Deux anciens responsables rwandais en procès à Bruxelles pour "crime de génocide"

Deux anciens responsables rwandais accusés de "crimes de guerre" et "crime de génocide" sont jugés à partir de lundi à Bruxelles, le sixième procès d'assises en Belgique lié au génocide des Tutsis en 1994 dans ce pays d'Afrique.

Séraphin Twahirwa, 65 ans, et Pierre Basabose, 76 ans, avaient trouvé refuge en Belgique, l'ancienne puissance coloniale du Rwanda où vit une importante communauté rwandaise. Ils y ont été arrêtés en septembre 2020.

Ciblés par des mandats d'arrêt internationaux émis au Rwanda, ils étaient également dans le collimateur du parquet fédéral belge, alerté par les services de l'immigration sur leur profil suspect.

Ces deux proches de l'ex-couple présidentiel Habyarimana ont été décrits par des témoins de l'enquête comme ayant participé très activement aux campagnes anti-tutsi du début des années 1990 qui ont fini par mener à un génocide.

Séraphin Twahirwa est accusé d'avoir dirigé à Kigali une milice d'Interahamwe (extrémistes hutus) à l'origine de dizaines de meurtres entre avril et juillet 1994.

Il se voit aussi reprocher une douzaine de viols commis sur des femmes tutsies.

De son côté, Pierre Basabose, qui a obtenu le statut de réfugié politique en Belgique, est soupçonné d'avoir été "un financier" des miliciens hutus.

D'après l'accusation, cet ancien militaire devenu riche entrepreneur fournissait les Interahamwe en argent et en armes, profitant de ses liens avec le parti et l'entourage du président Juvénal Habyarimana.

Ancien membre de la garde présidentielle dans les années 1970, il était aussi un des actionnaires de la Radio-télévision libre des Mille collines, tristement célèbre pour avoir diffusé durant le génocide des appels à la haine et à tuer des Tutsis.

Réclamés aussi par le Rwanda, les deux hommes sont jugés en Belgique au titre de la "compétence universelle" des tribunaux belges pour les crimes de droit international humanitaire commis à l'étranger. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

- Duel d'avocats -

Le 6 avril 1994, l'avion du président Habyarimana, un Hutu, avait été la cible d'un tir de missile au-dessus de l'aéroport de Kigali, en phase d'atterrissage.

Cet attentat, qui avait aussi coûté la vie à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira, est considéré comme l'événement déclencheur du génocide au Rwanda, qui a fait entre avril et juillet au moins 800.000 morts selon l'ONU. Les victimes se comptent essentiellement au sein de la minorité tutsie mais aussi parmi les Hutus modérés.

L'audience devant la cour d'assises de Bruxelles doit s'ouvrir à 09H00 (07H00 GMT). Elle est programmée sur deux mois, à raison de quatre jours de débats par semaine, du lundi au jeudi.

La Belgique a déjà organisé depuis 2001 cinq procès liés à ce génocide.

Comme lors du dernier en date, celui du haut fonctionnaire rwandais Fabien Neretsé condamné en 2019 à 25 ans de prison, deux figures du barreau belge vont s'opposer pendant ce procès.

Il s'agit de l'avocat Jean Flamme, sur les bancs de la défense, et de Michèle Hirsch, du côté des parties civiles, qui plaidera pour plusieurs victimes.

"La Belgique est pionnière dans la poursuite des génocidaires et ces procès sont toujours historiques", a déclaré à l'AFP Me Hirsch, qui a été de tous ces procès "rwandais" à Bruxelles.

En juin, lors d'une audience préliminaire, Me Flamme, qui défend Pierre Basabose, avait réclamé la nullité des poursuites, arguant du fait que son client septuagénaire souffre de démence et ne serait pas capable de participer à son procès.

L'avocat a été débouté mais le sujet pourrait resurgir à l'ouverture du procès.

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