable, alors que d\u2019autres affirmaient qu\u2019il y avait suffisamment d\u2019eau. Dans son rapport annuel de 2014-2015, la Commission nationale des droits de la personne a document\u00e9 que dans sept centres de transit, y compris Mudende, il n\u2019y avait pas d\u2019eau potable. Certains d\u00e9tenus n\u2019\u00e9taient pas en mesure de se laver ou de laver leurs v\u00eatements pendant leur s\u00e9jour dans un des quatre centres, alors que d\u2019autres pouvaient se laver de temps en temps ou r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Une vendeuse de boissons sucr\u00e9es de 33 ans a d\u00e9crit la routine quotidienne et les conditions \u00e0 Gikondo en mars :<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, la vie n\u2019est pas bonne. Ils nous r\u00e9veillent \u00e0 3 h du matin, nous mettent en ligne, nous comptent et \u00e9crivent [le nombre de d\u00e9tenus]. Ils nous demandent ce que nous poss\u00e9dions avant l\u2019arrestation. Il n\u2019y a pas d\u2019eau. Ils nous donnent seulement une demi-tasse de ma\u00efs. Nous avons du mal \u00e0 trouver de l\u2019eau pour boire, sauf lorsque nous pouvons sortir pour nous laver. Nous prenons une douche dans la pi\u00e8ce. Ils nous donnent un seau pour cinq personnes. Nous nous lavons devant tout le monde. Nous faisons aussi nos besoins devant tout le monde, car il n\u2019y a pas de portes. [\u2026] Dans la pi\u00e8ce, il y a des souris, des poux et des puces. Nous avons essay\u00e9 de nettoyer la pi\u00e8ce, mais cela n\u2019a pas servi \u00e0 grand-chose. J\u2019ai des cicatrices \u00e0 force de me gratter.<\/p>\n<p>La plupart des anciens d\u00e9tenus quittaient uniquement la pi\u00e8ce pour aller aux toilettes, ce qu\u2019ils \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 faire une ou deux fois par jour, en groupe. Si quelqu\u2019un avait besoin d\u2019aller aux toilettes entre ces visites, il lui fallait improviser dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Au centre de Gikondo, certains anciens d\u00e9tenus ont expliqu\u00e9 qu\u2019ils pouvaient quitter la pi\u00e8ce pour des pri\u00e8res ou des exercices en groupe appel\u00e9s mchaka. Dans d\u2019autres centres, d\u2019autres d\u00e9tenus sortaient seulement pour \u00eatre battus ou lorsque des agents comptaient les d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, des probl\u00e8mes de sant\u00e9 tels que la malaria, le chol\u00e9ra et la diarrh\u00e9e \u00e9taient fr\u00e9quents, ont indiqu\u00e9 les anciens d\u00e9tenus. Certains ont pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019ils avaient acc\u00e8s \u00e0 des m\u00e9dicaments et qu\u2019un infirmier leur rendait visite, mais d\u2019autres n\u2019avaient re\u00e7u aucun soin de sant\u00e9.<\/p>\n<p>Certains d\u00e9tenus, parfois menott\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 un dispensaire pour des soins m\u00e9dicaux. Certains ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s parce qu\u2019ils \u00e9taient tr\u00e8s malades. Certains anciens d\u00e9tenus ont mentionn\u00e9 que les visites \u00e9taient autoris\u00e9es deux fois par semaine \u00e0 Gikondo ou une fois par semaine \u00e0 Mbazi. Mais un ancien d\u00e9tenu de Gikondo a racont\u00e9 : \u00ab Ce ne sont pas de vraies visites. Les personnes viennent seulement demander si vous \u00eates l\u00e0 puis elles repartent. C\u2019est juste pour informer la famille. C\u2019est ce qu\u2019ils appellent une visite. \u00bb<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Absence de proc\u00e9dure r\u00e9guli\u00e8re <\/span><\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9tenus avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s dans des lieux publics dans les villes ou les centres urbanis\u00e9s, tels que des gares routi\u00e8res ou des march\u00e9s, par la police, par des militaires ou par des personnes d\u00e9crites comme \u00ab ceux qui font les rondes \u00bb (des agents de s\u00e9curit\u00e9 priv\u00e9s dans les lieux comme la gare routi\u00e8re de Nyabugogo \u00e0 Kigali), comme des inkeragutabara, service auxiliaire des forces de d\u00e9fense rwandaises, ou encore comme des membres de l\u2019Organe d\u2019appui \u00e0 l\u2019administration du District pour le maintien de la s\u00e9curit\u00e9 (District Administration Security Support Organ, DASSO). Plusieurs anciens d\u00e9tenus ont d\u00e9clar\u00e9 que des membres de tous ces groupes avaient battu certaines personnes pendant leur arrestation.<\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9tenus ont ensuite \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 un poste ou \u00e0 un commissariat de police, o\u00f9 certains ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus pendant plusieurs jours, souvent dans de mauvaises conditions. La police y a battu certains d\u2019entre eux. Elle les a ensuite transport\u00e9s vers un centre de transit dans une camionnette de police. En mai, les chercheurs de Human Rights Watch ont vu une camionnette de police avec des d\u00e9tenus \u00e0 bord arriver au centre de transit de Mudende.<\/p>\n<p>Trois personnes arr\u00eat\u00e9es \u00e0 Kigali ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9es du poste de police apr\u00e8s que des membres de leur famille ou des connaissances ont vers\u00e9 des pots-de-vin \u00e0 la police ou apr\u00e8s qu\u2019un agent de police est intervenu pour leur compte. \u00ab Normalement ceux qui sont emmen\u00e9s \u00e0\u00a0Gikondo sont des vagabonds et des vendeurs ambulants \u00bb, a expliqu\u00e9 un vendeur ambulant. \u00ab [Apr\u00e8s mon arrestation] j\u2019ai pu informer des personnes vivant pr\u00e8s de chez moi et elles sont venues v\u00e9rifier ma situation. Elles ont trouv\u00e9 une personne (civile) estim\u00e9e et lui ont donn\u00e9 10 000 francs rwandais [12 USD] que la personne a remis \u00e0 un agent de police. C\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s trois semaines de d\u00e9tention [par la police]. \u00bb D\u2019autres personnes qui n\u2019avaient pas les moyens de corrompre les agents de police ont confirm\u00e9 cette pratique.<\/p>\n<p>La police administrant les centres de transit effectuait souvent un enregistrement tr\u00e8s basique des d\u00e9tenus avant ou \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e au centre de transit. \u00a0<\/p>\n<p>Seul un ancien d\u00e9tenu du centre de transit de Mbazi a indiqu\u00e9 qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 par un officier de police judiciaire. Aucune des personnes interrog\u00e9es par Human Rights Watch n\u2019avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e devant un procureur ou un juge, ou officiellement inculp\u00e9e pour un d\u00e9lit, avant ou pendant la d\u00e9tention. Certains d\u00e9tenus de Gikondo ont re\u00e7u un jeton ou un bout de papier indiquant leur d\u00e9lit pr\u00e9sum\u00e9 \u2013 par exemple \u00ab vol \u00e0 main arm\u00e9e \u00bb \u2013 mais ils n\u2019ont pas eu l\u2019occasion de s\u2019expliquer ou de se d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>Bien que le droit \u00e0 une assistance juridique soit inscrit dans la loi rwandaise et le droit international, aucune de ces personnes interrog\u00e9es n\u2019a pu voir un avocat avant ou pendant sa d\u00e9tention, et les responsables du centre ne leur ont pas non plus demand\u00e9 s\u2019ils souhaitaient une assistance juridique.<\/p>\n<p>Certaines familles ne savaient pas o\u00f9 les d\u00e9tenus \u00e9taient gard\u00e9s, m\u00eame si la plupart allaient directement \u00e0 la police ou dans ces centres de transit pour chercher les d\u00e9tenus, puisqu\u2019il est bien connu que les personnes pauvres sont enferm\u00e9es dans ces centres. Certaines familles ont alors pu confirmer que les d\u00e9tenus \u00e9taient l\u00e0. Dans son rapport de 2014-2015, la Commission nationale des droits de la personne a mentionn\u00e9 que \u00ab la commission a observ\u00e9 que certaines familles qui ont des [membres de leur famille] dans des centres de transit n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9es qu\u2019ils \u00e9taient emprisonn\u00e9s l\u00e0 \u00bb.<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Passages \u00e0 tabac <\/span><\/p>\n<p>Tous les anciens d\u00e9tenus de Mudende interrog\u00e9s ont dit qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 battus par des policiers qui administraient le centre et par d\u2019autres d\u00e9tenus choisis par la police pour faire r\u00e9gner l\u2019ordre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du centre.<\/p>\n<p>Les passages \u00e0 tabac par la police commen\u00e7aient d\u00e8s leur arriv\u00e9e. Un ancien d\u00e9tenu a expliqu\u00e9 :<\/p>\n<p>Apr\u00e8s que nous sommes sortis du v\u00e9hicule, ils nous ont ordonn\u00e9 de nous allonger sur le ventre par terre et d\u2019avancer avec les mains, comme un serpent. Lorsque nous sommes arriv\u00e9s pr\u00e8s de la porte du lieu o\u00f9 les policiers se lavent, ils m\u2019ont frapp\u00e9 avec un cadenas. Ils m\u2019ont frapp\u00e9 partout.<\/p>\n<p>D\u2019autres passages \u00e0 tabac ont eu lieu pendant leur d\u00e9tention, parfois au quotidien. Des policiers et des militaires faisaient parfois sortir les d\u00e9tenus de leur pi\u00e8ce pour les frapper.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des anciens d\u00e9tenus de Gikondo ou de Muhanga avaient aussi \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par des policiers ou par d\u2019autres d\u00e9tenus. Une femme de 40 ans qui vendait du jus et de l\u2019eau \u00e0 la gare routi\u00e8re de Nyabugogo \u00e0 Kigali faisait partie d\u2019un groupe de personnes arr\u00eat\u00e9es et conduites \u00e0 Gikondo en d\u00e9cembre. Elle a racont\u00e9 :<\/p>\n<p>Lorsque nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Gikondo, ils nous ont forc\u00e9s \u00e0 nous asseoir en ligne. D\u2019abord ils ont frapp\u00e9 les enfants des rues. C\u2019\u00e9tait des agents de police en uniforme. Puis ils ont frapp\u00e9 les femmes \u00e0 coups de pieds, en disant [...] \u00ab Pourquoi est-ce que vous continuez \u00e0 vendre dans les rues ? Pourquoi est-ce que vous ne respectez pas la loi ? \u00bb Les hommes \u00e9taient allong\u00e9s sur le ventre et \u00e9taient frapp\u00e9s comme \u00e7a sur les fesses par les policiers. La police les battait avec des b\u00e2tons. Moi aussi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e aux \u00e9paules.<\/p>\n<p>Elle a dit qu\u2019elle ressentait toujours la douleur li\u00e9e aux coups plusieurs mois plus tard.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur des quatre centres de d\u00e9tention, les d\u00e9tenus choisis par la police et surnomm\u00e9s les \u00ab conseillers \u00bb, battaient ceux qui perturbaient l\u2019ordre ou qui n\u2019avaient pas d\u2019argent \u00e0 leur donner. \u00c0 Mudende, le \u00ab conseiller \u00bb frappait les d\u00e9tenus avec une corde \u00e0 noeuds.<\/p>\n<p>Une femme de 30 ans a d\u00e9crit comment les \u00ab conseill\u00e8res \u00bb traitaient les d\u00e9tenus \u00e0 Gikondo :<\/p>\n<p>Elles sont tr\u00e8s m\u00e9chantes, mais ce sont des prisonni\u00e8res comme nous. Si nous n\u2019avons rien [pas d\u2019argent] sur nous, nous sommes battus de fa\u00e7on terrible. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 battue moi-m\u00eame, car j\u2019avais 500 francs rwandais [environ 60 cents d\u2019USD] que j\u2019ai donn\u00e9s imm\u00e9diatement. Les \u00ab conseill\u00e8res \u00bb frappaient les autres \u00e0 coups de poing, pour laisser une \u00ab empreinte \u00bb sur leur dos, ou les frappaient avec leurs coudes.<\/p>\n<p>Un ancien d\u00e9tenu qui \u00e9tait charg\u00e9 de la s\u00e9curit\u00e9 dans une pi\u00e8ce \u00e0 Gikondo en avril 2016 a racont\u00e9 :<\/p>\n<p>Le \u00ab conseiller \u00bb \u00e9tait notre chef. Lorsque quelqu\u2019un parlait, il devait mettre les pieds sur le mur, comme \u00e7a. [Il a montr\u00e9 comment les d\u00e9tenus \u00e9taient forc\u00e9s de se tenir les pieds en l\u2019air contre le mur]. La punition ne s\u2019arr\u00eatait que lorsque tout le monde devait quitter la pi\u00e8ce [pour les sports collectifs ou les visites aux toilettes]. Si [le d\u00e9tenu] tombait, il \u00e9tait battu par le \u00ab conseiller \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 Mbazi, deux anciens d\u00e9tenus interrog\u00e9s sur 12 \u2013 un homme et une femme \u2013 ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 battus, mais pour eux, les conditions dans le centre \u00e9taient encore plus pr\u00e9occupantes. Un ancien d\u00e9tenu de Mbazi a indiqu\u00e9 que les conditions \u00e9taient pires que les passages \u00e0 tabac.<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Enfants en d\u00e9tention <\/span><\/p>\n<p>Human Rights Watch a interrog\u00e9 13 mineurs, \u00e2g\u00e9s de 10 \u00e0 18 ans, qui avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Muhanga ou Mbazi. D\u2019anciens d\u00e9tenus de Mudende et de Gikondo ont aussi indiqu\u00e9 qu\u2019ils avaient vu des enfants dans ces centres, y compris des nourrissons d\u00e9tenus avec leur m\u00e8re.\u00a0La pr\u00e9sence d\u2019enfants dans ces centres de transit marque un recul, car Human Rights Watch n\u2019avait re\u00e7u aucun signalement d\u2019enfants envoy\u00e9s \u00e0 Gikondo entre la mi-2014 et septembre 2015.<\/p>\n<p>\u00c0 Muhanga, les enfants \u00e9taient d\u00e9tenus dans le m\u00eame centre que les adultes, alors qu\u2019\u00e0 Mbazi, ils \u00e9taient enferm\u00e9s dans un b\u00e2timent s\u00e9par\u00e9, dans des conditions l\u00e9g\u00e8rement meilleures. Ils recevaient une alimentation plus vari\u00e9e et en plus grande quantit\u00e9 et ils pouvaient se d\u00e9placer plus librement, mais les adultes qui visitaient la pi\u00e8ce des enfants ont dit que les enfants manquaient d\u2019hygi\u00e8ne appropri\u00e9e et ne recevaient aucune \u00e9ducation.<\/p>\n<p>La plupart des enfants interrog\u00e9s qui avaient s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Muhanga ont racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 battus par les policiers qui g\u00e9raient le centre ou par d\u2019autres d\u00e9tenus. Certains anciens d\u00e9tenus de Gikondo ont aussi d\u00e9clar\u00e9 avoir vu des enfants se faire battre.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 des enfants avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s parce qu\u2019ils \u00e9taient des enfants des rues. Deux gar\u00e7ons ont expliqu\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient all\u00e9s au centre de transit de Mbazi volontairement, en qu\u00eate d\u2019une vie meilleure. L\u2019un d\u2019eux s\u2019est enfui quelques jours apr\u00e8s son arriv\u00e9e. Un assistant social a sorti l\u2019autre gar\u00e7on du centre, o\u00f9 il n\u2019y avait pas d\u2019activit\u00e9s, pour le placer \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p><span class=\"h4\">Lib\u00e9rations <\/span><\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9tenus ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s sur d\u00e9cision du commandant de police en charge du centre, parfois assist\u00e9 par d\u2019autres policiers, des militaires ou des autorit\u00e9s gouvernementales locales. Les lib\u00e9rations \u00e9taient aussi arbitraires que les arrestations. Il n\u2019y avait pas de crit\u00e8res clairs pour d\u00e9terminer si quelqu\u2019un pouvait quitter le centre. Certains se sont vu dire qu\u2019ils \u00e9taient rel\u00e2ch\u00e9s parce que leur pi\u00e8ce \u00e9tait pleine, d\u2019autres parce qu\u2019ils \u00e9taient malades ou avaient apparemment pass\u00e9 suffisamment de temps au centre. D\u2019autres ne connaissaient pas la raison.<\/p>\n<p>Un jeune homme qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu \u00e0 Gikondo \u00e0 six reprises, derni\u00e8rement en avril parce qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas en mesure de pr\u00e9senter une carte d\u2019identit\u00e9, a racont\u00e9 :<\/p>\n<p>Le \u00ab filtrage \u00bb est une s\u00e9lection de ceux qui peuvent partir [\u00eatre rel\u00e2ch\u00e9s] et ceux qui restent. C\u2019est le commandant [de police] qui le fait. Ils nous font sortir, les enfants des rues, les vendeurs ambulants, les criminels, chacun avec son groupe. L\u2019afande [le commandant] annonce : \u00ab Vendeurs ambulants, partez ! \u00bb ou \u00ab Enfants des rues, partez ! \u00bb [\u2026] Pour la s\u00e9lection, il y a trois ou quatre personnes, mais l\u2019afande est le chef. Les autres sont des policiers en uniforme, mais le commandant d\u00e9cide.<\/p>\n<p>\u00c0 Gikondo, \u00e0 Mudende et \u00e0 Muhanga, plusieurs d\u00e9tenus ont fini par \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s parce qu\u2019ils \u00e9taient gravement malades, ou apr\u00e8s qu\u2019un membre de leur famille ou une connaissance a vers\u00e9 des pots-de-vin \u00e0 l\u2019un des agents de police en charge du centre. Dans certains cas, l\u2019intervention d\u2019une personne influente a conduit \u00e0 une lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Les agents de police ont dit \u00e0 un ancien d\u00e9tenu \u00e0 Mbazi avant sa lib\u00e9ration en f\u00e9vrier 2016 : \u00ab Tu as vu les conditions ici, tu as compris. Tu dois changer si tu as compris. \u00bb<\/p>\n<p><span class=\"h4\">D\u00e9bat public <\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la publication du rapport de 2015 de Human Rights Watch, plusieurs organisations rwandaises et internationales ont discut\u00e9 de la situation dans les centres de transit.<\/p>\n<p>Dans son rapport annuel de 2014-2015, la Commission nationale des droits de la personne a d\u00e9crit ses visites dans 28 centres de transit au Rwanda. Elle a confirm\u00e9 plusieurs probl\u00e8mes dans les centres de transit, mais a conclu que les droits humains \u00e9taient respect\u00e9s. Malgr\u00e9 son ind\u00e9pendance officielle, la commission exprime rarement des critiques fortes ou fondamentales vis-\u00e0-vis du bilan du gouvernement rwandais en mati\u00e8re de droits humains. En mars 2016, le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU a fait part de ses inqui\u00e9tudes concernant la s\u00e9lection des membres de la commission et son manque d\u2019ind\u00e9pendance per\u00e7u.\u00a0Apr\u00e8s que la commission a pr\u00e9sent\u00e9 son rapport au parlement en octobre 2015 et apr\u00e8s une visite parlementaire dans 11 centres de transit, des membres du parlement ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s dans les m\u00e9dias en mars 2016 qualifiant les centres de transit de \u00ab prisons \u00bb et s\u2019\u00e9levant contre la d\u00e9tention prolong\u00e9e, y compris celle des mineurs.<\/p>\n<p>Un membre du parlement a d\u00e9clar\u00e9 lors d\u2019un d\u00e9bat parlementaire diffus\u00e9 sur la Voix de l\u2019Am\u00e9rique le 15 mars 2016 :<\/p>\n<p>Ce n\u2019est m\u00eame pas un centre de transit ! En fait, ceux qui sont d\u00e9tenus dans un centre de transit ont normalement une destination. C\u2019est-\u00e0-dire, ceux qui sont d\u00e9tenus l\u00e0 y restent un certain temps, normalement une p\u00e9riode courte, en attendant d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9s ailleurs. Mais nous avons appris que ceux qui sont enferm\u00e9s dans ces centres ont pass\u00e9 pr\u00e8s de deux mois l\u00e0-bas avant de rentrer chez eux. Ils n\u2019ont re\u00e7u aucune formation. En fait, nous avons r\u00e9alis\u00e9 que c\u2019est une prison con\u00e7ue d\u2019une autre mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Plusieurs stations de radio rwandaises ont diffus\u00e9 des d\u00e9bats sur ce sujet \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2015 et au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2016. Dans une rare expression de points de vue et de d\u00e9bats critiques \u2013 la majorit\u00e9 des m\u00e9dias rwandais ont tendance \u00e0 favoriser le point de vue du gouvernement \u2013 les auditeurs ont appel\u00e9 et relat\u00e9 leurs histoires personnelles de d\u00e9tention dans des centres de transit, alors que les repr\u00e9sentants du gouvernement dans le studio de la radio ont ni\u00e9 l\u2019existence d\u2019abus dans les centres de transit.<\/p>\n<p>En mars, l\u2019Assembl\u00e9e nationale a avalis\u00e9 une recommandation de la Commission nationale des droits de la personne de r\u00e9viser une ordonnance minist\u00e9rielle sur les centres de r\u00e9habilitation pour mineurs. Le gouvernement rwandais pr\u00e9pare un nouveau cadre juridique sur les centres de transit. Malgr\u00e9 plusieurs requ\u00eates adress\u00e9es au minist\u00e8re de la Justice, Human Rights Watch n\u2019a re\u00e7u aucun d\u00e9tail concernant cette nouvelle l\u00e9gislation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s son examen en mars 2016 de la situation des droits humains au Rwanda, le Comit\u00e9 des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU a exprim\u00e9 des pr\u00e9occupations sur le fait que \u00ab des sans-abri et des mendiants continuent d\u2019\u00eatre plac\u00e9s en d\u00e9tention, sans inculpation ni contr\u00f4le judiciaire, au centre de r\u00e9insertion et de transit de Gikondo, dans des conditions qui seraient extr\u00eamement dures \u00bb. [Il] Le Comit\u00e9 a recommand\u00e9 de mettre fin \u00ab \u00e0 l\u2019enfermement contre leur gr\u00e9 de sans-abri, de mendiants et d\u2019autres membres de groupes vuln\u00e9rables dans des centres de transit ou de r\u00e9insertion \u00bb et de supprimer les infractions de vagabondage. Une r\u00e9vision prochaine du Code p\u00e9nal du Rwanda pourrait fournir une bonne occasion d\u2019abolir ce d\u00e9lit. \u00c0 l\u2019issue de l\u2019Examen p\u00e9riodique universel du Rwanda par le Conseil des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU en novembre 2015, le Rwanda a accept\u00e9 une recommandation du Royaume-Uni de respecter et de mettre en oeuvre de nouvelles lois pour r\u00e9glementer les centres de transit. Il n\u2019a pas accept\u00e9 une suggestion du Ghana d\u2019\u00ab enqu\u00eater sur les all\u00e9gations d\u2019arrestation arbitraire et de mauvais traitements de d\u00e9tenus dans le Centre de transit de Gikondo et traduire les responsables en justice \u00bb.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les promesses publiques du ministre de la Justice d\u2019enqu\u00eater et de prendre des mesures concernant des indications d\u2019\u00e9ventuelles violations des droits humains, et malgr\u00e9 de multiples demandes d\u2019informations, Human Rights Watch n\u2019a connaissance d\u2019aucune<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Nairobi, le 21 juillet 2016) \u2013 Les autorit\u00e9s rwandaises arr\u00eatent des personnes pauvres et les d\u00e9tiennent arbitrairement dans des \u00ab centres de transit \u00bb \u00e0 travers le pays, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd\u2019hui. 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