Sans information, pas de réconciliation

Rohingyas: La CPI entre en scène

©Ed Jones / AFPRéfugiés Rohingya dans le camp Naybara à Cox's Bazar, Bangladesh, le 3 décembre 2017.
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Dans une décision potentiellement décisive, les juges de la Cour pénale internationale considèrent que les crimes commis contre les Rohingyas de Birmanie relèvent de sa compétence.

Dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et l'ONU, la Cour pénale internationale (CPI) s'est déclarée jeudi compétente pour enquêter sur la déportation de la minorité musulmane rohingya, qui pourrait constituer un crime contre l'humanité.

En 2017, plus de 700.000 musulmans rohingyas ont fui la Birmanie, majoritairement bouddhiste, après une offensive de l'armée en représailles d'attaques de postes-frontières par des rebelles rohingyas.

Persécutés par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes, les membres de la minorité musulmane se sont réfugiés dans d'immenses campements de fortune au Bangladesh.

"La CPI décide que la Cour peut exercer sa compétence à l'égard de la déportation alléguée du peuple rohingya du Myanmar (Birmanie, ndlr) au Bangladesh", déclare dans un communiqué la Cour basée à La Haye.

Selon Médecins sans frontières (MSF), au moins 6.700 Rohingyas ont été tués entre août et septembre 2017 au cours d'une vague de répressions qualifiée par l'ONU de "nettoyage ethnique", et même de "génocide".

L'annonce de la Cour, créée pour juger les pires atrocités commises dans le monde, intervient dans un contexte de grande tensions entre la Birmanie et la communauté internationale.

Des enquêteurs de l'ONU ont demandé fin août que la justice internationale poursuive le chef de l'armée birmane et cinq autres hauts gradés pour "génocide", "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre" à l'encontre des musulmans rohingyas. Des accusations rejetées par les autorités birmanes.

"Crimes épouvantables" 

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, a déclaré mardi vouloir convoquer une "réunion de haut niveau" aux Nations unies sur les massacres de Rohingyas, estimant que les responsables devaient être traduits en justice.

"Le nettoyage ethnique sous quelque forme que ce soit, où qu'il se passe, ne devrait jamais rester impuni et les auteurs de ces crimes épouvantables doivent être traduits en justice", a-t-il poursuivi.

Deux reporters birmans de Reuters accusés d'avoir porté "atteinte au secret d'Etat" pour avoir enquêté sur un massacre de Rohingyas par l'armée en Birmanie ont été condamnés lundi à sept ans de prison, au terme d'un procès qui a entaché un peu plus l'image de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi.

Arrivée au pouvoir en 2016, l'ancienne dissidente n'a pas pris la parole sur les persécutions des Rohingyas, soucieuse de maintenir le statu quo avec une armée toujours puissante.

En avril, le procureur de la CPI Fatou Bensouda a demandé aux juges l'ouverture d'une enquête préliminaire pour déterminer si les déportations relevaient d'un crime contre l'humanité.

La requête était juridiquement complexe car la Birmanie n'est pas signataire du Statut de Rome, traité fondateur de la CPI.

La CPI s'est déclarée compétente "puisqu'un élément du crime, le passage d'une frontière, a eu lieu sur le territoire d'un État partie, le Bangladesh", a poursuivi la Cour.

Le gouvernement birman a refusé jeudi de commenter cette annonce après avoir été contacté par l'AFP.

 

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