Tortures policières au Venezuela: les unités changent, les pratiques perdurent

Traduit en justice pour conspiration présumée contre le gouvernement de Nicolas Maduro, John Alvarez a affirmé aux juges que ses aveux lui avaient été extorqués à coups de batte et de décharges électriques sur les parties génitales, les côtes et les genoux, renforçant encore les allégations de torture et mauvais traitements de la part de la police du Venezuela.

M. Alvarez pointe les méthodes des unités de la police nationale bolivarienne (PNB) qui ont remplacé les Forces d'action spéciales (FAES), une division d'élite dissoute en 2021 à la suite d'allégations massives de violations des droits humains.

"De nouvelles structures ont été créées mais les anciennes pratiques perdurent", telles que les détentions arbitraires, les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires et la torture, dénonce Marino Alvarado, membre de l'ONG PROVEA.

Les examens médicaux ont révélé que John Alvarez, étudiant de 24 ans, souffrait d'une "perte partielle de la vision" de l'oeil gauche et de lésions à un rein et à une jambe, selon ses proches et ses avocats qui tiennent pour responsables les agents des nouvelles divisions de la PNB.

"Une dizaine d'agents ont été impliqués" dans les tortures et "nous avons identifié cinq d'entre eux", mais aucun n'a jusqu'ici été inquiété, a déploré Joel Garcia, l'avocat du jeune homme. "Il n'y a pas de volonté politique d'enquêter ou de punir", a-t-il affirmé.

- "Répression sélective" -

Une mission d'observation des Nations unies a accusé en septembre le gouvernement Maduro de pratiquer une "répression sélective" à l'encontre de ses opposants politiques, les forces de police étant l'un de ses moyens d'action.

La mission, qui enquête sur les accusations de violations des droits humains signalées dans le pays entre janvier 2020 et août 2023, conclut qu'elle a "des motifs raisonnables de croire qu'au moins cinq privations arbitraires de la vie, 14 disparitions forcées de courte durée et 58 détentions arbitraires" ont été commises au cours de cette période. Les experts ont également relevé 28 cas de torture et autres traitements cruels à l'encontre de détenus, dont 19 cas de violences sexuelles.

La mission onusienne estime que le gouvernement a intensifié les "attaques" pour "réduire au silence" ses opposants et juge la situation "particulièrement alarmante" à l'approche de la présidentielle de 2024 où des dirigeants de l'opposition ont été déclarés inéligibles.

Le Venezuela fait par ailleurs l'objet d'une enquête devant la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l'humanité présumés.

Le ministre des Affaires étrangères, Yvan Gil, a d'abord exprimé son "rejet le plus catégorique des accusations fausses et infondées de la mal-nommée +Mission internationale indépendante d'établissement des faits+". Mardi, à Genève, il a réaffirmé que les forces de sécurité vénézuéliennes agissaient "conformément aux protocoles internationaux" et que le pays "sanctionnait tout manquement au respect des droits de l'Homme".

Le procureur général, Tarek William Saab, répète inlassablement que plus de 500 fonctionnaires ont été condamnés pour violations des droits humains depuis 2017.

Or, les gradés à la tête de la dissoute FAES ont été promus, comme son ex-directeur, José Miguel Dominguez, aujourd'hui commandant en second de la PNB, un cas emblématique "très grave", selon M. Alvarado.

"John a courageusement décrit ses tortionnaires et la manière dont ils l'ont torturé", a raconté à l'AFP sa mère, Wenderlin Peña, assise dans le petit salon de sa maison d'un quartier pauvre de Caracas.

Il avait quitté le domicile familial pour faire des courses avant l'anniversaire de son jeune frère et de disparaître.

Après de longues et éprouvantes recherches dans les hôpitaux, ses proches ont retrouvé sa trace dans un commissariat. Les agents ont alors prétendu, selon Mme Peña, qu'il avait été arrêté pour avoir collé un tract sur un buste du héros de l'indépendance, Simon Bolivar, et qu'il serait libéré dans quelques jours.

Selon Me Garcia, son client a eu le tort d'être en relation avec six dirigeants syndicaux condamnés le 1er août à 16 ans de prison pour "conspiration". Une condamnation en représailles à l'organisation de manifestations pour réclamer de meilleures conditions dans le secteur public, selon leurs défenseurs.

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