{"id":34553,"date":"2017-09-08T07:18:20","date_gmt":"2017-09-08T05:18:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.justiceinfo.net\/34553-mali-les-operations-militaires-donnent-lieu-a-des-abus.html"},"modified":"2017-09-08T07:18:20","modified_gmt":"2017-09-08T05:18:20","slug":"mali-les-operations-militaires-donnent-lieu-a-des-abus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justiceinfo.net\/fr\/34553-mali-les-operations-militaires-donnent-lieu-a-des-abus.html","title":{"rendered":"Mali : L'arm\u00e9e accus\u00e9e de meurtres et de tortures par HRW"},"content":{"rendered":"<div class=\"content-excerpt\">\n<p>Des troupes du Mali et du Burkina Faso se sont livr\u00e9es \u00e0 des meurtres, des disparitions forc\u00e9es et des actes de torture<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Les op\u00e9rations militaires men\u00e9es par les forces arm\u00e9es du\u00a0<a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/africa\/mali\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Mali<\/a>\u00a0et du Burkina Faso afin de contrer la pr\u00e9sence croissante de groupes arm\u00e9s islamistes dans le centre du Mali ont occasionn\u00e9 de graves violations des droits humains. Depuis la fin de 2016, les forces maliennes se sont livr\u00e9es \u00e0 des meurtres extrajudiciaires, \u00e0 des disparitions forc\u00e9es, \u00e0 des actes de torture et \u00e0 des arrestations arbitraires \u00e0 l'encontre d'hommes accus\u00e9s de soutenir les groupes arm\u00e9s islamistes,\u00a0tandis qu'une op\u00e9ration effectu\u00e9e en juin 2017\u00a0\u00e0 travers la fronti\u00e8re par les forces burkinab\u00e9es s'est sold\u00e9e par la morts de deux suspects.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Human Rights Watch a document\u00e9 l'existence de trois fosses communes qui auraient contenu les cadavres d'au moins 14 hommes ex\u00e9cut\u00e9s apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus depuis d\u00e9cembre par des militaires maliens. \u00c0 plusieurs reprises, les forces maliennes ont fait subir des brutalit\u00e9s, des br\u00fblures et des menaces \u00e0 des dizaines d'hommes accus\u00e9s de soutenir les groupes arm\u00e9s islamistes. Human Rights Watch a \u00e9galement document\u00e9 27 cas de disparition forc\u00e9e, dans lesquels le gouvernement malien n'a fourni aucune information aux familles sur leurs proches qui avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s et dont elles \u00e9taient sans nouvelles.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">\u00ab<em>\u00a0La logique perverse consistant \u00e0 torturer, tuer ou \u2018faire dispara\u00eetre\u2019 des personnes au nom de la s\u00e9curit\u00e9 alimente le cycle croissant de la violence et des abus au Mali\u00a0<\/em>\u00bb,\u00a0a d\u00e9clar\u00e9\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/bios\/corinne-dufka\">Corinne Dufka<\/a>, directrice de recherches sur le Sahel aupr\u00e8s de\u00a0la division Afrique \u00e0 Human Rights Watch. \u00ab<em>\u00a0Les gouvernements malien et burkinab\u00e9 devraient contr\u00f4ler les unit\u00e9s qui commettent des abus et poursuivre en justice les responsables.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<div class=\"embed\" data-type=\"image\">\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Les abus, qui se sont produits entre la fin de 2016 et juillet 2017 lors d'op\u00e9rations dans la r\u00e9gion de Mopti et, dans une moindre mesure, dans la r\u00e9gion de S\u00e9gou, ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s lors d'une mission de recherche de 10 jours au Mali en juillet et lors d'entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques en ao\u00fbt. Human Rights Watch a interrog\u00e9 48 victimes d'abus et t\u00e9moins, ainsi que des responsables des communaut\u00e9s ethniques Peul, Dogon et Bambara ; d'anciens d\u00e9tenus; des agents du gouvernement local, des membres des services de s\u00e9curit\u00e9 et du syst\u00e8me judiciaire; et des diplomates \u00e9trangers.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Des membres des familles de victimes ont fourni \u00e0 Human Rights Watch des listes des noms des hommes pr\u00e9sum\u00e9s enterr\u00e9s dans trois fosses communes d\u00e9couvertes dans la r\u00e9gion de Mopti. Ces trois fosses contiennent respectivement les cadavres de cinq hommes qui auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s le 19 d\u00e9cembre\u00a02016, de trois hommes arr\u00eat\u00e9s le 21 janvier 2017, et d'au moins six hommes arr\u00eat\u00e9s d\u00e9but mai 2017<em>.<\/em><\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Deux n\u00e9gociants arr\u00eat\u00e9s en juin \u00e0 Boni, dans la r\u00e9gion de Mopti, ont d\u00e9crit avoir \u00e9t\u00e9 ligot\u00e9s, durement pass\u00e9s \u00e0 tabac et br\u00fbl\u00e9s quand des militaires leur ont maintenu la t\u00eate pr\u00e8s du pot d'\u00e9chappement d'un camion de l'arm\u00e9e. Des t\u00e9moins ont indiqu\u00e9 que 10 hommes avaient \u00e9t\u00e9 battus et soumis \u00e0 un simulacre d'ex\u00e9cution, dans lequel des militaires maliens mena\u00e7aient de les br\u00fbler vifs.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Des t\u00e9moins et des membres des familles des personnes victimes de disparitions forc\u00e9es aux mains des forces de s\u00e9curit\u00e9 maliennes ont affirm\u00e9 avoir appris de sources non officielles que sur les 27 hommes disparus, plusieurs avaient probablement \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s lors de leur garde \u00e0 vue, tandis que d'autres \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme d\u00e9tenus ill\u00e9galement par la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019\u00c9tat (DGSE), l'agence nationale de renseignement malienne.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">En juin 2017, des militaires burkinab\u00e9s ont arr\u00eat\u00e9 environ 70 hommes dans des hameaux situ\u00e9s au Mali \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re, les accusant de soutenir le groupe arm\u00e9 islamiste Ansaroul Islam. Les militaires sont r\u00e9put\u00e9s avoir incendi\u00e9 des biens, soumis ces hommes \u00e0 des s\u00e9vices physiques \u2013 qui ont caus\u00e9 la mort de deux des d\u00e9tenus \u2013 et conduit plus de 40 d'entre eux \u00e0 travers la fronti\u00e8re au Burkina Faso pour de nouveaux interrogatoires.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Human Rights Watch a \u00e9galement document\u00e9 de graves abus commis par les groupes arm\u00e9s islamistes dans le centre du Mali lors de la m\u00eame p\u00e9riode, notamment des ex\u00e9cutions sommaires de civils et de militaires de l'arm\u00e9e malienne, des destructions d'\u00e9coles, et le recrutement et l'utilisation d'enfants comme soldats. Des violences intercommunautaires croissantes survenues pr\u00e8s de Koro, dans la r\u00e9gion de Mopti, font craindre des abus encore plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s. Les constats de Human Rights Watch concernant ces abus seront publi\u00e9s dans un futur rapport.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Un chef local de la commune de Mondoro a d\u00e9crit comment les membres de sa communaut\u00e9 souffraient d'abus perp\u00e9tr\u00e9s par les deux camps: \u00ab<em>\u00a0En avril, les djihadistes sont venus, exhortant les jeunes sans emploi \u00e0 les rejoindre, et quelques semaines plus tard, ils ont tu\u00e9 un chef local et d\u00e9capit\u00e9 un homme qu'ils ont accus\u00e9 d'\u00eatre un informateur de l'arm\u00e9e. En mai et juin, des militaires maliens et burkinab\u00e9s ont captur\u00e9 des dizaines de personnes \u2026 17 membres de ma communaut\u00e9 ont disparu mais les gens sont trop terrifi\u00e9s pour en parler. Le comportement des deux arm\u00e9es a renforc\u00e9 le mouvement djihadiste. Certains jeunes l'ont rejoint apr\u00e8s avoir vu leurs p\u00e8res tortur\u00e9s et leurs fr\u00e8res dispara\u00eetre.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Toutes les parties au conflit arm\u00e9 malien sont li\u00e9es par l'Article 3 commun aux Conventions de Gen\u00e8ve de 1949 et par d'autres trait\u00e9s et articles du droit de la guerre, qui exigent un traitement humain des combattants captur\u00e9s et des civils d\u00e9tenus. Les individus qui commettent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de graves violations des lois de la guerre, notamment des ex\u00e9cutions sommaires et des actes de torture, peuvent faire l'objet de poursuites pour crimes de guerre. Le Mali est un \u00c9tat partie au Statut de Rome, qui r\u00e9git la Cour p\u00e9nale internationale.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Les organisations nationales et internationales de d\u00e9fense des droits humains, dont\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/report\/2017\/02\/02\/le-conflit-arme-au-mali-et-ses-consequences\/recueil-de-documents-publies-par-human\">Human Rights Watch, ont \u00e0 plusieurs reprises fait part de leurs inqui\u00e9tudes au gouvernement malien<\/a>\u00a0par lettre, dans des rapports et lors de rencontres avec des responsables gouvernementaux de haut rang. Les m\u00e9dias ont aussi diffus\u00e9 des informations sur certains de ces cas. N\u00e9anmoins, ni l'arm\u00e9e, ni le syst\u00e8me judiciaire civil n'a fait d'effort s\u00e9rieux pour enqu\u00eater sur ces abus pr\u00e9sum\u00e9s et pour faire rendre des comptes aux militaires et aux officiers responsables.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Les gouvernements malien et burkinab\u00e9 devraient enqu\u00eater sans tarder et poursuivre en justice les membres des forces de s\u00e9curit\u00e9 qui sont impliqu\u00e9s dans de graves violations des droits humains. Le gouvernement malien devrait mettre fin \u00e0 la pratique consistant \u00e0 d\u00e9tenir des suspects dans des lieux de d\u00e9tention non autoris\u00e9s, notamment \u00e0 la DGSE ; s'assurer que les gendarmes s'acquittent de leur r\u00f4le de pr\u00e9v\u00f4ts d\u00e9fini par leur mandat en accompagnant l'arm\u00e9e malienne dans toutes ses op\u00e9rations; et s'assurer que les forces de s\u00e9curit\u00e9 se conforment au droit international humanitaire et au normes internationales en mati\u00e8re de droits humains.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">\u00ab<em>\u00a0Le fait que le gouvernement malien se soit abstenu de faire rendre des comptes \u00e0 ses forces de s\u00e9curit\u00e9 a encourag\u00e9 les militaires aux tendances abusives \u00e0 commettre de nouveaux crimes graves\u00a0<\/em>\u00bb, a affirm\u00e9 Corinne Dufka. \u00ab<em>\u00a0Pour enrayer l'\u00e9rosion de la confiance du public envers les forces de s\u00e9curit\u00e9 et pour rendre justice aux victimes, le gouvernement doit enqu\u00eater sur les graves violations des droits humains et punir leurs auteurs.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3 class=\"embed\" data-type=\"image\"><strong>Contexte<\/strong><\/h3>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">En 2012, les r\u00e9gions du nord du Mali sont tomb\u00e9es entre les mains de s\u00e9paratistes d'ethnie Touareg et de groupes arm\u00e9s affili\u00e9s \u00e0 Al-Qaeda. Une intervention militaire dirig\u00e9e par la France en 2013 et un accord de paix intervenu en juin 2015 entre le gouvernement et plusieurs groupes arm\u00e9s ont permis de r\u00e9tablir un certain degr\u00e9 de stabilit\u00e9 dans le nord.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Cependant, depuis 2015, les activit\u00e9s et les abus des groupes arm\u00e9s islamistes\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2016\/02\/19\/mali-les-abus-setendent-dans-le-sud-du-pays\">se sont \u00e9tendus au centre du Mali.<\/a>\u00a0Des groupes li\u00e9s \u00e0 Al Qaeda ont attaqu\u00e9 des bases militaires et des postes de police et de gendarmerie;\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2017\/04\/05\/mali-une-vague-de-meurtres-perpetres-par-des-groupes-armes\">ex\u00e9cut\u00e9 une cinquantaine de personnes accus\u00e9es d'\u00eatre des agents de renseignement de l'arm\u00e9e<\/a>\u00a0et des responsables, dont des maires et des \u00e9diles locaux; ferm\u00e9 des \u00e9coles; et\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2017\/01\/18\/mali-recrudescence-des-abus-commis-par-les-groupes-islamistes-armes-et-du-banditisme\">impos\u00e9 de plus en plus de s\u00e9v\u00e8res restrictions\u00a0<\/a>bas\u00e9es sur leur stricte interpr\u00e9tation de l'Islam.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Au cours des six premiers mois de 2017, les Forces Arm\u00e9es\u00a0Maliennes\u00a0(FAMA) ont men\u00e9 une s\u00e9rie d'op\u00e9rations soit toutes seules, soit en collaboration avec les forces fran\u00e7aises et burkinab\u00e9es. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont convenus en janvier de cr\u00e9er une force op\u00e9rationnelle r\u00e9gionale conjointe pour lutter contre l'ins\u00e9curit\u00e9 croissante dans la zone frontali\u00e8re entre les trois pays.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">En juillet, le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad\u00a0<a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2017\/07\/01\/le-g5-sahel-une-force-antiterroriste-balbutiante_5154373_3212.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ont mis sur pied une force militaire antiterroriste multinationale<\/a>, connue sous le nom de Force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S), pour combattre les groupes arm\u00e9s islamistes dans la r\u00e9gion. Cette force, G5 Sahel, coordonnera ses op\u00e9rations avec les 4 000 troupes fran\u00e7aises et les 12 000 militaires de maintien de la paix des Nations Unies qui se trouvent d\u00e9j\u00e0 au Mali.<\/p>\n<h3 class=\"embed\" data-type=\"image\"><strong>Violations commises par les forces de s\u00e9curit\u00e9 maliennes<\/strong><\/h3>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Des militaires et des membres de la garde nationale en op\u00e9ration dans ou aux alentours des villes de Mondoro, Boni, S\u00e9var\u00e9 et Boulekessi, dans la r\u00e9gion de Mopti, et de Diabaly et Namapala, dans la r\u00e9gion de S\u00e9gou, ont \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans des arrestations arbitraires, des actes de torture, des ex\u00e9cutions sommaires et des disparitions forc\u00e9es. Certains de ces actes semblent avoir \u00e9t\u00e9 commis en repr\u00e9sailles apr\u00e8s que des islamistes eurent attaqu\u00e9 ou tu\u00e9 des militaires.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Conform\u00e9ment \u00e0 une tendance observ\u00e9e\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2012\/07\/25\/mali-les-forces-de-securite-ont-fait-disparaitre-20-personnes-et-en-ont-torture\">depuis 2012<\/a>, la plupart des d\u00e9tenus ont affirm\u00e9 que les abus avaient cess\u00e9 lorsqu'ils avaient \u00e9t\u00e9 remis aux gendarmes, qui souvent leur fournissaient des soins m\u00e9dicaux.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2013\/02\/21\/mali-il-faut-poursuivre-les-soldats-responsables-dexactions\">Depuis au moins l\u2019ann\u00e9e 2013<\/a>, des militaires bas\u00e9s dans toutes ces villes ont \u00e9t\u00e9\u00a0<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2016\/02\/19\/mali-les-abus-setendent-dans-le-sud-du-pays\">impliqu\u00e9s dans des abus d'une gravit\u00e9 comparable<\/a>. Pratiquement aucun de ces abus commis par les forces de s\u00e9curit\u00e9 n'a fait l'objet d'une enqu\u00eate.<\/p>\n<h3 class=\"embed\" data-type=\"image\"><strong><em>Arrestations arbitraires<\/em><\/strong><\/h3>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Human Rights Watch a document\u00e9 la d\u00e9tention de 114 hommes par les forces de s\u00e9curit\u00e9 maliennes dans le centre du Mali entre d\u00e9cembre 2016 et juin 2017. Les d\u00e9tenus, dont la grande majorit\u00e9 \u00e9taient d'ethnie peule, \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s de soutenir les groupes arm\u00e9s islamistes.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">La plupart ont \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 pour insuffisance de preuves apr\u00e8s que leurs dossiers eurent \u00e9t\u00e9 examin\u00e9s par un juge appartenant au P\u00f4le judiciaire sp\u00e9cialis\u00e9 de lutte contre le terrorisme et la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re organis\u00e9e, bas\u00e9 \u00e0 Bamako et qui a pour mandat d'\u00e9tudier et de statuer sur toutes les affaires concernant des crimes pr\u00e9sum\u00e9s commis par des groupes arm\u00e9s islamistes.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Des avocats, des magistrats et des chefs de villages ont affirm\u00e9 de mani\u00e8re constante \u00e0 Human Rights Watch leur conviction que de nombreuses d\u00e9tentions, dont beaucoup de celles qui sont document\u00e9es dans ce rapport, reposaient sur des bases faibles, parfois m\u00eame sur des renseignements faux fournis par des personnes souhaitant r\u00e9gler des comptes personnels.<\/p>\n<h3 class=\"embed\" data-type=\"image\"><strong><em>Torture et mauvais traitements<\/em><\/strong><\/h3>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Human Rights Watch a document\u00e9 des dizaines de cas de torture et d'autres formes de mauvais traitements commis par les militaires de l'arm\u00e9e malienne lors de s\u00e9ances d'interrogatoire pendant les premiers jours apr\u00e8s l'arrestation, en d\u00e9pit du fait que les militaires ne sont pas autoris\u00e9s \u00e0 interroger des d\u00e9tenus. Les abus se sont produits dans des bases militaires, dans des campements de campagne et \u00e0 des postes de contr\u00f4le.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Les d\u00e9tenus, dont beaucoup pr\u00e9sentaient des cicatrices et des traces visibles de torture, ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu'on leur avait li\u00e9 les mains et les pieds ; et qu'ils avaient \u00e9t\u00e9 violemment frapp\u00e9s \u00e0 coups de poing, de crosse de fusil, de barre de fer et de b\u00e2ton; ou de ceinturon; rou\u00e9s de coups de pied; br\u00fbl\u00e9s; et menac\u00e9s de mort \u00e0 plusieurs reprises. L'un d'eux a eu des c\u00f4tes fractur\u00e9es, quelques-uns ont perdu des dents, et plusieurs ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9s pour leurs blessures. Ils ont affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement priv\u00e9s de nourriture, d'eau et de soins m\u00e9dicaux.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">La plupart des anciens d\u00e9tenus qui ont parl\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch ont d\u00e9crit avoir eu les poignets et les chevilles li\u00e9s \u00e0 l'aide de cordes ou de fil lors de leur d\u00e9tention. Beaucoup avaient des plaies b\u00e9antes ou des cicatrices r\u00e9sultant de ces liens, qui avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans leurs chairs.<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">Les unit\u00e9s de l'arm\u00e9e et de la Garde nationale maliennes bas\u00e9es dans et aux alentours de Boni, \u00e0 220 kilom\u00e8tres de la ville de garnison de S\u00e9var\u00e9 dans la r\u00e9gion de Mopti, ont \u00e9t\u00e9 dans une large mesure associ\u00e9es \u00e0 des actes de torture. Par exemple, le 23 juin, des militaires ont arr\u00eat\u00e9 et tortur\u00e9 trois commer\u00e7ants \u2013 deux Maliens et un Burkinab\u00e9 \u2013 qu'ils accusaient de soutenir des islamistes arm\u00e9s qui avaient attaqu\u00e9 le poste de gendarmerie de Boni la veille. Les arrestations ont sembl\u00e9 arbitraires : deux des commer\u00e7ants ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que les militaires avaient fouill\u00e9 leurs maisons, n'avaient pas trouv\u00e9 d'armes et, au bout de plusieurs heures d'abus divers, les avaient lib\u00e9r\u00e9s sans autres questions. Un commer\u00e7ant, qui a perdu deux dents du fait de ces s\u00e9vices, a d\u00e9clar\u00e9 :<\/p>\n<p class=\"embed\" data-type=\"image\">\u00a0<\/p>\n<p>Les FAMA m'ont arr\u00eat\u00e9 au march\u00e9 o\u00f9 je vendais ma marchandise \u2013 ils ne m'ont pas dit pourquoi. Dans leur camp, ils m'ont dit : \u00ab<em>\u00a0Nous vous avons amen\u00e9 ici pour vous tuer.\u00a0<\/em>\u00bb Ils m'ont pris mon argent et ma montre et pendant les deux heures qui ont suivi, ils nous ont frapp\u00e9s \u00e0 coups de pied, de b\u00e2ton et de crosse. Ils m'ont relev\u00e9 et m'ont frapp\u00e9 deux fois la t\u00eate contre un camion \u2026 j'ai perdu deux dents et deux autres sont maintenant \u00e9branl\u00e9es. J'ai perdu connaissance et ma bouche saignait. Ils ont saisi le chauffeur burkinab\u00e9 et lui ont projet\u00e9 la t\u00eate contre le sol \u2026 il \u00e9tait mal en point. Il est \u00e0 l'h\u00f4pital \u00e0 Djibo [Burkina Faso].<\/p>\n<p>Cet homme et un de ses compagnons ont affirm\u00e9 que les militaires leur avaient inflig\u00e9 des br\u00fblures avec le pot d'\u00e9chappement d'un v\u00e9hicule. Le deuxi\u00e8me homme a d\u00e9clar\u00e9:<\/p>\n<p>Ils nous ont accus\u00e9s de vendre des marchandises aux djihadistes. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 \u00e0 tabac, j'ai entendu le bruit du moteur d'un v\u00e9hicule. Ils m'ont redress\u00e9 et m'ont tenu la t\u00eate pr\u00e8s du pot d'\u00e9chappement d'un gros camion jusqu'\u00e0 ce que ma t\u00eate soit en feu. Finalement un militaire a dit : \u00ab<em>\u00a0Assez maintenant, arr\u00eatez, \u2026. ils pourraient mourir.\u00a0<\/em>\u00bb Plus tard, les militaires nous ont emmen\u00e9s au poste de gendarmerie, mais quand ils [les gendarmes] sont mont\u00e9s dans le camion et ont vu dans quel \u00e9tat nous \u00e9tions \u2013 la bouche et la t\u00eate ensanglant\u00e9es, enfl\u00e9es, incapables de marcher \u2013 ils se sont mis en col\u00e8re contre les militaires et ont refus\u00e9 de nous prendre. Les gendarmes et les FAMA se sont vraiment discut\u00e9s \u2026 les gendarmes ont dit aux FAMA de nous emmener \u00e0 l'h\u00f4pital, ce qu'ils ont fait.<\/p>\n<p>Deux autres hommes ont affirm\u00e9 que le 22 ou le 23 juin, ils avaient \u00e9t\u00e9 pass\u00e9s \u00e0 tabac et l'un d'eux br\u00fbl\u00e9 par des militaires bas\u00e9s au camp militaire de Diabaly, \u00e0 140 kilom\u00e8tres de S\u00e9gou. \u00ab<em>\u00a0Ils m'ont accus\u00e9 de traiter avec les djihadistes\u00a0<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 l'un de ces hommes. \u00ab<em>\u00a0J'ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu pendant trois nuits. Lors de la derni\u00e8re nuit, ils m'ont frapp\u00e9 dans le dos et m'ont donn\u00e9 des coups de botte. Je ne sais pas combien de temps cela a dur\u00e9 \u2013 j'ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 jusqu'\u00e0 perdre connaissance. Le lendemain, ils m'ont vers\u00e9 du plastique br\u00fblant sur sur mon \u00e9paule et sur mon dos.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Cet homme a affirm\u00e9 qu'un second d\u00e9tenu avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement pass\u00e9 \u00e0 tabac : \u00ab<em>\u00a0Alors qu'on m'emmenait hors du camp, j'ai rencontr\u00e9 un autre homme qui avait \u00e9t\u00e9 si violemment battu qu'il ne pouvait pas se tenir debout.\u00a0<\/em>\u00bb Quand le militaire a amen\u00e9 les victimes \u00e0 la gendarmerie \u00e0 Niono pour interrogatoire, le commandant des gendarmes s'est mis en col\u00e8re. \u00ab<em>\u00a0Il a dit \u00e0 l'officier de l'arm\u00e9e qu'il devrait payer pour nos traitements m\u00e9dicaux \u2026 mais j'ai dit : \u2018Non, ce n'est pas la peine \u2026 Je veux juste retrouver ma libert\u00e9\u2019\u00a0<\/em>\u00bb, a dit cet homme. Apr\u00e8s avoir enqu\u00eat\u00e9 sur ses affirmations, les gendarmes l'ont remis en libert\u00e9.<\/p>\n<p>Le 8 mai, les militaires ont arr\u00eat\u00e9 10 hommes, \u00e2g\u00e9s de 19 \u00e0 environ 50 ans, dans plusieurs hameaux pr\u00e8s de Boni. Tous les 10 ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement pass\u00e9s \u00e0 tabac et on leur a dit qu'ils seraient tu\u00e9s par balles ou br\u00fbl\u00e9s vifs. Selon un chef de village qui s'est occup\u00e9 de ces hommes apr\u00e8s leur transfert \u00e0 Bamako, \u00ab<em>\u00a0plusieurs jours apr\u00e8s leur arrestation, ils avaient encore les mains, les pieds et la t\u00eate enfl\u00e9s ; tous pr\u00e9sentaient des ecchymoses ou des cicatrices; quelques-uns ne pouvaient plus s'asseoir \u00e0 cause de la violence des coups re\u00e7us.\u00a0<\/em>\u00bb Apr\u00e8s avoir comparu devant un juge \u00e0 Bamako fin mai, au moins huit d'entre eux ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s. L'un d'eux a ainsi d\u00e9crit leur \u00e9preuve :<\/p>\n<p>Les militaires m'ont trouv\u00e9 pr\u00e8s du puits. Ils m'ont accus\u00e9 d'\u00eatre avec AQMI [Al Qaeda au Maghreb islamique], m'ont demand\u00e9 mon arme et ont dit \u00ab<em>\u00a0O\u00f9 sont les djihadistes ?\u00a0<\/em>\u00bb Ils m'ont vol\u00e9 143 000 FCFA [260 dollars] et m'ont emmen\u00e9 avec six autres hommes. C'\u00e9tait une vaste op\u00e9ration \u2013 ils nous ont emmen\u00e9s par la route, puis nous ont mis dans un crat\u00e8re cr\u00e9\u00e9 sur la route par l'explosion d'une mine plus t\u00f4t dans l'ann\u00e9e. Ils ont d\u00e9battu pour savoir s'ils allaient nous tuer sur place ou non. \u00ab<em>\u00a0Allons-nous les tuer maintenant ?\u00a0<\/em>\u00bb a dit l'un d'eux. \u00ab<em>\u00a0Va chercher les pelles\u00a0<\/em>\u00bb, a dit un autre. \u00ab<em>\u00a0Non, si nous le faisons, cela se saura \u00e0 Bamako.\u00a0<\/em>\u00bb Certains de nos fr\u00e8res sont enterr\u00e9s dans des fosses communes \u00e0 Iss\u00e8ye et \u00e0 Yirima, donc nous \u00e9tions certains que \u00e7a allait \u00eatre notre tour.<\/p>\n<p>Plus tard, ils nous ont mis dans un autre trou \u2013 d'environ un m\u00e8tre de profondeur \u2013 pr\u00e8s du poste de contr\u00f4le routier de l'arm\u00e9e \u00e0 Boni. Dans ce trou, il y avait d\u00e9j\u00e0 trois autres hommes, tous les yeux band\u00e9s, ensanglant\u00e9s et tum\u00e9fi\u00e9s. Ils nous ont \u00e9galement band\u00e9 les yeux et li\u00e9 les mains, et nous ont fait allonger en plein soleil, et les s\u00e9vices ont commenc\u00e9. Ils nous ont frapp\u00e9s \u00e0 coups de barre de fer, nous ont rou\u00e9s de coups de pieds et ont insult\u00e9 nos parents. Cela a dur\u00e9 des heures \u2026 ils nous ont vers\u00e9 du liquide dessus, disant que c'\u00e9tait de l'essence et qu'ils allaient nous br\u00fbler vifs. Ils ne nous ont m\u00eame pas pos\u00e9 de questions, nous accusant seulement d'\u00eatre des djihadistes. Nous avions terriblement soif apr\u00e8s plusieurs heures en plein soleil, qui en mai est plus chaud que le feu, mais ils ont refus\u00e9 de nous donner \u00e0 boire.<\/p>\n<p>Nous sommes rest\u00e9s deux jours sans manger et n'avons re\u00e7u de soins m\u00e9dicaux qu'en arrivant \u00e0 Bamako. Au total nous avons pass\u00e9 26 jours en d\u00e9tention. M\u00eame maintenant, des mois apr\u00e8s les abus, j'en souffre encore \u2026 hier j'ai essay\u00e9 de travailler mais je n'ai pas pu.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a document\u00e9 quelques affaires dans lesquelles des officiers de l'arm\u00e9e sont intervenus pour faire cesser les abus commis par leurs subordonn\u00e9s. Un t\u00e9moin a d\u00e9crit l\u2019un de ces cas qui a eu lieu en mars, et qui a impliqu\u00e9 des militaires originaires de T\u00e9nenkou, dans la r\u00e9gion de Moptif :<\/p>\n<p>C'est arriv\u00e9 \u00e0 un poste de contr\u00f4le routier de l'arm\u00e9e \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la ville. Les soldats \u00e9taient en train de battre cet homme, qui avait \u00e0 peu pr\u00e8s 35 ans, puis ils ont pris du papier, l'ont enflamm\u00e9 et lui ont br\u00fbl\u00e9 le ventre. Au bout d'environ 30 minutes, un officier est arriv\u00e9 et a demand\u00e9, sur un ton de col\u00e8re,\u00a0\u00ab<em>\u00a0Pourquoi faites-vous cela?<\/em>\u00bb.\u00a0Les\u00a0militaires ont affirm\u00e9 avoir re\u00e7u un renseignement selon lequel l'homme vendait des armes aux djihadistes ; et qu'ils l'avaient trouv\u00e9 en possession d'une grosse somme en liquide. L'homme a expliqu\u00e9 qu'il \u00e9tait marchand de bestiaux et qu'il venait juste de vendre des vaches. L'officier a ordonn\u00e9 aux militaires de mettre fin aux abus et de l'emmener \u00e0 l'h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a interrog\u00e9 18 hommes et 4 gar\u00e7ons, \u00e2g\u00e9s de 14 \u00e0 17 ans, qui ont affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9s par les militaires apr\u00e8s leur arrestation en mai dans des villages proches de la fronti\u00e8re du Mali avec le Burkina Faso. Deux mois plus tard, presque tous avaient des cicatrices visibles autour des poignets et des chevilles ; deux d'entre eux avaient encore des pansements aux mains, tandis que six autres avaient des traces d'\u00e9corchures et des cicatrices r\u00e9sultant apparemment de profondes entailles sur les poignets. Ils ont affirm\u00e9 avoir eu les mains li\u00e9es pendant plus de deux jours, y compris pendant le long trajet entre le centre du Mali et Bamako. Un homme qui avait des cicatrices autour du cou a affirm\u00e9 que cela venait du fait qu'il \u00e9tait rest\u00e9 \u00ab<em>\u00a0attach\u00e9 dans le pickup pendant des heures sur une route d\u00e9fonc\u00e9e, avec une corde autour du cou... ils ne me l'ont retir\u00e9e que quand j'ai perdu connaissance.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Dix de ces hommes avaient \u00e9t\u00e9 initialement arr\u00eat\u00e9s lors d'une op\u00e9ration conjointe entre l'arm\u00e9e malienne et les forces fran\u00e7aises. \u00ab<em>\u00a0Quand les Fran\u00e7ais \u00e9taient l\u00e0, ils nous faisaient \u00e9tendre au sol pendant qu'ils fouillaient nos maisons mais ils ne nous attachaient pas et ne nous frappaient pas; les Fran\u00e7ais prenaient des photos de nous\u00a0<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 l'un d'eux.<\/p>\n<p>Les hommes ont affirm\u00e9 que les s\u00e9vices avaient commenc\u00e9 le lendemain, apr\u00e8s que les Fran\u00e7ais et un gendarme malien eurent quitt\u00e9 les lieux et les d\u00e9tenus eurent \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s \u00e0 Douna, \u00e0 24 kilom\u00e8tres de leurs villages. \u00ab<em>\u00a0Quand nous sommes descendus du camion, ils nous ont jet\u00e9s au sol et nous ont frapp\u00e9s \u00e0 coups de crosse\u00a0<\/em>\u00bb, a racont\u00e9 l'un d'eux. \u00ab<em>\u00a0Quand nous les avons implor\u00e9s de nous donner de l'eau, les militaires m'ont vers\u00e9 de force de l'eau dans le nez, pour me donner l'impression que je me noyais.\u00a0<\/em>\u00bb Un autre d\u00e9tenu a d\u00e9crit comment un militaire lui a plac\u00e9 la t\u00eate dans une prise de bras et lui a dit : \u00ab<em>\u00a0Nous allons t'\u00e9gorger comme un mouton.\u00a0<\/em>\u00bb Deux autres hommes ont affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 poignard\u00e9s \u00e0 l'\u00e9paule avec un petit couteau.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a \u00e9galement document\u00e9 la mort d'un homme de 50 ans apr\u00e8s qu'il eut \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement battu par des militaires maliens en mai. Trois t\u00e9moins ont affirm\u00e9 que l'homme \u00e9tait mort \u00e0 l'h\u00f4pital de S\u00e9var\u00e9. Selon l'un des t\u00e9moins :<\/p>\n<p>\u00c0\u00a06h00 du soir, l'arm\u00e9e a amen\u00e9 \u00e0 la gendarmerie de\u00a0S\u00e9var\u00e9 cinq hommes qu'elle avait d\u00e9tenus. Ils \u00e9taient mal en point et souffraient vraiment ;\u00a0leurs visages \u00e9taient tum\u00e9fi\u00e9s ; ils saignaient. Le plus \u00e2g\u00e9 ne pouvait pas bouger et a d\u00fb \u00eatre port\u00e9 dans la cellule. Quelques heures plus tard, j'ai entendu dire : \u00ab<em>\u00a0Donnez-lui de l'eau, il a besoin de boire, vite...<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0Mais il ne pouvait d\u00e9j\u00e0 plus \u2026\u00a0il \u00e9tait en train de mourir. Il a \u00e9t\u00e9 sorti de la cellule pendant la nuit \u2026 Nous avons appris aupr\u00e8s des infirmiers qu'il avait rendu l'\u00e2me \u00e0 l'h\u00f4pital quelques heures plus tard. Ils ont dit que son corps \u00e9tait couvert de marques.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a document\u00e9 un cas de graves mauvais traitements par les gendarmes du gouvernement. Fin mars 2017, les gendarmes de S\u00e9var\u00e9 auraient pass\u00e9 \u00e0 tabac sept hommes d'un village proche de Djenn\u00e9, dont un ma\u00eetre coranique. \u00ab<em>\u00a0Pendant la nuit, quelques gendarmes sont venus dans notre cellule et nous ont frapp\u00e9s, notamment \u00e0 coups de pied. Un homme a eu quelques c\u00f4tes cass\u00e9es et deux autres saignaient du nez\u00a0<\/em>\u00bb, a racont\u00e9 l'un des d\u00e9tenus.<\/p>\n<p><strong><em>Ex\u00e9cutions sommaires et fosses communes<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Human Rights Watch a document\u00e9 l'existence de trois fosses communes, dont des t\u00e9moins et des proches affirment qu'elles contiennent les restes d'au moins 14 hommes tu\u00e9s peu apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s par les services de s\u00e9curit\u00e9 maliens entre fin d\u00e9cembre 2016 et mai 2017. Toutes les trois sont situ\u00e9es \u00addans les communes de\u00a0Mondoro ou Koro situ\u00e9es dans la r\u00e9gion de Mopti, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re du Mali avec le Burkina Faso.<\/p>\n<p>\u00ab<em>\u00a0Nous sommes tous au courant de l'existence des fosses communes pr\u00e8s de Mondoro, mais personne n'a port\u00e9 plainte en justice\u00a0<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un t\u00e9moin. \u00ab<em>\u00a0Les gens sont terrifi\u00e9s \u00e0 l'id\u00e9e de parler \u2013 nous essayons juste d'\u00e9viter de subir de nouveaux s\u00e9vices.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>En ao\u00fbt, des chefs locaux ont donn\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch des photos de ce qu'ils croient \u00eatre une fosse commune \u00e0 environ 7 kilom\u00e8tres au sud de Mondoro, contenant les restes d'au moins 6 hommes qui faisaient partie d'un groupe de 17 qui ont disparu apr\u00e8s leur arrestation par les militaires entre le 2 et le 9 mai. Une commer\u00e7ante locale a d\u00e9clar\u00e9 :<\/p>\n<p>Vers 11h00 du matin, j'\u00e9tais dans la brousse quand j'ai entendu des coups de feu. J'ai vu trois ou quatre v\u00e9hicules de l'arm\u00e9e \u00e0 environ 200 \u00e0 300 m\u00e8tres, \u00e0 l'\u00e9cart de la route principale. J'ai pens\u00e9 que quelque chose n\u2019\u00e9tait pas normal et je me suis plaqu\u00e9e au sol. \u2026 J'ai entendu une seconde salve de coups de feu. Je suis rest\u00e9e cach\u00e9e pendant 15 minutes, jusqu'\u00e0 ce qu'ils partent dans la direction de Mondoro sur la route principale. Plus tard, je suis all\u00e9e voir et j'ai vu un monticule de terre \u2026 comme une tombe fra\u00eechement creus\u00e9e, et les traces de pneus. Il y a beaucoup de tensions dans notre zone. J'ai tr\u00e8s peur.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2017\/04\/05\/mali-une-vague-de-meurtres-perpetres-par-des-groupes-armes\">Deux autres fosses communes qui ont fait l'objet d'informations document\u00e9es par Human Rights Watch<\/a>n'ont toujours pas suscit\u00e9 d'enqu\u00eate de la part des autorit\u00e9s maliennes. Selon quatre t\u00e9moins de Yirima, la premi\u00e8re contiendrait les restes de trois membres d'une famille arr\u00eat\u00e9s par les militaires le 21 janvier et ult\u00e9rieurement ex\u00e9cut\u00e9s. Un t\u00e9moin a d\u00e9clar\u00e9 :<\/p>\n<p>Les militaires leur ont band\u00e9 les yeux et les ont emmen\u00e9s par la route dans la direction de Mondoro [\u00e0 26 kilom\u00e8tres de distance]. Quelques minutes plus tard, nous avons entendu des coups de feu dans le lointain. Nous avons suivi les traces du v\u00e9hicule jusqu'au village de Bamguel, \u00e0 18 kilom\u00e8tres de l\u00e0, et nous avons vu une tombe, fra\u00eechement creus\u00e9e, recouverte de branchages, et de nombreuses douilles de fusil \u2026 Nous avons d\u00e9blay\u00e9 la terre et nous avons trouv\u00e9 nos proches. Je suis retourn\u00e9 au village pour annoncer la mauvaise nouvelle.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me tombe contiendrait les restes de cinq hommes du village d'Iss\u00e8ye arr\u00eat\u00e9s et ex\u00e9cut\u00e9s par les militaires le 19 d\u00e9cembre 2016. L'un des t\u00e9moins a racont\u00e9:<\/p>\n<p>Vers 11h00 du matin, 10 v\u00e9hicules des FAMA pleins de soldats lourdement arm\u00e9s ont fait irruption dans le village. Ils ne sont pas rest\u00e9s longtemps. Ils ont tout d'abord arr\u00eat\u00e9 le chef du village, puis les autres. Vers 4h00 de l'apr\u00e8s-midi, nous avons entendu des coups de feu, et le lendemain matin nous avons trouv\u00e9 la tombe de fortune \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0. Nous avons d\u00e9terr\u00e9 les corps \u2026 le chef \u00e9tait par dessus les autres \u2026 ils avaient tous plusieurs blessures par balles.<\/p>\n<p><strong><em>Disparitions forc\u00e9es<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Des t\u00e9moins et des proches ont d\u00e9crit les disparitions forc\u00e9es de 27 hommes, qui avaient tous \u00e9t\u00e9 vus pour la derni\u00e8re fois aux mains des forces de s\u00e9curit\u00e9 maliennes. Ces hommes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s entre juin 2016 et juin 2017 lors d'op\u00e9rations militaires dans les r\u00e9gions de Mopti et de S\u00e9gou. Des membres de leurs familles ont affirm\u00e9 que le gouvernement ne leur avait fourni aucune information sur le sort des d\u00e9tenus ou sur l'endroit o\u00f9 ils se trouvaient, bien que certaines familles aient obtenu des informations de sources non officielles.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moins et les membres des familles ont fourni \u00e0 Human Rights Watch des informations selon lesquelles au moins 9 de ces hommes avaient \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s par les services de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e8s les premiers jours apr\u00e8s leur arrestation. D'autres membres des familles ont affirm\u00e9 poss\u00e9der des informations selon lesquelles plusieurs autres hommes se trouvaient en d\u00e9tention extrajudiciaire dans les locaux de la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019\u00c9tat (DGSE).<\/p>\n<p>Human Rights Watch a re\u00e7u une liste de 17 hommes des villages de Mougnoukana, Douna, Kobou, Yangassadio et Guedouware qui avaient fait l'objet de \u00ab<em>\u00a0disparitions\u00a0<\/em>\u00bb depuis leur arrestation d\u00e9but mai. Plusieurs t\u00e9moins ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu'ils avaient \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s le 2 mai en m\u00eame temps que sept des hommes port\u00e9s disparus.<\/p>\n<p>\u00ab<em>\u00a0Nous avons cherch\u00e9 partout \u00bb,<\/em>\u00a0a d\u00e9clar\u00e9 un proche de plusieurs des disparus de Mondoro. \u00ab<em>\u00a0Nous avons demand\u00e9 \u00e0 la Garde nationale, aux FAMA et aux gendarmes, mais nos proches ne sont nulle part.<\/em>\u00a0<em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Parmi d'autres cas de disparition forc\u00e9e dans le centre du Mali document\u00e9s par Human Rights Watch, figurent:<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Samba Diallo dit Samba Niger<\/strong>, 67 ans, un berger de Dogo (r\u00e9gion de Mopti), a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par les forces de s\u00e9curit\u00e9 alors qu'il attendait un bus dans la ville de Mopti vers le 8 juin 2016. Des membres de sa famille pensent qu'il est d\u00e9tenu \u00e0 la DGSE.<\/li>\n<li><strong>Hassan Sidib\u00e9<\/strong>, 53 ans ;\u00a0<strong>Boubacar Sidib\u00e9<\/strong>, 49 ans;\u00a0<strong>Boubacar Sidib\u00e9<\/strong>, 30 ans; et\u00a0<strong>Yonousa Sidib\u00e9<\/strong>, 30 ans, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s lors d'une op\u00e9ration de l'arm\u00e9e dans le village de Tomoyi, pr\u00e8s de la ville de T\u00e9nenkou, le 17 janvier 2017. Des membres de la famille ont appris qu'ils \u00e9taient d\u00e9tenus \u00e0 la DGSE.<\/li>\n<li><strong>Boura Alou Diallo<\/strong>, 32 ans, arr\u00eat\u00e9 par les militaires pr\u00e8s du village de Kokoli vers le 23 janvier 2017, a \u00e9t\u00e9 vu pour la derni\u00e8re fois attach\u00e9 \u00e0 un arbre pr\u00e8s du camp militaire de Mondoro. Les membres de sa famille pensent qu'il a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 fin janvier.<\/li>\n<li><strong>Hamidou Barry et Hamadoun Dambou,<\/strong>\u00a0tous deux \u00e2g\u00e9s d'environ 25 ans et originaires du village de Karena, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s en janvier 2017 par les gendarmes dans un h\u00f4pital de Douentza, o\u00f9 Barry \u00e9tait soign\u00e9. Les membres des familles pensent qu'ils sont d\u00e9tenus \u00e0 la DGSE.<\/li>\n<li><strong>Ibrahim Barry<\/strong>, 35 ans, a \u00e9t\u00e9 vu pour la derni\u00e8re fois le 3 f\u00e9vrier 2017, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par des gendarmes bas\u00e9s \u00e0 S\u00e9var\u00e9 lors d'une r\u00e9union \u00e0 Mopti organis\u00e9e par une organisation non gouvernementale locale. Les membres de sa famille ont d\u00e9clar\u00e9 qu'ils pensaient que Barry avait \u00e9t\u00e9 battu \u00e0 mort en d\u00e9tention.<\/li>\n<li><strong>Sidi Koita<\/strong>, 34 ans, a \u00e9t\u00e9 vu pour la derni\u00e8re fois le 31 mai ou 1er juin 2017, alors qu'il \u00e9tait interrog\u00e9 par des militaires \u00e0 un poste de contr\u00f4le situ\u00e9 \u00e0 un kilom\u00e8tre de la ville de Nampala. Des t\u00e9moins ont d\u00e9clar\u00e9 qu'il \u00e9tait interrog\u00e9 \u00e0 propos d'une embuscade tendue la veille pr\u00e8s de Nampala, dans laquelle plusieurs militaires avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. Les membres de sa communaut\u00e9 pensent que Koita a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3><strong><em>Direction g\u00e9n\u00e9rale de la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019\u00c9tat<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Human Rights Watch s'est entretenu avec 24 anciens d\u00e9tenus qui ont affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans un centre de d\u00e9tention g\u00e9r\u00e9 par la DGSE pendant des p\u00e9riodes allant de 27 jours \u00e0 cinq mois. Ces hommes n'avaient aucun acc\u00e8s aux membres de leurs familles ou \u00e0 des avocats et n'\u00e9taient pas autoris\u00e9s \u00e0 passer des coups de t\u00e9l\u00e9phone. Ils ont pr\u00e9cis\u00e9 qu'ils n'avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 un juge avant ou durant leur d\u00e9tention dans ces lieux.<\/p>\n<p>Un agent de la DGSE a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que chaque personne d\u00e9tenue avait comparu devant un juge et avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e sous mandat de d\u00e9p\u00f4t. Ces affirmations ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 contredites par plusieurs avocats, par des d\u00e9fenseurs des droits humains et par un juge, qui ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu'ils \u00e9taient au courant de plusieurs cas d'hommes qui \u00e9taient d\u00e9tenus par la DGSE de mani\u00e8re extrajudiciaire.<\/p>\n<p>Tous les hommes interrog\u00e9s par Human Rights Watch ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 nourris r\u00e9guli\u00e8rement, avoir pass\u00e9 des examens m\u00e9dicaux p\u00e9riodiques et avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans des cellules \u00e9quip\u00e9es de ventilateurs ou de l'air conditionn\u00e9. Cependant, ils se sont plaints de l'exigu\u00eft\u00e9 des lieux pour dormir et plusieurs ont affirm\u00e9 qu'ils n'avaient pas acc\u00e8s \u00e0 une hygi\u00e8ne ad\u00e9quate. Un ancien d\u00e9tenu a affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9 au centre de la DSGE.<\/p>\n<p>Un autre ancien d\u00e9tenu, qui a pass\u00e9 37 jours au centre de la DSGE entre mai et juillet, a d\u00e9clar\u00e9 :<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions 13 dans ma cellule et ils \u00e9taient huit dans une autre cellule. Nous avions \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s l\u00e0 directement de nos villages. La nourriture \u00e9tait passable et un seul d'entre nous a \u00e9t\u00e9 un peu pass\u00e9 \u00e0 tabac, mais ce qui est bizarre c'est qu'ils ne nous ont interrog\u00e9s qu'une seule fois ou, au maximum, deux fois. Nous ne connaissons pas la loi, mais je sais que nous n'avons pas vu un juge avant d'\u00eatre transf\u00e9r\u00e9s de la DGSE \u00e0 la gendarmerie cinq semaines plus tard.<\/p>\n<p>Un homme \u00e2g\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu pendant plus de quatre mois a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch :<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions 16 dans cette petite cellule. Pendant tout ce temps, aucun de nous n'a eu de contact avec sa famille. Tout ce temps \u2026 pas de lumi\u00e8re du soleil \u2013 vous ne savez pas s'il fait jour ou nuit. Je n'ai \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 que trois fois, au d\u00e9but. Le jour o\u00f9 j'ai \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9, ils m'ont mis un sac noir sur la t\u00eate, m'ont fait monter dans une voiture civile, m'ont emmen\u00e9 \u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres et m'ont dit de descendre. Je n'ai jamais sign\u00e9 de papiers, ni vu un juge\u2026 c'est comme si cela ne s'\u00e9tait pas produit. Le jour o\u00f9 je suis arriv\u00e9 dans mon village\u2026 vous auriez d\u00fb voir leurs t\u00eates \u2026 ils \u00e9taient persuad\u00e9s que j'\u00e9tais mort.<\/p>\n<h3><strong>Violations commises par les forces de s\u00e9curit\u00e9 du Burkina Faso<\/strong><\/h3>\n<p>Plusieurs t\u00e9moins originaires de hameaux proches de la fronti\u00e8re du Mali avec le Burkina Faso ont d\u00e9crit comment, le 9 juin, des militaires burkinab\u00e9s ont arr\u00eat\u00e9 environ 74 hommes, \u00e2g\u00e9s de 20 \u00e0 70 ans. Les militaires ont accus\u00e9 les villageois de soutenir le groupe arm\u00e9 islamiste du Burkina Faso Ansaroul Islam, qui a \u00e9galement des bases au Mali.<\/p>\n<p>Beaucoup de ces hommes ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement pass\u00e9s \u00e0 tabac et deux d'entre eux sont morts de ces mauvais traitements peu apr\u00e8s leur arriv\u00e9e \u00e0 Djibo, au Burkina Faso, selon des t\u00e9moins. Ceux-ci ont ajout\u00e9 que les militaires burkinab\u00e9s avaient incendi\u00e9 des biens lors de l'op\u00e9ration.<\/p>\n<p>L'un des t\u00e9moins a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab<em>\u00a0L'arm\u00e9e du Burkina a re\u00e7u des renseignements sur la pr\u00e9sence de quelques islamistes [arm\u00e9s] dans le secteur \u2013 certains d'entre eux s'\u00e9taient peut-\u00eatre repli\u00e9s l\u00e0 apr\u00e8s la grosse op\u00e9ration des forces fran\u00e7aises dans la for\u00eat de Foulsar\u00e9, plus au nord \u2013 mais ils [l'arm\u00e9e burkinab\u00e9e] ont pris tous les hommes qu'ils ont rencontr\u00e9s, qu'ils aient \u00e9t\u00e9 en train de cultiver, de faire pa\u00eetre leurs vaches ou dans leur maison.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Des t\u00e9moins et des chefs locaux ont affirm\u00e9 que 44 hommes avaient \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s au Burkina Faso pour interrogatoire et que sept d'entre eux y \u00e9taient toujours d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>Plusieurs membres des familles ont affirm\u00e9 que ni les autorit\u00e9s burkinab\u00e9es ni les maliennes ne les avaient inform\u00e9s sur le statut juridique des d\u00e9tenus. \u00ab<em>\u00a0Comment une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re peut-elle venir ici, en sol malien, et arr\u00eater, passer \u00e0 tabac, tuer ou emprisonner nos compatriotes ?\u00a0<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un chef coutumier. \u00ab<em>\u00a0Je viens de parler au p\u00e8re d'un homme qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Personne ne l'a appel\u00e9 pour lui dire que son fils est l\u00e0-bas. Doit-il aller lui-m\u00eame au Burkina pour r\u00e9cup\u00e9rer le corps de son fils ?\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Si les forces de s\u00e9curit\u00e9 burkinab\u00e9es sont autoris\u00e9es \u00e0 effectuer des op\u00e9rations \u00e0 travers la fronti\u00e8re, elles ne sont pas autoris\u00e9es, selon des responsables du minist\u00e8re malien de la Justice interrog\u00e9s par Human Rights Watch, \u00e0 mettre en d\u00e9tention et \u00e0 interroger des habitants du Mali au Burkina Faso. \u00ab<em>\u00a0Les autorit\u00e9s du Burkina ne sont pas habilit\u00e9es \u00e0 emmener des gens de l'autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re pour interrogatoire\u00a0<\/em>\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un responsable de haut rang. \u00ab<em>\u00a0Un tel arrangement n\u00e9cessiterait un processus de transfert ou d'extradition.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Un agriculteur \u00e2g\u00e9 de 25 ans de la ville de Kobou, situ\u00e9e \u00e0 sept kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re du Burkina Faso, a ainsi d\u00e9crit ce qu'il s'est pass\u00e9 le 9 juin :<\/p>\n<p>Vers 9h00 du matin, j'\u00e9tais dans mon champ lorsque j'ai vu de nombreux v\u00e9hicules charg\u00e9s de militaires. Ils \u00e9taient agressifs et ont commenc\u00e9 \u00e0 me passer \u00e0 tabac dans mon champ, me frappant \u00e0 coups de crosse ou de ceinturon. Ils m'ont jet\u00e9 dans leur v\u00e9hicule avec les autres et nous ont emmen\u00e9s au hameau de Dolga, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0. \u00ab<em>\u00a0Pourquoi travaillez-vous avec les djihadistes qui nous tuent?\u00a0<\/em>\u00bb, ont-ils hurl\u00e9. Ils nous ont battus l\u00e0-bas aussi, mais le plus s\u00e9v\u00e8re passage \u00e0 tabac a eu lieu au moment de notre arrestation. Leur m\u00e9decin a pos\u00e9 des points de suture sur quelques-uns d'entre nous. Je suis parmi les 30 qui ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s le m\u00eame jour \u2026 mais ils en ont emmen\u00e9 plus de 40 au Burkina.<\/p>\n<p>Un agriculteur \u00e2g\u00e9 de 57 ans du village de Kobou a ainsi d\u00e9crit la mort apparente d'un homme nomm\u00e9 Bourema Hama Diallo:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ils ont commenc\u00e9 \u00e0 me frapper dans le dos avec des ceinturons d\u00e8s leur arriv\u00e9e dans ma ferme. Ils m'ont jet\u00e9 dans le camion \u2026 c'\u00e9tait une vaste op\u00e9ration\u2026 quand nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Dolga, j'ai retrouv\u00e9 presque toute la population masculine l\u00e0-bas. Beaucoup \u00e9taient bless\u00e9s ; parmi eux, Bourema \u2013 il avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u00e0 la t\u00eate et saignait beaucoup. Il a failli perdre connaissance avant qu'ils ne nous mettent dans des camions et nous emm\u00e8nent \u00e0 Djibo, o\u00f9 ils ont livr\u00e9 certains d'entre nous \u00e0 la police et d'autres \u00e0 la gendarmerie. Je faisais partie d'un groupe de 18 dans un camion qui est all\u00e9 \u00e0 la gendarmerie.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s notre arriv\u00e9e, ils m'ont enlev\u00e9 mon bandeau et j'ai vu que [Bourema] \u00e9tait tr\u00e8s mal en point. Voyant cela, les gendarmes ont dit : \u00ab<em>\u00a0Il faut que nous l'emmenions \u00e0 la clinique.\u00a0<\/em>\u00bb Ils ont d\u00fb le porter. Je sais qu'il est mort car plus tard ce soir-l\u00e0, le gendarme qui nous surveillait a dit : \u00ab<em>\u00a0Deux d'entre vous sont morts avant d'arriver au centre m\u00e9dical.<\/em>\u00bb Le second [homme] n'\u00e9tait pas dans le m\u00eame camion que moi. Je n'ai pas vu les corps apr\u00e8s cela, mais je connais le p\u00e8re de Bourema, et il n'a toujours pas revu son fils.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment publi\u00e9 par <a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2017\/09\/08\/mali-les-operations-militaires-donnent-lieu-des-abus\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Human Rights Watch<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des troupes du Mali et du Burkina Faso se sont livr\u00e9es \u00e0 des meurtres, des disparitions forc\u00e9es et des actes de torture Les op\u00e9rations militaires men\u00e9es par les forces arm\u00e9es du\u00a0Mali\u00a0et du Burkina Faso afin de contrer la pr\u00e9sence croissante de groupes arm\u00e9s islamistes dans le centre du Mali ont occasionn\u00e9 de graves violations des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":63,"featured_media":64744,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[575],"tags":[],"ji_location":[2338],"class_list":["post-34553","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions","ji_location-mali"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v25.3.1 (Yoast SEO v25.3.1) - 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