Le Burundi, pays meurtri par les crises politiques et la guerre civile

Le Burundi, petit pays d'Afrique des Grands Lacs dont le président Evariste Ndayishimiye a nommé mercredi un nouveau Premier ministre, est l'un des États les plus pauvres au monde, meurtri par des crises politiques, des massacres et une longue guerre civile.

- Pays agricole et montagneux -

Enclavé dans la région des Grands Lacs, le Burundi est l'un des plus petits États d'Afrique (27.834 km2) et l'un des plus densément peuplés.

Limitrophe du Rwanda, de la Tanzanie et de la République démocratique du Congo, c'est un territoire montagneux, fréquemment frappé par des glissements de terrain.

Au Burundi, pays le plus pauvre en termes de PIB par habitant selon la Banque mondiale, 75% des 12 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté. La FAO estime à 1,7 million le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire aiguë sévère.

Son économie repose largement sur l'agriculture (café, thé) qui emploie 80% de la population et représente 40% du PIB. Le pays dispose également de terres rares (minéraux essentiels aux produits technologiques et militaires). Au niveau ethnique, les Hutu représentent 85% de la population et les Tutsi 14%.

La capitale politique est Gitega et sa capitale économique Bujumbura.

- Massacres et coups d'État -

L'histoire du Burundi depuis l'indépendance en 1962 de la Belgique est jalonnée de violences ethniques, compliquées par une lutte acharnée pour le pouvoir au sein de la minorité tutsi, alors au pouvoir.

En 1972, une insurrection hutu éclate contre le pouvoir tutsi. La répression se mue rapidement en massacres systématiques des membres de l'élite hutu, faisant entre 100.000 et 300.000 morts selon les estimations.

En 1976, un coup d'État militaire porte au pouvoir Jean-Baptiste Bagaza. Il est renversé en 1987 par Pierre Buyoya, autre militaire tutsi qui devient chef de l'État.

En 1988, de nouveaux massacres provoquent entre 5.000 (bilan officiel) et 50.000 morts.

- Guerre civile -

En octobre 1993, l'assassinat de Melchior Ndadaye, premier président élu et premier Hutu à accéder au sommet du pouvoir, dans une tentative de coup d'État fomentée par des militaires tutsi, déclenche une guerre civile entre l'armée, dominée par les Tutsi, et les rebelles hutu.

Son successeur, Cyprien Ntaryamira, est tué à son tour en avril 1994 aux côtés du président rwandais Juvénal Habyarimana, dont l'avion est abattu à Kigali.

En juillet 1996, un coup d'État ramène au pouvoir Pierre Buyoya, qui entame des négociations avec l'opposition politique et l'armée. Un accord de paix est signé en 2000 à Arusha (Tanzanie), sans les deux principaux mouvements rebelles.

Fin 2003, la principale rébellion, le Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), dépose les armes. En 2006, le gouvernement et les Forces nationales de libération (FNL) signent un cessez-le-feu.

La guerre civile, de 1993 à 2006, a fait près de 300.000 morts, essentiellement civils, et ruiné l'économie.

- Crise politique -

Le pays, présidé depuis 2005 par l'ex-chef rebelle hutu Pierre Nkurunziza, connaît une grave crise politique à partir de l'annonce en avril 2015 de sa candidature à un troisième mandat, qui, selon ses opposants, viole la Constitution et les accords de paix.

La répression de manifestations et sa réélection en juillet 2015 débouchent sur une intensification des violences et des violations massives des droits humains, avec 1.200 morts et plus de 400.000 déplacés jusqu'en mai 2017, selon la Cour pénale internationale.

Cette dernière a ouvert une enquête sur des crimes contre l'humanité présumés. En 2018, Pierre Nkurunziza renonce à se représenter en 2020.

L'élection de son successeur Évariste Ndayishimiye, issu comme Nkurunziza du CNDD-FDD, a été validée après le rejet d'un recours de l'opposition.

Le président a nommé mercredi le ministre de l'Intérieur Gervais Ndirakobuca Premier ministre, moins d'une semaine après avoir dénoncé devant des officiels ceux qui se croient "tout-puissants" et qui auraient des velléités de "coup d'Etat" dans son entourage et passent leur temps "à saboter" son action.

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