L'Argentine, qui vote dimanche pour le premier tour de l'élection présidentielle, est la troisième économie d'Amérique latine, mais un pays chroniquement surendetté, à l'inflation parmi les plus élevées au monde.
- Inflation chronique -
Une inflation à deux chiffres est la norme en Argentine depuis une douzaine d'années, mais elle a atteint 12,7% en septembre, un record mensuel en 32 ans, et 138% sur un an, en parallèle à une devise, le peso, en dépréciation constante.
Pathologiquement surendetté, le pays a connu en 2001 le plus important défaut de paiement de l'histoire (100 milliards de dollars), suivi d'une faillite bancaire et d'une explosion sociale, qui fit 39 morts. Un traumatisme encore vif pour les Argentins.
Encore aujourd'hui, le pays croule sous le poids de sa dette, legs d'un prêt contracté en 2018 auprès du Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement négocie en quasi-permanence un assouplissement du plan de refinancement conclu en 2022, avec le Fonds, le 22e programme de l'histoire du pays.
- Evita et Cristina -
Elu trois fois président, Juan Domingo Peron (1895-1974) instaura dans les années 1946-55 un régime mêlant avancées sociales, nationalisme et développement industriel. Fondant un courant politique, le péronisme, dont l'héritage, bien que disputé, a dominé la vie politique argentine depuis 80 ans.
Sa jeune épouse l'actrice Eva Duarte, "Evita" (1919-1952), fut l'icône des démunis, par son implication dans les mandats de son mari, le social, les droits des femmes. Sa mort prématurée à 33 ans la fit entrer dans la légende.
Le péronisme a été incarné par les présidences (centre-gauche) de Nestor Kirchner (2003-2007) qui redressa l'économie après la crise de 2001, puis de son épouse Cristina (2007 à 2015). A 70 ans, cette figure adulée, mais clivante, s'est mise en retrait après une année 2022 marquée par une tentative d'assassinat, et sa condamnation dans une affaire de marchés publics frauduleux.
- L'ombre de la dictature -
La dictature militaire (1976-1983) a laissé quelque 30.000 morts ou disparus, selon les organismes de défense des droits humains, et des centaines de bébés "volés" à des détenues. Leur quête continue à ce jour, et 133 cas ont été résolus.
Plus de 1.100 personnes ont été condamnées pour crimes contre l'humanité depuis la reprise des procès de la dictature en 2006, après une période polémique de lois d'amnistie. Plus de 300 procédures restent en cours.
Le souvenir de ce passé reste prégnant dans le pays, comme en témoigne l'intense émotion suscitée par le film "Argentina, 1985", sorti fin 2022, qui retrace le premier procès civil, historique contre les généraux de la dictature.
- Les glaciers, les chutes d'Iguazu et la viande -
Huitième pays au monde par la superficie (2,8 millions de km2), l'Argentine offre une grande diversité de paysages et climats, de la cordillère des Andes aux chutes d'Iguazu en passant par son immense Pampa (plaine) et les glaciers de Patagonie.
Le pays regorge de richesses naturelles: gaz, pétrole, lithium notamment. Et ses terres fertiles en font un des premiers exportateurs de soja, blé, maïs.
Sans oublier la viande bovine, a la fois produit phare à l'export et religion des Argentins, qui en sont les plus gros consommateurs au monde (avec l'Uruguay), à 48 kilos par personne et par an.
- Maradona, Messi, le Che, le pape -
Pays du tango, l'Argentine est aussi connue comme terre natale de Diego Maradona et Lionel Messi, deux légendes du football, qui ont chacun amené au pays un titre mondial (1986, 2022).
Tous aussi célèbres à l'international : le révolutionnaire Ernesto "Che" Guevara (1928-1967) et le pape François, Jorge Mario Bergoglio, premier souverain pontife issu du continent, qui fut longtemps archevêque de Buenos Aires.
Elle compte aussi cinq Prix Nobel, dont Adolfo Perez Esquivel, Nobel de la paix en 1980 pour son combat en faveur des droits humains.
Parmi ses écrivains, les plus influents sont Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares, Silvina Ocampo, Ernesto Sabato, Julio Cortazar, Juan José Saer, Ricardo Piglia ou César Aira.
Le cinéma argentin est l'un des plus dynamiques du continent. En 1986 "La Historia Oficial" (L'Histoire officielle) de Luis Puenzo, sur les bébés volés sous la dictature, puis en 2010 le polar "El secreto de sus ojos" ("Dans ses yeux") de Juan José Campanella reçurent un Oscar du meilleur film étranger.
