18.11.10 - CPI/BEMBA - JEAN-PAUL BEMBA, BUSINESSMAN, HOMME POLITIQUE ET REBELLE (PORTRAIT)

La Haye, 18 novembre 2010 (FH) - Depuis plus de deux ans, Jean-Pierre Bemba compte les jours dans sa cellule de la prison de Scheveningen, une cité balnéaire en banlieue de La Haye. C'est ici qu'il a fêté ses 48 ans, le 4 novembre dernier. Mais le sénateur congolais et président du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) n'est pas isolé. « Il reçoit beaucoup de personnes en prison, des collaborateurs du parti, des délégations de parlementaires, des personnalités de Belgique, du Royaume uni, d'Allemagne », raconte l'un de ses avocats, Aimé Kilolo. Sa femme, Liliane Teixeira Bemba, partage désormais sa vie entre La Haye et Bruxelles où elle élève leurs cinq enfants, a-t-elle expliqué dans un entretien à la presse congolaise.
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Jean-Pierre Bemba avait été arrêté par la police belge le 24 mai 2008, dans une banlieue huppée de Bruxelles sur la base d'un mandat d'arrêt international émis par la CPI.

Né en 1962 dans la province de l'Equateur, en République démocratique du Congo (RDC), il est un fils de la nomenklatura mobutiste. Décédé en 2009, son père, Jeannot Bemba, était un homme puissant qui fut un temps « le patron des patrons » au Congo.

Avec deux licences obtenues à l'Institut Catholique des Hautes Etudes Commerciales de Bruxelles, en Belgique, Jean-Paul Bemba a d'abord rejoint l'une des entreprises de son père, la Scibe Airlift, avant d'en prendre la direction. Il présidera aussi la société de télécommunications Comcell.

Après la mort du maréchal Mobutu, en septembre 1997 et la prise du pouvoir par Laurent Désiré Kabila, Jean-Pierre Bemba passe à la rébellion.  En 1998, le président ougandais Yoweri Museveni lui propose de prendre la tête d'un groupe armé dans l'est du Congo. L'Armée de libération du Congo est alors créée. La milice s'empare de la province de l'Equateur, convoite l'Ituri et le Nord Kivu, ce qui vaut au chef milicien de participer à toutes les négociations de paix puis de devenir, en 2002, vice-président aux côtés du chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila.

En 2006, ses ambitions présidentielles se soldent par un échec, au terme d'une âpre campagne où il apparaît comme un tribun coriace. En avril 2007, il prend l'exil après 48h d'affrontements entre sa garde rapprochée et les forces gouvernementales à Kinshasa. Il rejoint alors Faro, au Portugal, où il dispose toujours d'une résidence.   

Selon plusieurs rapports d'ONG, Jean-Pierre Bemba aurait engrangé une fortune au cours de ses multiples guerres.

Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont refusé plusieurs demandes de mise en liberté provisoire de l'accusé, de peur que sa fortune et ses réseaux ne permettent au plus « gros poisson » tombé à ce jour dans leurs filets de prendre le large.

Sa détention aux Pays-Bas n'a pas entamé les ambitions politiques de Jean-Pierre Bemba, mais au sein du parti qu'il préside toujours, quelques fissures commencent à apparaître. Le MLC réunira son congrès début février 2011 et devra dire si Jean-Pierre Bemba restera, ou non, à sa tête.

L'enjeu est de taille, l'élection présidentielle étant prévue pour l'automne 2011. « Il n'est pas déchu de ses droits politiques et rien ne l'empêche d'être candidat », estime son avocat, Aimé Kilolo.

En attendant, l'équipe de défenseurs de Jean-Pierre Bemba, trois avocats, deux assistants juridiques et des enquêteurs, vient de gagner une petite bataille devant la CPI. La Cour a accepté d'avancer à l'homme d'affaires 42. 000 euros par mois pour sa défense. Parallèlement à son arrestation, le procureur avait fait geler une partie de ses avoirs en Belgique, au Portugal et au Congo notamment.

SM/GF

© Agence Hirondelle